Vaudeville, 8 janvier
fera de l'argent. Et cependant, ce n'est pas une bonne pièce.
On sait quel fut le dessein de M. Paul Bourget en la composant. Des avant-premières authentiques, appuyées de commentaires officieux, nous ont instruits de ses intentions au point de ne pas laisser subsister le moindre doute. M. Paul Bourget a voulu dénoncer le péril qui menace, suivant lui, dans la France actuelle, l'ordre social et la civilisation. Il a prétendu tirer la bourgeoisie de sa confiance aveugle, de son optimisme béat, en lançant avec éclat l'avertissement du sage ou du prophète. Vous vivez tranquilles, dit-il aux hommes des (( classes dirigeantes »; vous riez entre vous; vous fermez les yeux à la réalité parce que l'idée du danger est incommode. Et cependant l'ennemi profite de votre insouciance pour s'organiser; l'armée des barbares est sous vos murs; les syndicats sont à vos portes!... Il a donc voulu que sa pièce retentît comme un cri d'alarme, et aussi comme un cri de ralliement et de guerre. Car ce n'est point par la sagesse ou la douceur qu'on vient à bout de la barbarie déchaînée, c'est par l'application résolue de la force. Et, dans cette lutte inévitable, il faut que tous les hommes des « classes dirigeantes », destinés au même danger, se rangent sous le
même drapeau. Il faut faire bloc; il faut que chacun combatte avec sa classe. De même que toute concession serait une lâcheté, toute défection est une trahison.
Le personnage qui symbolise à cet égard la pensée de M. Bourget est celui de Philippe Breschard, fils d'un gros marchand de meubles du faubourg Saint-Antoine. Philippe, qui a vingt-cinq ans à peine, et n'a pas encore dépouillé les illusions généreuses de la jeunesse, s'est longtemps imaginé qu'entre patrons et ouvriers l'entente est possible. Il rêve et voudrait réaliser « la paix sociale ». A demi converti au socialisme par le contre-maître de son père, Langouët, qui fut son camarade d'enfance, il ne veut considérer l'organisation syndicale que comme un effort légitime vers le bienêtre et la justice. Il croit qu'il pourra concilier en lui deux rôles différents, demeurer à la fois l'associé fidèle de son père et l'ami de Langouët. Mais M. Bourget va se charger d'instruire ce jeune homme naïf et de bonne volonté. Il lui dessillera les yeux et le tirera de son rêve pour lui désigner la froide réalité. Il lui enseignera qu'entre le droit du patron et les revendications ouvrières, le conflit, la guerre sont inévitables. Il le convaincra que, dans cette guerre, il faut que le patron triomphe, parce que sa victoire
est celle de l'ordre sur Tanarchie et de la civilisation sur la barbarie. Il le persuadera que cette victoire nécessaire ne peut être acquise qu'en bannissant toute faiblesse, toute fausse pitié. Au dénouement, Philippe, dûment converti, aura saisi toute l'étendue de son devoir. Il aura compris qu'il faut choisir, et il aura fait son choix. Il aura repris sa place de bataille parmi les siens, parmi les maîtres, et il saura frapper sans défaillir.
Telle est la thèse, que ce n'est pas le lieu de discuter dans son fond, mais que je ne crois pas avoir trahie, ni même par trop affaiblie en la résumant. M. Paul Bourget avait beau jeu pour la démontrer, dans la mesure où une démonstration scénique est valable, puisqu'il disposait à son gré des personnages et des circonstances. Or, la plus courte réflexion fait apparaître que sa preuve est faible, insuffisante même au spectateur le mieux prévenu, et qu'une bonne partie des faits qu'il a lui-même choisis et disposés se retournent contre sa propre doctrine.
