CHAPITRE PREMIER
autant à la conquête qu'à la civilisation, et a conservé des habitudes de sauvage cruauté. La ville d'Atchin, située au fond d'une rade, à quelques kilomètres seulement de la côte, parait seule entretenir un commerce ré^julier d'im|)ortatlon et d'exportation. Mais, les vents, notamment pendant la mousson du nord-ouest, y sont parfois d'une extrême violence et en rendent l'accès fort difficile Les tempêtes y sont {généralement, du reste, de courte durée.
C'est vers le centre de l'ile de Sumatra que se trouve la montaj^ae volcanique d'Ophir, le mont Ophir, où, dit une légende (qui du reste le place tantôt sur la côte orientale d'Afrique ou dans l'Arabie heureuse, tantôt dans l'Arménie, ou dans la presqu'île de Malacca), le roi Salomon envoyait ses vaisseaux chercher l'or, Tivoire, les bols et les pierres précieuses destinés au temple de Jérusalem. Non loin d'Atchin, voici Poulo-Pinang, une grande île placée à quelques milles seulement de lentrée du détroit, comme pour en défendre le libre passage. I^es Anglais, cela va de soi, s'en sont emparés, l'ont armée de canons, et sont ainsi les maîtres du passage.
Dans la soirée, le commandant, avec qui je discute une question d'anthropologie poursuivie jusqu'à la dunette, me montre Poulo-Vareka, un caillou dangereux, habité par de hardis pirates, pécheurs de tortues, mais surtout pillards et réputés pour leur cruauté. La navigation dans ces [)arages semés d'écueils est, dit-il, fort difficile, parfois très dangereuse. Heureusement, ce soir, la mer est superbe et le vent nord-est nous assiste d;ins notre lutte contre le jusant ou courant de la marée montante qui relarde notre marche. Cependant, des éclairs qui sillonnent incessamment l'horizon font craindre quelque lointain orage.
G février. — Pendant la nuit, et ce matin encore, il a fallu, à plusieurs reprises, stopper et jeter la sonde afin de s'écarter des roches sous-marines qui pullulent à l'entrée du détroit de Malacca. De plus, voici qu'un typhon nous menace directement. Le ciel, du côté de l'est, devient subitement noir,
puis, dans l'espace de quelques minutes, il semble que des nuages, poussés de toutes les directions, s'accumulent vers un même point autour duquel le ciel redevient relativement clair. Et tout près de nous, on distingue nettement une longue colonne d'un épais nuage, plus mince vers son milieu qu'à ses deux extrémités, ciel et mer, oii elle s'élargit sous forme de cône tronqué, et paraissant animée d'un violent mouvement giratoire sur elle-même. C'est une trombe, disent les marins, et nous pouvons l'éviter. Et nous passons en effet à quelques encablures de son évolution, sans en être autrement incommodés.
Voici, du reste, que le détroit se resserre, et de nombreux navires, parmi lesquels, dit-on, plusieurs cbinois, le sillonnent en tous sens. Sur plusieurs de ces navires les voiles paraissent remplacées par d'immenses treillis de bambous qui rappellent les nattes-paillassons dont les jardiniers se servent pour abriter les primeurs.
La côte de Sumatra, que nous longeons à courte distance, paraît couverte de beaux arbres, mais basse, marécageuse et peu habitée.
A midi, le point nous met à hauteur de l'ile Parelar. Nous avançons lentement, car la route, dans ce parcours, est semée de dangereux écueils. Vers cinq heures, nous sommes par le travers de Malacca, dont le port était, il y a quelques années encore, le plus fréquenté de la région, mais qui paraît actuellement bien déchu de son importance. Les Anglais, cependant, l'ont fortifié et y entretiennent toujours une garnison.
A partir de Malacca, le détroit se resserre de j)lus en plus, et des îles nombreuses le sillonnent. Mais les passes sont bien connues el, du reste, garnies de feux entretenus par les Anglais. Puis, la mer est superbe, et la lune, dans tout son éclat, nous permet de reconnaître les trois mamelons Binlang et les Deux-Frères, à l'entrée de la passe de Singapore.
Jeudi 7 février. — L'accès dans la rade de Singapore, ce matin dès l'aube, est véritablement féerique. De tous côtés