‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 15 sur 104 · AV TONKIN · texte numérisé non relu

AV TONKIN

Il y a des chrétiens, pour la plupart européens, puis des mahométans, fréquents surtout parmi les Malabars; des bouddhistes, des bralimanistes et des parsis ou adorateurs du soleil. Parmi les Cinghalais, les parsis sont, dit-on, les continuateurs du magisme ou culte des éléments, que les Perses pratiquaient déjà lors des conquêtes d'Alexandre le Grand. Le feu est tenu, par eux, comme étant l'expression saisissante du Dieu suprême. L'accès de leurs temples, généralement fort beaux, est difficile aux étrangers. Les ])rahmanistes paraissent croire à la métempsycose, pardonnent les offenses, ont horreur du sang, s'abstiennent de toute nourriture animale, et vénèrent la vache, dont ils ornent habituellement les cornes avec des boules d'or ou de cuivre doré. Si pacifiques qu'ils soient en apparence, ils n'en ont pas moins, en 18-48, commencé, sous prétexte d'obtenir une constitution républicaine, une révolution qui, pendant quelques jours, a sérieusement menacé la domination anglaise.

Dans la soirée, nous pouvons, à la hâte, visiter plusieurs monuments, le muséum, qui est fort beau; un temple hindou richement orné; une église catholique confiée aux soins de missionnaires, français pour la plupart; quelques marchés couverts largement ap[)rovisionnés de denrées de toutes sortes; puis enfin notre consulat, où nous avons la joie de saluer le drapeau tricolore.

Le Grand-Hôlcl oriental, où plusieurs d'entre nous ont retenu des chambres pour la nuit, est superbe d'apparence. Mais les chambres, malgré les prix fort élevés de la location, sont plus que modestes, et la cuisine anglaise détestable. Aussi bien, il y a, autour de chacun de nous, une nuée de domestiques, ou mieux de mendiants, qui nous poursuivent de leurs assiduités et s'entendent, à notre détriment, avec des marchands d'objets du pays, dont ils demandent régulièrement le double, au moins, du prix habituel. Il y a aussi les acrobates, les charmeurs de serpents, qui, dans l'espérance d'un gain rémunérateur, nous gratifient des titres les plus pompeux: votre seigneurie, votre excellence, mon prince ; il n'y a rien de trop beau pour nous, et cela ne coûte pas cher.

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