Brugsch, Religion und Mythologie
Toum-Rlï organisa des lors le Chaos; îl tira de lui-même, « sans coopération féminine », deux éléments, l'air et le feu, sous la forme d'un couple do sexe difTérent, Sbou et Tufnouit. Un autre couple, Seb etNouit, personnifia la terre et le ciel étendus l'un sur l'autre; l'air (Shou), se glissant entre eux, sépara la déesse Ciel de son époux la Terre. Séparation cruelle : si le ciel entoure la terre de toutes parts, c'est que les bras et les jambes de la déesse touchent encore au sol; 8bou persiste !t soutenir en l'air le corps étoile, dans la position qui sera celle d'Atlas portant le ciel. Si la terre a des ondulations tourmentées, c'est que Seb s'efforce de lutter contre Shou; il se soulève sur un coude et fléchit un genou, mais reste pétrifié dans cette attitude. Du ciel et de la terre naquirent les couples Osiris et Isis (l'eau et la terre fécondée), Set et Nephthys (le sol stérile du désert); l'antagonisme entre la terre fertile et le désert trouva son expression dans le mythe d'Osiris et de Set luttant entre eux comme le bien et le mal. Ces quatre premiers couples, qui engendrèrent les autres dieux, formèrent avec Toum <t la grande Neuvaine qui est dans Héliopolis »; le Livre résumait cette conception en disant que Toum-Kà transforma les inertes en huit dieux, tirant du Chaos huit éléments jusqu'à ce moment inactifs et confondus'.
l.Litiredei Morts, cttap. xvii, d'aprè» l'inteiprélation doNaville.
Et voici le grand mystère révélé aux défunts : rhomme est lui aussi substance divine ; comme les dieux, il est une émanation de Râ. Aux temps de la création, il coula, tel qu'une larme, des yeux du créateur, tandis que les dieux étaient émis par sa bouche. Avec Thomme, toute la matière sortit de l'œil divin, émana de la lumière. Rien n'existait dans l'univers avant que le créateur n'ait vu les êtres et les choses et ne les ait nommés. « toi qui t'es révélé lors de la première fois, alors qu'aucun dieu n'existait, qu'on ne connaissait le nom d'aucune chose... Quand tu ouvris tes deux yeux et que tu vîs par eux, la lumière fut pour tout le monde. . . dieu qui enfantes les dieux, les hommes et les choses ! » Tout participe à la divinité : « Tu es le ciel, la terre, l'eau, l'air et leurs habitants! » Le monde n'est que la forme de l'esprit divin : « Râ sortant du Noun, c'est l'âme-dieu créant la matière, c'est-à-dire son corps* ».
Si l'univers n'est que le corps de l'âme divine, le défunt, auquel ce secret se découvre, prend conscience de son essence véritable. Parcelle du tout ' divin, doué d'âme et de corps à l'image du créateur, en lui se résume tout ce qui existe. Le passé ne cache, l'avenir ne promet rien qui ne soit déjà en lui. Aussi n'est-ce point une froide leçon de théologie que l'initié lit au chapitre xvii du Livre : avec
t . Livre des Morts, chap. XVR) pap. de Soutimes.
\V TE!>II>S DES PHARAONS f^^HI
enthousiasme il soulùvo le voile des apparences et proclame la révélation de sa vraie nature :
i Toum, celui qui exislait seul dans le Noun; je > M quand il se lève au Commencement pour gouverner ce qu'il a créé... Je suis le dieu grand qui se crée lui-même, c'est-à-dire le Noun père des dieux. Qu'est-ce que cela? (glose) : C'est Râ créant ses membres qui devieDDeot les dieux de la suite de lld.
Je suis Hier et je connais Demain. Qu'est-ce que cela? (glose) : Hier, c'est Osiris fia mon); Demain, c'est lia (l'avenir).
Je suis le grand oiseau Beuou qui est dans Héliopolis; je suis la somme des existences et des êtres. Qu'est-ce que cela? (glose) ; Le Benou, c'est Osiris h HéliopoUs. La somme de l'existence et des âtres, c'est son corps; autrement dit, c'est toujours et jamais; toujours, c'est le jour; jamais, c'est la nuit.
