‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 32 sur 104 · T6 AU TONKIN · texte numérisé non relu

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temps à autre par un bouquet d'arbres, par une ceinture d'épais cactus qui enserre quelque village. Et de superbes buffles, dont la menaçante allure paraît inquiétante, mais qu'il suffit d'un mot indigène pour ramener au rude travail du labour. Quelques indigènes, peu préoccupés, semble-l-il. de nos évolutions, nous fournissent, en effet, l'occasion de remarquer un singulier mode de labour. Le l)ufHe est conduit à l'aide d'une longue corde passée dans un anneau qu'il porte fixé dans le naseau. La cliarrue, très primitive, n'est rien qu un léger binoir à contre triangulaire garni d'une forte armature de fer. Le buffle est attelé au long timon qui l'en sépare, à l'aide de deu.x cordes partant d'un demi-collier de bois qu'il porte fixé sur le garrot. Le laboureur appuie sur le manche de la main droite, et dirige le buffle de la main gauche. Assurément, il n'est pas possible, ainsi, de soulever profondément la terre, mais cela ne paraît pas nécessaire ])Our la culture du riz; les sillons superficiels suffisent pour l'ensemencement.

Au retour de cette manœuvre d'essai, le général réunit les officiers supérieurs et chefs de service, et leur fait part de ses observations. 11 m'invite, personnellement, à réclamer par télégramme direct au médecin chef, M. Driout, le matériel qui manque encore à l'ambulance, et me transmet une dépêche du commissaire de la marine à Hanoï, m'avisant de la prochaine arrivée de deux cents coolies porteurs.

Tout serait pour le mieux, mais ces coolies sont à peine annoncés qu'ils sont immédiatement requis [)ar l'artillerie. Il faut, hélas! d'abord faire avancer les canons; ensuite on s'occupera des malades et des blessés.

îi mars. — A partir de ce jour, le commandement de la place est confié au capitaine Dominé, et l'armement de la citadelle augmenté d'une pièce de 12, avec approvisionnement de quatre-vingts coups. D'autre part, mon ami le capitaine Cuvelier, du XA'.V (fils du médecin inspecteur), estdésigné pour remplir, à l'état-major. les fonctions de chef du service topographique.

GHAPITUI-: DRUXIIIMK

TjC vaffuemestre! Une lettre de mon frère Henri, la première depuis mon départ. Sauf mon cher père, dont Tctat de santé continue à Inspirer les plus vives Inquiétudes, toute ma famille est bien. Il y a de cela quarante-cinq jours. Comme c'est loin déjà! et qu'en cst-11 aujourd'hui? L'action est proche, la victoire est certaine, et peu après le retour! Je veux quand même espérer les retrouver tous!

Ce soir, le général réunit de nouveau tous les officiers supérieurs. Dans une instruction d'une remarquable précision, il fait connaître à chacun le lôle spécial qu'il aura dans la lutte. Il prévoit tout, s'occupe de tout et précise tout.

H Une section d'amhulance, me dit-il, paraît devoir marcher Immédiatement après l'avant-garde. Ainsi mobilisée, elle sera plus facilement à portée de rendre des services, et pourra plus rapidement évacuer sur l'ambulance centrale, w

Les dispositions que je prends, basées sur cette donnée, reçoivent son entière approbation. Sur ma demande, les Inlirmiers seront armés de fusils et pourvus des cartouches retirées au.x^ malades. Ils auront, en effet, mission spéciale de diriger et de surveiller les porteurs Indigènes. Pour la section avancée, ce sera difficile, souvent dangereux. Mais nos infirmiers militaires sont, eux aussi, des soldats; ils ont ap- ])rls le courage dans le danger auquel ils sont journellement exposés dans les hôpitaux, ils sauront le montrer également sous le feu. J'ai, d'autre part, mission d'assurer le service religieux. Et les aumôniers venus de France paraissent devoir demeurer à Hanoï. Mais j'obtiens facilement l'assistance d'un missionnaire espagnol, l'abbé Velasco, que son évéque, Mgr Colomer, du vicariat nord du Tonkin, actuellement en résidence à Ké-mot, aux portes d'Haï-Zuong, veut bien autoriser à accompagner l'ambulance partout où elle devra se rendre. Ce prêtre, en outre des obligations de son ministère, me sera sûrement aussi d'un grand secours comme Interprète. Mais il est étranger, et le général de Négrier, avant de consentir, est, me dit-il, obligé d'en aviser le général en chef, qui décidera.

