‹ Au temps des PharaonsChapitre 64 sur 87 · Lefébure, Un chapitre de la chronique soteire · texte numérisé non relu

Lefébure, Un chapitre de la chronique soteire

trace. Au chapitre xvii, après la profession de foi grandiloquente où le défunt atteste sa nature divine, quel étoHQOinent de le voir retomber de la hauteur où il s'est élevé jusqu'au niveau de l'humaioe misère :

Chap. xvu. — Je suis de lu lerre, je viens de ma ville. J"ui détruit mes iin|)urclËs, j'ai anëanli mes souillures. Qu'eslcû que cela? (glose) : cest le retranchement de la houle de rosiris N.

Toutes mos souillures sont écartées. Qu'est-ce que cela? (glose) : J'ai été purifié le jour de ma naissance clans le grand lac du Natrun où résident Ril et la Justice. — Toutes les souillures qui m'appartiennent. Qu'est-ce que cela? (glose) : C'est ce qu'a fait l'Osiris N contre les dieus depnis qu'il est sorti du sein de sa mère.

Chap. LXiv. — le m'approche du dieu. II n'y a plus de souillures de ma mère en moi.

Cette souillure qui vient de la mère, l'impureté consécutive à la naissance, est-ce autre chose qu'un péché originel? Deux moyens s'offraient d'y remédier : d'accord avec de Rougé, je vois dans les versets cités une allusion à la circoncision et au baptême. Un des tombeaux memphïtes de la V° dynastie nous a conservé le tableau de l'opération chirurgicale, mais nous ne savons si elle était d'usage répandu; quant au baptême, on voit à Deir-el-Bahari et à Louxor les purifications exécutées dans la chambre des naissances quand un enfant royal vient au monde.

Les rites puriGcatoires ne suffisaient point à

libérer rhomme des conséquences du péché. Aux chapitres xvii et cxxv du Livre il apparaît que le jugement devant Osiris est le terme inévitable de toute existence. La vie doit être orientée dans un sens déterminé, la voie de vérité et de justice; c'est le chemin des dieux, c'est celui que Thomme suivra s'il veut mériter le paradis. Ainsi s'exprime le verset suivant du chapitre xvii :

Je marche sur le chemin que je connais, ma face (tournée) vers le Bassin de la double Justice. Quest-ce que cela? (glose) : C'est le chemin que prend Toum quand il passe aux Champs Élysées. Le Bassin de la double Justice est à Abydos (auprès d*Osiris).

Nous avons dit ailleurs comment s'élabora, sous l'empire memphite, la conception du jugement dernier*. Depuis les dynasties thébaines (environ 1500 av. J.-C), la scène du tribunal divin est devenue l'élément essentiel du Livre des Morts; tandis qu'aux textes des Pyramides on n'en trouve qu'une définition toute sèche, le Livre lui consacre son plus long chapitre. Aux détails fournis par la « Confession négative » citée plus haut, nous avons pu apprécier les exigences de la conscience égyptienne; peut-être peut-on retracer les étapes successives du sentiment moral.

Bon nombre de péchés visent les attentats contre

i. Voir plus haut, p. 194.

AI* TEMPS DES l'IlAFtAON!

la porsonae et les biens des dieux : les négligences rituelles, le vol des offrandes, le meurtre du bétail sacrtS etc.; ce sont peut-être les crimes que les prêtres définirent le plus anciennement. Apparaissent ensuite les actes contre le prochain, quand la justice d'Osiris s'étendit aussi aux rapports des hommes entre eux : a repousser l'eau du voisin, couper une rigolo, éteindre le feu ». Les crimes personnels », ceux qui ne lèsent que la dignité morale du pécheur, sont probablement les derniers auxquels fut sensible la conscience : on y trouve presque tous les péchés s capitaux », le mensonge, l'orgueil, la luxure, la colère, la cruauté, l'égoïsme, autant de fautes dont le mort se défend devant le tribunal d'Osiris. Les dieux se constituent ainsi justiciers des atteintes portées & l'humanité entière et à l'idéal moral ; ils ne se contentent plus de venger leurs intérêts personnels '.

1. Cr. Marinier, La saninance de l'dme et l'idée de jiuliee chez Ut peaples noix civiliséa, lS9i, p, H-i6 : (Chez les non civilisés) • les actes que le plus souvent pnnissent les dieux, ce sont ceux qal tes lèsent directement,... la négli^nce des observances rituelles est longtemps beaucoup plus sévèrement cbâtiée dans l'autre vie que les actes les plus graves commis envers le pTocbain ■. Quant b la justice de l'autre monde, elle est tout d'abord personnelle : • ce sont tout d'abord ceux mâmes qui ont Été lésés qui ea tirent vengeance dans l'aulre vie ; les Ames des mâcbants sont poursuivies dans l'autre monde par les tantûmes des personnes et des choses auTiquelles ils ont nui... Le châtiment des crimes semble donc tout d'abord une affaire privée dans l'autre monde comme en ce raonde^ci. Mais bientôt une confusion s'établît. L'autorité des dieux s'accroît comme aussi celle des cbefs, leurs fonctions se multiplient; non contents de cbAtier les crimes qui les attei-

Notons aussi des transformations dans le personnel du tribunal. Les plus anciennes versions du jugement nous montrent chaque péché représenté par un dieu. Le mort doit se concilier chaque dieu par sa confession; mais il agit aussi sur lui par prière ou intimidation, selon qu'il use de la religion ou de la magie. Si le défunt connaît le nom de chaque juré, — et il s'en vante, — comment le dieu résisterait-il à une sommation nominale, à une incantation dirigée personnellement contre lui *? Dans les versions plus récentes, la confession ne s'adresse pas seulement à ces dieux. D'autres divinités, celles d'Héliopolis, assistent à la pesée de l'âme; vis-à-vis d'elles, le mort ne se justifie pas par des arguments individuels, mais au nom de la morale en général. Il y a là une transformation qui témoigne d'un progrès moral*.

Nous trouverons une indication parallèle dans la transformation des châtiments. Aux époques anciennes, les 42 jurés tirent eux-mêmes vengeance des coupables en les dévorant. Parla suite, apparaît le monstre hybride, crocodile-lion-hippopotame, qui « dévore les morts », VAmaït; aux époques

gnent directement, ils châtient ceux dont sont victimes leurs serviteurs dévoués, leurs adorateurs fidèles. Peu à peu ils apparaissent comme des juges qui étendent leur juridiction sur tous les actes des hommes et punissent même celles de leurs fautes qui ne les lèsent point eux-mêmes. »

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