Premier point. M. Bourget proclame que la guerre est inévitable entre ouvriers syndiqués et patrons, c'est-à-dire, dans l'espèce, entre le
marchand de meubles Breschard qui représente les patrons, et le contre-maître Langouët qui représente les ouvriers. Il fallait donc, pour que la preuve fût admissible, que nous vissions le conflit surgir d'une façon spontanée, et quasi automatique. Il fallait qu'il résultât de causes générales et nécessaires, transportables dans tous les autres cas du même ordre, et que ces causes fussent empruntées aux conditions même du travail, aux modalités de la vie professionnelle. Dans l'espèce, le conflit est déterminé au contraire par une cause fortuite, particulière, personnelle, et il oppose l'un à l'autre non pas un patron et un ouvrier, mais deux hommes. Chez Breschard, l'atelier des femmes est dirigé par une certaine Louise Mairet. Le patron et le contre-maître Langouët aiment tous deux Louise, et, si Louise est la maîtresse du patron — à qui elle s'est donnée par amitié et gratitude, mais sans amour — elle est secrètement amoureuse de Langouët. Lors donc que Langouët pratique le sabotage et fomente la grève, c'est, dans le cas donné, et tout syndicaliste qu'il soit, un sentiment de jalousie et de rivalité amoureuse qui le meut. Lorsque Breschard, mis en présence des réclamations de ses ouvriers, refuse de traiter, voire de discuter avec eux, et provoque volontaire-
ment la grève par la rupture brutale des pourparlers, c'est qu'une scène avec Louise Mairet vient de l'instruire que sa maîtresse aimait Langouët, de sorte qu'il est mu dans la résistance, tout comme Langouët dans l'attaque, par un sentiment de haine privée et de jalousie. La même cause accidentelle qui aura créé le conflit le développera, une fois né. Les violences de Langouët au cours de la grève, les représailles de Breschard, une fois la grève vaincue, s'expliqueront par des fureurs ou des rancunes amoureuses. Et tout cela, encore une fois, n'empêche pas que la thèse de M. Bourget puisse être fondée, mais cela détruit la généralité, par conséquent la validité de la preuve, et c'est ce que le jeune Philippe aurait pu répondre à M. Bourget. Second point. De même que les causes du conflit sont exceptionnelles, les conditions dans lesquelles il naît et se poursuit sont arbitraires. Et certes le choix arbitraire des faits est dans le droit de l'auteur dramatique qui écrit une pièce à thèse. L'exercice de ce droit est même ce qui rend sa tâche possible. Mais il n'en doit point abuser, ou il n'en abuse qu'à son détriment. Dans l'espèce, M. Paul Bourget abuse. Récapitulons ' Breschard père est, tout d'abord, le modèle et la crème des patrons, le patron parfait qui combine en lui, dans des
proportions exquises, l'esprit de fermeté et l'esprit de justice. Il n'existe pas d'ouvriers mieux payés, mieux traités, mieux guidés que ceux des ateliers Breschard. S'ils déclarent la grève, ce n'est pas qu'aucun d'eux ait une plainte ou une revendication juste à formuler, mais parce que le méchant Langouët, pour les raisons que l'on sait, a persuadé ses camarades de participer à un mouvement général de la corporation. Cette grève injustifiée et absurde est déclarée incorrectement, en ce sens que, préalablement à toute réclamation portée auprès du patron, en pleine paix par conséquent, les ouvriers se livrent à des actes de sabotage. Par surcroit, la déclaration de grève, au moment où elle se produit, constitue un abominable chantage, car Langouët est au courant de l'invraisemblable marché que Breschard a passé avec un client américain. Cet étonnant yankee a commandé à Breschard un mobilier de 400.000 francs, livrable à jour fixe, payable comptant à la livraison, mais qui sera refusé impitoyablement si la livraison retarde, fût-ce d'un jour, sur la date convenue. Breschard a, d'avance, affecté l'argent de l'Américain à de lourdes échéances, si bien que, la commande ne pouvant plus être livrée au jour dit, la grève équivaut pour lui à la faillite et à la ruine.
