M. MAURICE DONNAY
Lysistrata ^
Il y a dix-sept ans que Lysistrata fut donnée pour la première fois au Grand -Théâtre. Il y a treize ans qu'elle fut reprise au Vaudeville. C'est dire que la comédie de M. Maurice Donnay avait à affronter un public presque entièrement nouveau, d'autres goûts, d'autres sentiments, d'autres modes. Et ce n'est pas lui donner un éloge médiocre que de constater qu'elle a parfaitement résisté à cette épreuve. Lysistrata n'a pas vieilli. Elle a plu de la même façon et par les mêmes raisons qu'elle plaisait jadis.
Ce n'est pas la pièce la plus vigoureuse,
1, Bouffes Parisiens, 30 octobre 1909.
ni même, malgré tout son charme, la plus charmante de M. Maurice Donnay. L'auteur d'Amants et de la Douloureuse a grandi depuis ce temps-là. En revanche, c'est peut-être celle qui permet de saisir le mieux la séduisante complexité de ses dons. Quand il écrivit Lysistrata^ M. Maurice Donnay était encore poète. Il l'était même au point d'écrire des stances en vers de neuf syllabes. Sa pièce est mêlée de vers et de prose, et sans doute, en cet instant de sa vie, M. Donnay hésitait-il entre la prose et les vers. Il venait de quitter le Chat-Noir, si même il l'avait tout à fait quitté, et il subissait l'influence de Raoul Ponchon autant que celle d'Alphonse Allais ou de Paul Delmet, le bon chansonnier. Il y a de la poésie dans Lysistrata, de la poésie un peu sentimentale, un peu fantasque, un peu décadente, un peu montmartroise. Et il y a aussi des à-peu-près de rapin, de ces à-peu-près dont la formule a été donnée, une fois pour toutes, dans la Vie de Bohème, de Mûrger, et ne s'est pas perdue depuis lors.
Ce lyrisme de romance, cette blague d'atelier, si librement et si bien venue que les années n'en ont pas altéré la gaité, sont ce qu'il y a de plus apparent dans Lysistrata. Mais, en même temps, comme on y sentait clairement l'annonce des qualités délicieuses dont M. Don-