Dans quelle mesure l'Égyptien du peuple comprenait-il ces symboles? En admettant que l'initié était seul capable de réaliser l'explication panthéiste de l'Univers, matière divine qui se produit ellemême, où tout le divin est dans tout, l'ignorant savait du moins que l'homme descendait des dieux ; cette origine divine commandait sa destinée.
Vivre sur terre et mourir pour redevenir un dieu, telle était la condition actuelle de tous les êtres émanés du créateur. Cette destinée comporte une
telle somme de douleurs que le vulgaire ne saurait comprendre pourquoi les descendants de Toum ont été condamnés par le caprice de leur père à cette fâcheuse expérience de la vie terrestre. Les prêtres, qui entendent les révélations divines, enseignèrent aux hommes que la terre, en ses premiers jours, « au temps du dieu Râ », était un Éden d'une parfaite félicité. L'homme, dont le nom en égyptien est Tem, avait été fait à Tirnage de Toum qui est toujours figuré sous la forme humaine. Toum, qu'on appelle aussi Atoum, est donc l'homme par excellence, ce qui le rapproche curieusement de l'Adam biblique dont le nom désigne le premier homme ainsi que l'homme en général*. Comment l'image vivante du créateur fut-elle vouée à une existence si traversée d'épreuves? On sait l'explication donnée par la sagesse orientale. L'homme, enivré de liberté et avide de savoir, se révolta contre son Père, à l'instigation du serpent et de la femme.
On ne peut nier que l'on retrouve en Egypte la même tradition sous les mêmes traits. M. Lefébure, à qui l'on doit de beaux travaux sur les questions des origines, voit quelque chose de semblable à l'histoire d'Adam au paradis terrestre dans une scène du monde infernal représentée au tombeau de Ramsès vi (vers 1200 av. J.-C.) et sur un cer-
1. Lefébure, Le C/iam et V Adam égyptiens, ap. Proceedings of Society of Biblical areheohgy (1893).
AV TRMPa DES rHARAONS
cueil saïto (lu Louvre. « Là un p6rsoiinag:e viril se tient debout devant un serpent k deux jambes et à deux bras qui lui oITre un fruit rouge, ou toat au moins un petit objet rond peinten rouge'. » L'arbre do vie et de science est connu en Egypte; un des chapitres les plus anciens du Livre, a celui da donner au mort la connaissance divine b, invite le défunt à se poser, comme un oiseau, sur le beau sycomore aux fruits de vie : « quiconque se tient sous lui, est un dieu ». Ces similitudes constatées, le rapport entre ces faits et la révolte des hommes contre le créateur nous échappe, mais la révolte était un fait indiscutable pour les Egyptiens : un récit nous en est parvenu dans les tombeaux des rois thébains (1300-1200 avant J.-C). C'était à la fin des temps où régnait R&: le dieu convoque aa conseil ses premiers-nés Shou et Tafnouit, Seb et Nouit et leur dit : « Voici : les hommes, qui sont nés de moi-même, prononcent des paroles contre moi. Dites-moi ce que vous ferez à ce sujet. J'ai attendu et ne les ai pas tués avant de vous avoir entendus. » Le conseil est d'avis de détruire tous les vivants : Rà charge de ce soin sa fille Hàthor qui pendant plusieurs jours massacre les hommes et piétine dans leur sang. La déesse, ivre de meurtre, aurait tout exterminé; mais le dieu, dans sa pitié, arrêta le carnage par un stratagème. Sept
mille cruches furent emplies de mandragores macérées dans le sang des hommes ; la boisson, répandue sur les champs, détourna la déesse : « elle se mit à boire à satiété et ne vit plus les hommes ». Quelques survivants de Thumanité vinrent alors offrir au Créateur de combattre les derniers rebelles. Ce furent les dernières victimes. Râ conclut l'alliance avec les hommes et leur pardonna en ces termes : « Vos péchés vous sont remis; le meurtre (des rebelles) écarte le meurtre (de tous les hommes;) de là viennent les sacrifices* ». M. Naville, qui le premier traduisit ce texte, en a bien montré l'intérêt : « l'idée qui a conduit à l'institution du sacrifice est la même que chez les Hébreux ou chez les Grecs ^. » Le meurtre des coupables, puis des victimes animales, éloigne le châtiment du reste des hommes : un sacrifice peut racheter l'humanité.