Voilà qui est déjà fort, mais ce n'est pas tout. Il faudra qu'un ouvrier, un brave ouvrier celui-là, un certain Gaucheron, s'avise, en haine des syndicats et des grèves, d'organiser un atelier clandestin où quelques équipes de « renards )) travailleront malgré tout à exécuter la commande d'Amérique. Il faudra que les grévistes, conduits par Langouët, dépistent Gaucheron et cernent l'atelier — un couvent désaffecté de la rue du Cherche-Midi — qu'a installé le champion de la liberté du travail. Les grévistes voudront détruire les meubles et châtier les renards; Gaucheron tirera son revolver pour protéger, non pas sa vie, mais le travail fait de ses mains. Les grévistes reculeront lâchement devant l'homme résolu à se défendre, et un délégué du syndicat, le citoyen Thubeuf, suggérera alors l'idée de mettre le feu à la baraque et d'anéantir dans la même flambée les meubles de l'Américain et leur héroïque défenseur. On accepte l'idée d'acclamation, on prépare les copeaux et le pétrole, mais personne ne prendra la responsabilité d'approcher le feu, et, seul, Langouët, bien qu'il réprouve cette violence, bien qu'il soit tendrement attaché à Gaucheron dont il fut l'apprenti, trouvera en lui ce triste courage de tortionnaire. Bien entendu, l'arrivée opportune de Louise
Mairet l'empêchera de consommer Pacte. Mais cela suffît-il? Y a-t-il du côté gréviste assez de dureté, de cruauté, d'iniquité, de sauvagerie? Le plateau de la balance sur lequel pèse M. Bourget se trouve-t-il suffisamment chargé? La leçon n'est pourtant pas complète. M. Bourget exigera encore que la grève échoue, et si lamentablement que les ouvriers ne soient pas en mesure de stipuler leur réembauchage. Les patrons vainqueurs décideront de faire un exemple, d'appliquer de sang-froid à cette plèbe rebelle un exemplaire et salutaire châtiment. Tous les renvois seront maintenus. Pour les meneurs, notamment pour Langouët, ce sera la mise à l'index par tous les patrons qui ont enfin compris leur devoir et se sont syndiqués à leur tour; ce sera l'inscription sur la « liste noire ». Langouët et Louise, qui depuis l'échauff curée du Cherche -Midi vit avec lui, seraient voués au cabaret, au trottoir, à l'hôpital, si Gaucheron n'obtenait finalement de Breschard les quelques milliers de francs nécessaires pour monter une « coopérative )> où Langouët trouvera
du pain.
Dans l'accumulation systématique de ces faits, dont un certain nombre, même pris isolé-
ment, sont inadmissibles, n'y a-t-il pas vraiment l'excès, l'abus que je reprochais à M. Bourget? On n'en peut douter, il a dépassé la mesure tolérable dans l'arbitraire, et, sans insister davantage, j'en viens à mon troisième point. M. Bourget veut nous conduire à cette conclusion que, dans la guerre des classes, chacun doit marcher avec les siens, lutter de son côté de la barricade, que toute défaillance, toute complaisance de sentiment ou d'intelligence vis-à-vis de la classe ennemie, est l'acte d'un transfuge et d'un traître. Fort bien. Mais alors, par quelle étrange et inexplicable contradiction fait-il de l'ouvrier Gaucheron son personnage de prédilection, son héros véritable ? C'est Gaucheron qui nous est présenté comme l'ouvrier sympathique, et l'auteur lui a conféré sans parcimonie tous les traits de caractère qui pouvaient nous attacher à lui. C'est dans sa bouche que sont placées les tirades les plus flatteuses. Fidèle interprète de M. Bourget, il prêche l'ordre social, l'harmonie fondée sur la hiérarchie. Il parle des corporations du bon vieux temps, et c'est tout juste s'il ne parle pas du Roy. Pourtant, puisqu'il faut être de sa classe, marcher avec les siens dans la bataille, sous peine de félonie, qu'est Gaucheron, sinon un traître? II trahit sa classe tout comme Phi-
lippe Breschard avant sa conversion,- et il fallait le flétrir au lieu de le dresser devant nous comme un héros. Sa trahison est acrtive et compliquée. En proposant et en fournissant à Breschard les moyens de fabriquer sa commande, il agit comme le soldat qui livrerait à l'ennemi un ordre de bataille ou le plan d'une forteresse. Tous ses camarades d'atelier, sa corporation entière, puisque la grève est générale, succomberont de son fait, et parce qu'il aura donné à l'ennemi le moyen de vaincre. Je comprends la sympathie de M. Bourget pour Louise Mairet qui, après un instant d'hésitation assez naturelle, se range du côté de ses compagnons de travail. Mais la partialité de M. Bourget pour Gaucheron va à l'encontre de sa thèse principale et choque comme une insupportable contradiction.
