‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 13 sur 104 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Les Laquediviens sont olivâtres, généralement de belle prestance, et ont des cheveux noirs abondants. Les femmes sont petites, bien faites, et, dit-on, de mœurs très faciles. De même que les hommes, elles mâchent constamment un mélange de bétel et de noix d'arec qui teint la salive et les dents en rouge, et purifie l'haleine.

Tous parlent l'arabe, en outre d'un dialecte qui leur est propre, et font avec les étrangers un commerce actif de poissons, notamment de bonites, puis de noix de coco et de sparlerie. Ils ont à leur disposition une monnaie d'argent qu'ils frappent eux-mêmes, mais se servent plus habituellement, dans le commerce courant, de petites coquilles dites bolys ou cauris, de très petite valeur conventionnelle.

L'île de Mahé, résidence habituelle du sultan, est seule fortifiée; les étrangers y sont difficilement admis; on y rencontre cependant, paraît-il, de nombreuses tombes chrétiennes qui datent de 1578 à 1580, époque à laquelle les Portugais fréquentaient la région. Ces tombes ont toujours été respectées.

31 janvier. — Nous sommes en vue du cap Comorin, à l'entrée du golfe de Manaar, tout près des côtes de l'île de Ceylan, tour à tour possédée par les Portugais, par les Hollandais, qui s'en rendirent maîtres en 1655, et par les Anglais, qui la détiennent actuellement.

Pendant la nuit, le vent qui était sud-est est devenu nordest, la mer est furieuse et le roulis insupportable. Vue du large, la côte paraît basse, mais dominée de hautes montagnes. L'île est presque reliée au continent, vers sa pointe nord, au détroit de Palk par un banc de sable et de rochers connu sous le nom de banc d'Adam (Adam bridge), en souvenir de la légende qui en fait le passage du premier homme, obligé de quitter le Paradis terrestre à la recherche d'un nouveau monde. C'est aussi, du reste, le même passage constitué par des poissons ccaillcux réunis par le dieu Brahma, alors qu'il franchit la mer, accompagné d'une armée de singes.

Vers une heure après midi, le Saint -Germain, en vue de Colombo, dans une presqu'île au sud-ouest de l'île, échange avec le sémaphore les sif;naux conventionnels. L'accès de la rade est difficile, la mer décidément méchante. Il faut 1 assistance d'un pilote, qui vient enfin nous amarrer non loin d'un superbe voilier à quatre nuits, entré presque en même temps que nous. Les indigènes accourent aussitôt, montés sur des pirogues fort étroites qu'ils manœuvrent et dirigent à l'aide de balanciers placés longitudinalement au grand axe de la pirogue, où ils sont fixés à l'aide de bambous recourbés en arc de cercle. Ces balanciers effieurent la surface de l'eau. Les conducteurs se tiennent debout ou assis les jaml)es pendantes sur l'eau. Ils se servent aussi de longues rames terminées en raquette, et chantent, en ramant, une mélopée j)laintive à cadence très marquée. Tous paraissent robustes, ont le teint bronzé et portent des cheveux noirs maintenus à laide d'un peigne en écaille disposé en demi-cercle au-dessus du front. Ils ont le torse nu, le bas-ventre et les cuisses couverts d'un pagne de couleur blanche ou rouge. Les seuls plus complètement vêtus sont des employés anglais.

Le Saint-Germain mouille au large, à un demi-mille environ de la jetée, côte à côte du Cholon, transport français parti de Marseille le 2b décembre, et retenu depuis quelques jours ici par des avaries de machine.

Au débarcadère, une nuée de portefaix se précipite à notre rencontre. On se hâte de s'en débarrasser en sautant en voiture, généralement des espèces de cabriolets à deux roues, traînés par des hommes qui courent presque aussi vite que les chevaux attelés; et nous parcourons ainsi rapidement bi ville. Le palais du gouverneur, l'hôpital, les casernes, le Grand-Hôtel oriental, où nous pensons pouvoirpasser la nuit, sont de superbes constructions d'apparence européenne, mais admirablement aménagées contre les Intempéries saisonnières. La ville tout entière, semée, côte à côte des cases indigènes, de fort coquettes habitations anglaises qui laissent deviner le confort, apparaît un véritable nid de verdure. Au centre, un pittoresque lac d'eau douce égayé une vaste pelouse qui

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