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I. DÉTERMINATION DU MILIEU PRÉPARATOIRE

Pour savoir ce que ce milieu doit être, nous n'avons qu'à nous demander quelle fonction il est destiné à remplir, quels agents doivent l'exécuter, et quel doit être le mode de l'exécution.

Fonction.

Cette fonction consiste à recevoir, à abriter et à maintenir dans une solidarité d'ensemble, les éléments appelés à former le premier organe, et à leur fournir les conditions nécessaires à V arrangement spontané, d'où résultera, ainsi que nous le verrons plus tard, la constitution naturelle de cet organisme.

Ces éléments seront les premiers colons européens et américains.

Or et de toute évidence déjà, pour que cet arrangement soit facile à ceux-ci, pour qu'il constitue un germe fort et robuste, il est essentiel que ces éléments intégrants ne soient pas gênés et entravés par des nécessités étrangères au travail de leur combinaison sociale, soumis à des besoins impérieux aux pénibles et décourageants décrets desquels il faudrait avant tout obéir, et dont les irrésistibles tiraillements entraîneraient bientôt la disjonction et la dispersion des éléments, ou imprimeraient tout au moins un fâcheux caractère de faiblesse originelle à la constitution de l'être collectif.

Le principe qui dicte les conditions préalables à l'établissement des colons proprement dits, a donc été déjà posé; nous ne faisons,

en ce moment, que le retrouver, et nous le développerons immédiatement en déduisant et en circonstanciant comme suit :

A leur arrivée sur le terrain les éléments colonisateurs doivent trouver :

A) Des abris tout prêts à les recevoir et construits de façon, non-seulement à leur offrir un degré de confort général déjà suffisant, mais encore à satisfaire à la variété des convenances individuelles ;

B) Un système intégral de bases alimentaires, fondé et économiquement établi, ce qui suppose, — outre certaines facilités d'approvisionnement, — des magasins suffisamment pourvus, des cultures en plein rapport, des champs ensemencés, des jardins garnis et tout un cheptel de bétail, de porcs, de moutons et d'animaux de basse-cour ; plus, les machineries et ateliers nécessaires à la transformation des matières premières en objets de consommation quotidienne, — moulins, fours, cuisines et ustensiles y ayant rapport.

C) Un approvisionnement, facile à entretenir, des matières premières nécessaires à la confection des vêtements, chaussures, etc.

D) En sus de ces trois conditions indispensables à la conservation et à l'entretien confortable de l'existence matérielle des premiers colons, le milieu qui les reçoit doit leur offrir encore les dispositions propres à employer immédiatement et productivement leur activité et leurs principales facultés industrielles. — Visiblement, les objets réclamés par cette dernière condition sont contenus, en grande partie, dans les précédentes. En effet, l'extension de l'agriculture, les travaux domestiques, les industries de première nécessité (taille, couture, charronnage, forge, etc.) travaillant pour l'intérieur et bientôt pour l'extérieur, emploieront la plus grande somme d'activité des premiers arrivants, qui auront dû être choisis, d'ailleurs, en raison de leurs aptitudes à ces industries élémentaires. — La dernière condition ne saurait donc réclamer, en sus des précédentes, que certains ateliers, certains instruments de travail et quelques approvisionnements spéciaux.

Y) Ces quatre ordres de besoins fondamentaux supposent cunmlativement un premier organisme commercial, tant pour l'écoulement des produits intérieurs, que pour l'entretien de tous les approvisionnements en objets qui ne sont pas encore créés sur le terrain.

Agents et mode d'exécution.

Le mode de préparation du milieu est aisé à déterminer. Il est évident, en effet, que les agents naturels de l'opération sont les individus dont l'aptitude à la fonction est prouvée par le fait qu'ils la connaissent, qu'ils l'ont pratiquée et déjà heureusement remplie.

C'est dire assez que les chefs naturels des opérations préparatoires sont des Américains exercés à ces prises de possession de la nature vierge, rompus à ces travaux de pionnier et d'avant-garde. — Nous avons, dans nos amis de l'Ouest, des hommes aussi capables que résolus, qui ont fait leurs preuves en ce genre, et qui sont prêts. Ils n'attendent que le signal. L'attaque sera sous leur direction.

Voilà les chefs. Quels seront les soldats? — Les individus employés en Amérique dans des circonstances analogues.

Lorsqu'on l'on a à faire un canal, un chemin de fer, ou quelques travaux du même genre, en Amérique, on y emploie des émigrants irlandais ou allemands, qui n'ont pas encore amassé le pécule au moyen duquel ils peuvent s'établir à leur compte. Ils sont engagés pour un temps donné et à des conditions convenues. — Plusieurs raisons décisives militent ici pour l'emploi d'émigrants allemands, de préférence aux Irlandais.

Ainsi, des Américains exercés et compétents réuniront, au mieux et au plus près, des travailleurs convenablement choisis, passeront

avec ceux-ci des engagements conformes aux lois et us du pays, et les conduiront sur le terrain.

Les plans des défrichements et des constructions étant arrêtés, l'exécution leur appartient. La transformation de la prairie en champs de grande culture et en jardins, les entailles à pratiquer dans la forêt, les éclaircies, les coupes de bois et l'élévation des bâtiments sont leur affaire.

Des scieries mécaniques à vapeur et un moulin, pris de toutes pièces à Cincinnati ou à Pittsburg, sont d' abord montés sur les lieux.

Entre-temps, des troupeaux de vaches, de cochons, de moutons, de juments, un premier cheptel enfin est installé sur les terres. Il suffit de lui livrer la prairie et la forêt, pour qu'il croisse et multiplie rapidement.

Tout cela est connu, pratiqué, et, avec les agents appropriés, marche de soi-même.

Durant cette phase, cependant, il faut, exceptionnellement déjà, quelques éléments européens, notamment au moins deux pépiniéristes, l'un pour les arbres fruitiers, l'autre pour la vigne, plus un jardinier ; et bientôt un ou deux bergers de Lorraine, de Hongrie ou du Nouveau- Mexique, avec leurs chiens, habitués à la manœuvre et à la surveillance des grands troupeaux.

De ces différentes spécialités, les trois premières surtout seraient nécessaires à la bonne conduite des débuts de l'œuvre exécutive. D'autres éléments européens pourraient rendre de grands services sans doute, mais je ne fais encore qu'un état de minimum.

Jusqu'ici donc pas de difficulté. Avec les capitaux nécessaires et les agents que l'on trouvera en Amérique, la première opération sera conduite à terme. Abordons la seconde question.

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