Gaucheron, nous dira M. Bourget, est le champion de la liberté du travail; il représente la révolte de l'ouvrier libre contre la tyrannie syndicale. Mais, pour être logique, M. Bourget doit approuver cette tyrannie, puisqu'elle est précisément le moyen d'assurer l'unité d'une des classes ennemies. Il faut pourtant consentir à ce que l'armée adverse soit disciplinée autant que celle où l'on combat, et ce n'est pas M. Bourget qui cantesterait, je crois, que toute disci-
pline comporte en quelque mesure l'abdication de la liberté individuelle. Dans le système de M. Bourget la liberté du travail n'a pas de place. Le jaune est coupable au même degré que le patron trop faible. Il faut lutter avec les siens, tel est son principe : lutter, pour l'ouvrier, c'est, dans certains cas, ne pas travailler, comme c'est, pour le patron, ne pas céder. Le personnage de Gaucheron ne serait concevable que pour appuyer une thèse individualiste. Et comme la théorie de M. Bourget est tout l'inverse de l'individualisme, j'avoue que je ne parviens plus à comprendre, et que ce manque de logique me confond.
M. Bourget irait-il jusqu'à penser qu'en même temps qu'elles assurent leur unité propre, les « classes dirigeantes » doivent encourager la division dans la classe ennemie? C'est alors un conseil de tactique, non plus une leçon de morale, mais il se peut que M. Bourget pense ainsi, puisque — et c'est mon quatrième point — la violence lui paraît tour à tour une sauvagerie barbare quand elle est pratiquée par une classe, et l'exercice d'un droit ou même la pratique d'un devoir quand elle est usurpée par la classe adverse. Il flétrit le sabotage, l'incendie, les brutalités exercées sur les personnes. Pourquoi approuve-t-il le revolver et la mise à
l'index? Il faudrait tout condamner ou tout excuser, et, dans sa thèse, je crois qu'il faudrait trouver tout excusable. C'est la guerre, répète-t-il sans trêve. Eh bien, la guerre suppose la mise en œuvre de tous les procédés propres à assurer la destruction de l'ennemi. Elle suppose aussi la loi martiale, l'exécution sommaire des transfuges ou des déserteurs. Et je ne signale en ce moment que les erreurs logiques du dramaturge, mais qui n'aperçoit en même temps dans quelle propagande dangereuse s'aventure le philosophe social? Breschard a pour lui le droit, accordons-le, bien que M. Bourget nous l'ait par trop gauchement prouvé. Breschard et les autres patrons ligués avec lui sont les plus forts, nous le savons aussi. Mais si les signes du droit sont incertains, ceux de la force sont manifestes, et, bien que la force, à ce que pense M. Bourget, soit d'essence divine, elle ne réside pas toujours dans les mêmes groupes humains. Si Langouët et ses amis devaient triompher un jour, ne trouveraient ils pas M. Bourget pour leur enseigner que la victoire finale excuse l'abus de la force? Uno œuvre comme La Barricade ne serait-elle pas, d'avance, l'apologie de la violence, la justification des représailles? Et ne vaut-il pas mieux souhaiter, ce qui est d'ailleurs probable, que le
cri de guerre de M. Bourget soit oublié à ee
moment là?
J'ai poussé cette discussion au-delà de ce qu'un article de journal devait raisonnablement comporter. Mais c'est la faute de M. Bourget autant que la mienne. Sa pièce n'existe pas en tant que pièce sentimentale, car l'aventure de Louise, de Breschard et de Langouët n'est pas de nature, telle qu'elle est traitée, à exciter l'intérêt. Elle est sans valeur pittoresque ou documentaire, par la raison que M. Bourget n'a pas la moindre connaissance du détail de la vie ouvrière; et que les types qu'il pose sont de pure abstraction, de pure convention. Quelques mots d'argot plaqués sur le dialogue sont tout ce qu'il a bien voulu accorder à l'observation, à la vérité du rendu. Son œuvre n'a de réalité, de consistance qu'en tant que construction d'idées, et l'on n'en pouvait donc faire la critique qu'en recherchant si ces idées s'assemblaient avec une logique profonde, ou si au contraire, comme je le crois, elles sont incohérentes entre elles et mal justifiées par les faits.
