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LA MAGIE DANS L'EGYPTE ANCIENNE

Dans l'Egypte ancienne, comme partout au monde, l'homme a été mécontent de sa destinée et a cherché à l'améliorer. Pour y parvenir, il ne s'est pas contenté des forces naturelles du corps et de l'esprit; il a eu recours aux forces surnaturelles que semblaient lui offrir la religion et la magie. On sait quelle différence essentielle existe entre ces deux formes de mentalité. Comme la religion, la magie se propose de modifier Tordre normal ou prévu des choses par des miracles; mais là où le prêtre adresse des prières et des offrandes à des Êtres supérieurs appelés Dieux, le magicien use •vis-à-vis de ceux-ci de la force ou de la ruse. Le prêtre supplie, le magicien commande : et comme l'expérience prouve que la force est plus efficace que la prière, il s'ensuit que chez les populations primitives le magicien

B plus d'autorité encore que le prêtre. A moins ' que le prêtre, comme c'est le cas fort souvent en Egypte, ne soit lui-même un magicien qui condescende à raéler parfois la prière à ses objurgations.

Dans toute société où la magie est en honneur, c'est un articlfi de croyance universelle que tout être et toute chose sont animés d'un Esprit, analogue A celui qui meut le corps humain. Il n'y a rien dans la nature qui soit inerte, dépourvu de conscience ou de volonté; tout être, tout objet peut ajîir pour ou contre les hommes, et réciproquement le magicien peut avoir une action sur tout être et tout objet qu'il atteint dans leur corps et dans leur esprit. C'est ainsi qu'en Egypte les Dieux et les hommes possèdent un c génie » qui les anime pendant leur vie et subsiste moyennant certaines précautions, après ta mort. C'est le Ka, terme intraduisible, que l'on a esayé de rendre par double et qui serait peut-être mieux traduit par f génie » '. Les animaux n'en soàt pas dépourvus, et les choses même, où nulle vie n'est apparente, recèlent un esprit invisible. De )& la coutume, à certaines époques, de mutiler dans les inscriptions tes signes hiéroglyphiques représen-

1. L'idée de • généralion • dans ses sens de procréation et • espèce • eat iDdiacutablemest liée s la racioe Ka, qui tornie des mots comme ■ personne, taureau, mAle ■ ; aussi le mol Ka évoque le similaire ^eiiiui. (CT. Letélnire, Sphinx, 1, 108.)

tant des animaux, et de briser, pour les tuer et les faire passer dans l'autre monde, les vases, les meubles, les éclats de pierre portant des textes déposés dans les tombes : ces signes d'écriture et ces objets sont doués d'âme et, partant, animés d'un génie qui peut se révéler utile ou nuisible au défuçt. Nous ne savons pas encore comment les Égyptiens nommaient cet « esprit » des animaux et des chosea ; mais il n'est pas douteux que l'Univers entier ne fût peuplé, pour eux, de forces actives et conscientes; l'homme devait y redouter des adversaires ou y chercher des alliés*. Sur les êtres et les choses douées de « génie » celui-là seul a pouvoir qui connaît soit par tradition orale ou écrite, soit par observation personnelle, les règles générales auxquelles obéit le monde matériel et psychique. Cet homme est le « Savant » par excellence, rekh khetou, « celui qui connaît les choses ». Il sait les affinités naturelles, les Q[ sympathies » ou les « antipathies » qui dans l'univers lient, unissent ou divisent les êtres vivants et la matière; il peut amener tel être ou telle chose à un état déterminé en usant de l'attraction ou de la répulsion exercée fatalement sur lui par tel autre être ou tel autre objet; nous dirions qu'il use des

1. Comme le fait remarquer Maspero, les Égyptiens donnaient souvent un nom propre aux objets naturels ou fabriqués, leur accordant ainsi une personnalité réelle {Les Contes populaires de VÉgypte ancienne^ 3' éd., p. 95, n. 3).

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procédés de la ma(/ie sympathique'. D'autre port le o savant » observe les lois de 1' < iinitatioa » et celles de « cause à effet ». Tel être ou tel objet, placé dans des circonstances connues, a agi ou réagi de telle ou telle façon : qu'on le replace dans des conditions analogues, il se comportera, une fois encore, de la même manière; bien plus, on obtiendra ce résultat en < imitant > seulement tel ou tel acte dont on conn; ! effets certains. Ainsi le magicien se fiatte d'à r une répétition des

effets en répétant ou er tant les causes qui ont agi une première fois : n dirions qu'il use des procédés de la mai/ie imj tive. Maître de tels secrets, le magicien peut bieu se passer de prières et commander à son gré les influences réciproques, les actions et réactions fatales des êtres et des choses.

Pour la commodité de l'exposé, nous étudierons successivement ces procédés de magie sympathique et de magie imitative; d'abord ceux qui sont employés pour obtenir une protection contre les dangers de toute nature, puis ceux qui donnent une influence actioe sur les êtres et les choses.

Le magicien protège sa propre vie et celle de ses semblables contre les dangers fortuits, par des

1. et. Fraier, Le Rameau d'or, trnd. française, I. p. I et suiv.

talismans et des fonnules; il prévoit les dangers futurs par la connaissance de l'avenir.

Pour connaître les talismans, il suffit de regarder, dans les vitrines de nos musées, ces milliers de petits objets de matière et de forme variées, qui constituent ce qu'on appelle les amulettes égyptiennes. On les trouve par centaines dans les tombes dispersées sur le sol ou disposées sur les momies; on les fabriquait généralement en terre vernissée, en pâte de verre, en pierre plus ou moins rare ; le plus souvent la valeur marchande en était presque nulle, ce qui permettait de les multiplier à l'infini et d'augmenter leurs chances d'action avec leur nombre. Mais en théorie, pour assurer toute sa valeur efficace à une amulette, il fallait qu'elle fût de forme et de matière choisies.

La forme des amulettes, en Egypte comme ailleurs, est déterminée par les idées spéciales qu'ont les peuples primitifs sur la vie humaine. La vie est un esprit, un souffle, un être autonome qui peut s'échapper du corps et qu'il faut tenir attaché à ce corps. De là, ces amulettes en forme de nœuds, de liens, qui nouent la vie aux endroits du corps où elle est plus apparente, où on la peut discerner aux battements du pouls : le cou, les poignets, les chevilles*. En Egypte, ces nœuds sont des bracelets, des périscélides, des colliers

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