‹ Au temps des PharaonsChapitre 68 sur 87 · XVI · texte numérisé non relu

XVI

SiO AC TEMPS DES PHARAONS

Us fitiissaiout leur destinée en se perdant dans le divin qui ne connaît et ne réalise que le Vrai et le Juste, C'est là, me semble-t-il, le sens profond de cette expression énigmatique « sortiraujour », a se manifester dans le jour p, per m Itarou, titre et résumé du Livre des Morts. L'ùme du juste pouvait à son gré habiter ou quitter la tombe et les paradis; redescendre sur terre, se mêler aux vivants, voguer au ciel dans la barque des dieux, visiter les astres, sous la forme d'un homme, d'un dieu, d'un animal, d'une plante ou d'un objet quel qu'il fiit. Elle essaj'ait la vie sous tous ses aspects parce qu'elle se confondait avec le vaste monde. Le juste rentre dans le sein du dieu créateur dont tout émane, où revient tout être qui ne fausse pas, par l'erreur, aa destinée : « Je suis Hier et Demain, je suis la somme des êtres et des choses >■ U faut une forte culture intellectuelle pour accepter sans appréhension l'anéantissement divin, conclusion du panthéisme. Beaucoup d'Égyptiens éprouvaient quelque terreur & la pensée de se fondre dans l'infini ; c'est une résignation mélancolique que nous font connaître les chants officiels psalmodiés avec accompagnement de harpes aux funérailles des rois. « La grandeur de dessus terre, qu'est-ce? L'anéantissement du tombeau; pourquoi? (Mourir) c'est se former à l'image de l'Éternité, le pays juste, sans querelles et qui a horreur des violences, celui où nul n'attaque son prochain.

OÙ personne ne se révolte des générations qui reposent en lui. Tous, quand ils sont ici-bas, du moment qu'ils s'éveillent à la vie, on leur dit : « Va, prospère sain et sauf, afin d'arriver à la tombe, songeant toujours en ton cœur au jour où il faut se coucher sur le lit funéraire... Tel est ton destin : t'unir aux maîtres de l'éternité. Tu ne saurais passer jamais; tu es accompli et parfait en les grandes formes divines, tu parcours les périodes de l'éternité et tes annales se renouvellent sans cesse, parce que tu as été élevé et rendu parfait jusqu'à ta nature véritable ^ »

Une des conséquences de cette mélancolie, c'est le sentiment très vif que les joies de cette existence périssable ne se renouvelleront pas ailleurs ; il faut jouir de la vie humaine, prendre ce qu'elle peut donner de bon avant la mort :

tt Fais un jour heureux! qu'il y ait toujours des parfums et des essences pour ta narine, des guirlandes et des lotus pour les épaules et la gorge de ta sœur chérie ! qu'il y ait du chant et de la musique devant toi, et, négligeant tous les maux, ne songe plus qu'aux plaisirs, jusqu'à ce jour où il faut aborder la terre de la déesse qui aime le silence... Songe toujours à ce jour où l'on te conduira au pays qui mêle les hommes : personne n'y emporta jamais ses biens avec soi et nul n'en peut revenir^. »

Page 1