On dira que ces incohérences mêmes sont la preuve de l'impartialité de M. Bourget, qu'elles témoignent d'un esprit de justice distributive
qui voudrait assigner à chacun son dû. Et je ne mets pas en doute que, malgré son dessein de mener le spectateur à une conclusion soigneusement préméditée, M. Bourget ait voulu paraître impartial. Ce faux air d'impartialité est même, à mon goût, ce qu'il y a de plus gênant dans sa pièce. Il se donne l'air de partager équitablement, entre les partis adverses, les arguments et les faits. Il ne se pose pas en polémiste; il n'est pas virulent ni déclamatoire. Il voudrait que, sa pièce achevée, chacun pût tranquillement et de bonne foi lui donner raison. Mais la distribution des arguments et des faits, comme j'ai tâché de le montrer, révèle un partipris continu, et la peinture des caractères n'est pas exécutée d'une main plus équitable. M. Bourget n'est pas impartial. Il a noué faiblement une pièce violente, et voilà tout.
Qu'il y ait malgré tout quelque partage dans sa pensée, qu'un examen plus minutieux y puisse relever des incertitudes, ou peut-être des scrupules, je ne m'en étonnerai qu'à demi. M. Bourget est un peu nouveau dans son rôle; on surprend tour à tour, chez lui, les exagérations et les hésitations du néophyte. Après VEtape^ je me souviens qu'un grand seigneur authentique, M. d'Haussonville, dut relever, avec la plus spirituelle condescendance, cet
excès de zèle d'un parvenu. Et je ne serais pas surpris, cette fois, que La Barricade fît gronder M. Bourget par M. de Mun qui, lui du moins, connaît ces choses. Mais il est vrai qu'il demeure au fond de cette œuvre farouche quelque chose de trouble et d'indécis. Ce n'est pas l'œuvre d'attaque, qui tirerait tout brutalement à soi. On y devine une conviction fraîche, encore mal consolidée, et qui cherche peut-être à s'affermir en s'exp rimant. M. Bourget fut toujours ainsi, tiraillé entre des sentiments et des goûts contraires, partagé entre ses préjugés, son ambition et sa culture. Il a toujours logé confusément en lui des groupes d'idées difficiles à ordonner, ou qu'il eût fallu le cerveau d'un Gœthe pour réduire à l'harmonie, et ce qui fit son charme, jadis, ce fut précisément la conscience qu'il gardait de son incertitude et de sa faiblesse. Il s'est tiré d'affaire en ne retenant pour son usage que des systèmes de plus en plus simples, dé plus en plus sommaires, mais peutêtre n'est-il pas parvenu, même avec La Barricade^ à cette entière assurance, à cette parfaite tranquillité qui ne sont pas apparemment dans sa nature. Au fond c'est ainsi, et non par une feinte impartialité, que s'expliquerait ce qu'il subsiste de mal lié, de flou, de vague, dans cette œuvre de parti. Ce n'est qu'une nuance, mais il
était équitable de la noter. On pourrait induire de là que M. Bourget n'a pas, comme on a pu le craindre parfois, entièrement renoncé à être lui-même, et qu'il y eut, dans sa vie, d'autres éléments constants que le succès
Le Rubiconi
Le Rubicon a été fort heureusement franchi. De très vifs applaudissements ont salué le nom de M. Edouard Bourdet, et ces applaudissements avaient une valeur particulière, car ils exprimaient l'étonnement et la satisfaction du public devant un des plus jolis débuts qui se soient produits depuis longtemps au théâtre. M. Bourdet est, je crois, fort jeune. Le Rubicon est, en tout cas, la première œuvre qui ait été donnée sous son nom. Mais c'est un nom qu'il faut retenir.
Le sujet de cette comédie est assez scabreux, et je ne sais trop comment je vais me tirer de l'analyse. Enfin voici. Georges et Germaine sont mariés depuis deux mois et viennent d'achever