CHAPITRE PREMIER
et de graisse. Ils obtiennent ainsi la décoloration de leurs noirs cheveux cré|)us, dès lors transformés en une tignasse jaune sale, et paraissent tout heureux de réaliser ainsi quelque ressemblance avec les Anglais leurs maîtres. Il faut être cuir nègre pour résister à de telles applications.
Les soldats anglais, uniformément vêtus de toile blanche et couverts du vaste salacco des colonies, rendent correctement les honneurs militaires à tout officier français sur leur 'passage.
La ville indigène, beaucoup plus importante, se trouve à 3 ou 4 kilomètres de la pointe anglaise, également sur la côte méridionale. Elle est, parait-il, un centre commercial fort important. Les premiers conquérants du pays, les Romains probablement, y ont laissé des souvenirs de leur passage que les invasions ultérieures ont respectés, peut-être à cause de leur évidente utilité pratique, et que le temps est demeuré impuissant à détruire. Ce sont, notamment, des immenses citernes destinées à recevoir, aux très rares époques des grandes pluies, des quantités d'eau suffisantes pour alimenter pendant longtemps les habitants. Tout le parcours avoisinant est en effet d'une désolante aridité. Il n'y a pas un arbre, et les quelques chèvres qui vagabondent çà et là doivent trouver bien difficilement, dans les interstices des rochers, de quoi subvenir à leurs besoins. Actuellement, d'ailleurs, ces citernes, dont il parait difficile de préciser les auteurs et l'époque certaine de construction, sont à peu près vides. Les Anglais suppléent à leur insuffisance, pour leur usage personnel, à l'aide de plusieurs appareils distillatoires d'eau de mer, qu'ils ont établis à proximité de la côte. L'eau distillée qu'ils fournissent est, de plus, avant son usage alimentaire, largement aérée par son passage sur des copeaux de fer disposés comme les fagots des anciens bâtiments de gradation des salines de l'est de la France. Cette eau, ainsi purifiée et aérée, ne laisse, dit-on, rien à désirer.
Mais l'heure du départ a sonné, la sirène nous appelle, et les quelques chars modestement conduits par des bisons à grosse loupe située entre les deux épaules que nous rencon-
Irons sur notre parcours sont impuissants à nous éviter le pas de course que nous prenons, malgré la chaleur.
Enfin nous y sommes; notre Saint-Germain parait avoir hâte de quitter cette côte désolée, et cependant si virilement préparée pour la lutte. A toute vapeur, il gagne le large pour se rapprocher de la cote d'Afrique et, dès demain sans doute, pénétrer dans l'océan Indien.
Notre France possède également, en face d'Aden, sur la côte d'Afrique, la colonie d'Obok, occupée depuis une vingtaine d'années déjà et dans une situation telle qu'elle peut devenir, en cas de conflit européen, et notamment en cas de guerre avec l'Angleterre, un centre défensif d'une réelle importance.
Mais il semble que malgré sa forte situation stratégique au fond du golfe de Tadjoura, qui est un excellent mouillage, dit-on, nos gouvernants n'ont pas {)lus songé à la mettre à l'abri, même d'un coup de main, que le cap de Cheick-Saïd en face de Périm. Les Anglais, plus pratiques, savent qu'il faut se préparer longuement afin d'être prêt, toujours, pour toutes éventualités. Et ressassant ainsi, entre nous, le passé, le présent et 1 avenir possible, nous voici à hauteur du cap Guardafui, })ar H'-iT de latitude nord et 48'51) de longitude est, à roxtrêmc pointe des côtes de l'Afrique orientale, au pays des Somanlis.
Le Saitit-Gerinain longe d'assez près la côte pour nous permettre de distinguer les quelques maisons disséminées jusque vers le sommet du rocher, qui paraît moins aride que la pointe d'Aden.
Le cap Guardafui marque la limite de deux zones très distinctes. A peine, en effet, somincs-nous à l'entrée de l'océan Indien, que la mousson du nord-ouest donne à la mer une agitation dont nous avions déjà perdu l'habitude. Le tangage est insupportable, et nous sommes destinés, parait-il, à le subir jusqu'à Singapore. C'est que, dans l'océan Indien, il n'y a réellement que deux saisons annuelles, qu'on désigne sous le nom de moussons ou vents du nord-ouest et vents du sud-ouest. Ils soufflent alternativement, les premiers à