Il n'y aucune autre analogie entre cette destruction des hommes par Râ et celle dont la Genèse nous a transmis le souvenir; mais le Livre des Morts nous a gardé un récit de châtiment des hommes par l'eau. « C'est un dialogue entre le défunt et diverses divinités, en particulier Toum. A l'une des questions du défunt, Toum répond par ces mots : « Je m'en vais défigurer ce que j'ai fait.
1 . Ed. Naville, La destruction des hommes par Bd^ ap. Transactions of Society of Biblical archeology, t. IV, p. 1.
2. Ed. Naville, Religion des anciens Egyptiens, 1905, p. 183.
AU TBMP8 D£8 PHARAONS. 15
: TEMfii DES PHARAONS ^^^^^^^1
Cette terre deviondra de Teau par une iuondatton, comme elle était au commencement. Je resterai seul avec Osiris'. •
Ces textes trop rares sont encore bien obscurs; toutefois, il en résulte qu'en Egypte aussi a l'Éternel se repentit d'avoir fait l'homme sur terre, fut affligé en son cœur, et résolut de l'exterminer ». Quelle part la séduction ou la ruse de la femme at-elle eue dans la révolte initiale de l'homme? Nous ne trouvons rien i ce sujet dans les textes égyptiens; mais un papyrus, commenté par M. Lefébure, met en scène un épisode d'une lutte entre le Créateur d'une part, la femme et le serpent d'autre part : « Isis était une femme habile en paroles; son cœur était dégoûté de la société des hommes, elle préférait la sociétés des dieux,'elle estimait fort le monde des esprits. Ne pourrait-elle pas, dans le ciel et sur la terre, être pareille à Râ, posséder la terre et être déesse, par le moyen du Nom du dieu auguste? » — « Or Râ venait chaque jour à la tête de ses nochers s'installer sur le trône du double horizon. Le dieu avait vieilli ; la bouche lui gouttait, la salive lui coulait vers la terre. Isis pétrit cela dans sa main : avec de la terre et ce qui était dessus, elle composa un serpent sacré. Et le serpent sacré mordit Rà : le dieu ouvrit la bouche et son cri monta jusqu'au ciel. Son cycle divin de dire ;
1, Ed. Kaville, Religion des anciens Égyptiens, p. (90.
« Qu'est-ce que c'est? » et ses dieux : « Qu'y a-til? » Il ne put répondre : ses mâchoires claquaient, tous ses membres frissonnaient, le venin s'emparait de sa chair. » On appelle en hâte les magiciens : Isis vint avec ses charmes ; elle dit : « Quoi donc, père divin? Un serpent a répandu les maux en toi? Une de tes créatures a dressé la tête contre toi? » Pour le guérir, elle exige qu'il lui révèle son Nom, autant dire le secret de sa toute- puissance. Le dieu, vaincu par la ruse féminine, se laisse enlever son Nom. « Isis, dit M. Lefébure, est une sorte d'Eve qui cherche avec l'aide du serpent à obtenir la divinisation en s'emparant de la science suprême*. » Cette révolte est une des causes du châtiment des hommes : le texte analysé plus haut contient une réprimande de Râ à l'adresse de Seb (la terre) « contre les serpents qui sont en lui » et qui ont fait craindre le dieu pour son existence.
Telle est, mesemble-t il, l'explication donnée par les Egyptiens de la triste destinée des hommes. Après la révolte et le châtiment, l'humanité traîne le poids d'un péché originel, dont la vie est l'expiation. Ici nous retombons dans les données familières au Livre des Morts. La plupart des chapitres essentiels et surtout ceux qui présentent une conception synthétique de la vie humaine, insistent sur le péché, la souillure dont l'homme porte la