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Théâtre Femina, 21 mari

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fois, le faciès de M. Alexandre Duval. J'espère qu'on finira par se révolter d'entendre, pour la deux centième fois, les mêmes sales plaisanteries sur M. Pierre Loti. Et assez de sous-entendus graveleux et assez de personnalités offensantes. Je ne dénie en aucune façon au revuiste le droit de saisir, en même temps que les événements du jour, les individus qui y ont pris part et qui en sont inséparables. Je ne lui conteste même pas le droit de désigner les individus directement, par leur nom réel, au lieu d'user d'allusions et de périphrases. Mais je pense que cette liberté doit concerner exclusivement les hommes que leur profession ou leur rôle rend hommes publics, au lieu que le revuiste d'à présent emploie et gâche, sans distinction, tout ce qui se trouve à sa portée ou se présente à sa mémoire. Je pense aussi que cet emploi des personnalités doit totalement exclure, chez le fabricant de revues, la méchanceté, le désir de nuire, la ^volonté ou même la possibilité de faire souffrir.|La raillerie ne doit pas dépasser un ton de plaisanterie bon enfant, au pis une façon de badinage un peu aigu, mais on ne doit pas admettre l'acharnement, l'insistance volontaire aux places sensibles, la cruauté. Dans la manière de M. Rip, il y a certainement quelque chose de crueL

De ce que j'avance là, je ne veux pas fournir les preuves. Les spectateurs de Bigre! les découvriront assez vite. Ce qu'il y a de moins tolérable dans cette liberté que les auteurs de revues s'arrogent, c'est qu'elle reste forcément sans réplique, sans châtiment. Que pourrait faire, en pareil cas, le patient, la victime? Va-t-on faire un procès, provoquer? Se donnera-t-on, par une attitude trop marquée, le ridicule de l'homme atteint au bon endroit? Prendra -t-on l'air du lourdaud qui ne comprend pas la plaisanterie, ou du fanfaron qui ne la supporte pas? En réalité, les mœurs confèrent à l'auteur de revue un pouvoir presque absolu sur l'ensemble de ses contemporains, et c'est précisément pourquoi il est tenu de n'en user qu'avec tact et bonhomie.

Espérons aussi que, sans se croire obligés à de feintes pudibonderies, les revuistes prendront bientôt l'usage de nous épargner ce qu'il faut bien appeler de son nom : la saleté. Bigre! en est moins bourrée, et même beaucoup moins que ses congénères, il n'est que juste de l'avouer. Mais tout de même, il en reste, et quand nous entendions M. Rip entreprendre, avec son défaut ordinaire de ménagements, M"^® Cora Laparcerie et le mode de spectacles qu'elle a montés aux Bouffes-Parisiens, il fallait pourtant

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bien nous souvenir de certains couplets que nous venions d'entendre quelques minutes auparavant, et qui, sans l'extraordinaire M^^^ Spinelly, n'auraient littéralement pas été supportables. Et si je choisis cette occasion pour crier fort, bien que nous ayons vu déjà plus choquant et pire, c'est que visiblement M. Rip possède assez d'esprit, assez de culture, assez de talent pour se passer de ce genre de moyens et de ce genre d'effets. Une revue qui sortirait un peu du cadre connu, qui renouvellerait un peu la technique et le personnel du genre, une revue qui serait frondeuse et même hardie, sans devenir dure, méchante, injuste, sans prendre cette apparence d'exécution sommaire et publique, une revue qui serait vive et même voluptueuse sans aller jusqu'à l'obscénité, cela est possible tout de même, et, si quelqu'un peut nous procurer ce soulagement et ce divertissement, c'est sans doute M. Rip. Il y a dans Bigre! des mots excellents; toute une suite de scènes sont certainement d'un homme d'esprit. Le Chantecler en quatre tableaux, qui achève la revue, est d'un homme qui a le sens et le don naturel de la parodie... Tout cela -est peut-être un peu long, un peu appuyé, mais a de la qualité en son genre. Alors, pourquoi ne pas s'en tenir tranquillement à ces dons-là, pourquoi l'abus, pourquoi

l'appel à l'obscénité et à la férocité latentes du public?... Mais, j'en avertis M. Rip et ses confrères, cet appel-là ne sera plus longtemps entendu.

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