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4 mafs. — Les dernières dispositions sont prises. Les clairons des différents corps sont réunis pour se communiquer leurs refrains, et apprendre celui de la brigade. Les interprètes et le personnel de renseignements sont pourvus de brassards tricolores marqués de la lettre R en étoffe rouge, et timbrés du sceau de l'état-major. Dans son ordre du jour, le général recommande d'éviter le gaspillage des munitions, et insiste sur les difficultés du transport des approvisionnements. u On devra, dit-il, ne commencer le feu qu'à bonne distance, six à huit cents mètres au plus de la position à enlever, tirer avec calme, sans précipitation, sans s'occuper des isolés non plus que des retranchements muets. " Il prescrit, d'autre part, que la tenue de marche sera le pantalon de toile, remplacé, dès l'arrivée au gîte et pendant la nuit, par le pantalon de drap ou de flanelle. Le havresac devra renfermer uu ustensile de campement, un pantalon, une chemise, un tricot en parfait état, puis, par chaque escouade, trois nécessaires d'armes et sacs de petite monture. Les casques seront recouverts de coiffes noires. Les couvertures et la deu.xième paire de souliers seront laissées au dépôt, ainsi que les effets divers. La troupe portera quatre jours de vivres; chaque homme d'infanterie recevra cent vingt cartouches ; les pièces seront approvisionnées au fur et à mesure des besoins; les canonniers et cavaliers recevront dix-huit cartouches de revolver. Il rappelle, enfin, que les ordres, même verbaux, transmis par les officiers d'état-major, devront être immédiatement exécutés, comme s'ils étaient signifiés par luimême.

A l'amljulance, et tout en déplorant Tinsuffisance de la j)réparation, du matériel et du personnel, on peut cependant déclarer que des efforts considérables ont été faits pour arriver à un bon résultat, que chacun s'v est prêté de tout son pouvoir, avec tout l'entrain que donnent le cœur et la raison. Le général s'en rend compte, et me charge de dire au personnel sous mes ordres son entière satisfaction. De fait, à l'enconlre de certains autres, il imprime à chacun le mouvement utile, et veut par lui-même se rendre compte des

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résultats ohtcnus. Le succès, maljifré la médiocrité des ressources, doit couronner de tels efforts.

l^'.t sans doute, il ne se fera pas longtemps attendre, car tout paraît disposé pour une très prochaine marche en avant. Il faut cette conviction et notre jjauloisc bonne humeur pour nous faire accepter, dans une parfaite insouciance, le temps profondément attristant, on poui'rait dire démoralisant, que nous subissons. Une pluie fine et continue nous pénètre jusqu'aux moelles; ime terre boueuse, argileuse, sur laquelle on ne se maintient stable que par d'incessants efforts de gymnastique, et comme installation une bicoque ouverte à tous les vents. Et si le soleil dai.;jne se montrer, une chaleur accablante, la sueur profuse qui remplace la puante humidité. Il faut avoir l'âme chevillée dans le corps pour y résister. Heureusement, à côté de nous, l'activité fiévreuse de toute une fourmilière de femmes et d'enfants remuant la terre, d'hommes creusant des fossés, construisant des redoutes pour assurer la sécurité de la place contre quelque surprise de l'ennemi, réveille les énergies. On charge les jonques de vivres et de munitions de guerre, on fabrique des fascines, d'énormes faisceaux de bambous pour des besoins prévus, des échelles pour les assauts. Chacun active sa besogne, inconscient, semble-t-il, autant de la pénétrante humidité que des accablantes chaleurs. Il faut, du reste, se tenir constamment en garde, car, bien certainement, l'ennemi entretient avec les indigènes d'Iiaï-Zuong et des environs des relations qui sont au moins suspectes. Aussi le général prescrit que, par mesure de précaution, il sera formellement interdit à tout auxiliaire tonkinois, même gradé, de sortir de la citadelle sans autorisation écrite, délivrée par l'oflicier commandant le détachement. Les chefs de poste devront immédiatement arrêter tout auxiliaire tonkinois qui chercherait à sortir sans cette autorisation écrite. Enfin des conseils de guerre et de revision sont, dès maintenant, constitués, les premiers à Hanoï, sous la présidence du lieutenant-colonel Brionval et du commandant de Maussion, le second sous la présidence du commandant Revillon, assisté des commandants de Mi-

bielle et Coronat, de l'infanterie de marine, et du capitaine de Beauquesne des tirailleurs algériens.

5 mars. — Une dépêche du 2 mars annonce la nomination du contre-amiral Courbet au grade de vice-amiral. Et chacun estime que c'est, non pas seulement une salislaclion à la marine tout entière légitimement émue de la conduite du gouvernement vis-à-vis de lui, après la prise si glorieuse de Sontay, mais encore une très méritée récompense. On parait également, en haut lieu, et véritablement il en est grand temps, se préoccuper d'assurer à nos soldats des vêtements en rapport avec les exigences du climat. Le pantalon rouge et la capote sont inutilisables dans le service courant; des ordres sont donnés, dit une dépêche officielle, pour que tous les hommes soient, dore'navant, pourvus de pantalons de molleton ou de flanelle, réglementaires pour les troupes de la marine employées aux colonies. Le gouverneur de Cochinchine doit, à cet effet, faire confectionner d'urgence, et diriger immédiatement sur Haï-Phong, trois nulle pantalons de flanelle bleue, qu'il se procurera sur place.

() inai's. — Les derniers ordres ont été donnés. La deuxième brigade doit s'embarquer ce soir, et des instructions précises sur le service de l'arrière sont transmises par le capitaine Fortoul, notre chef d'état-major. La base d'opération demeure fixée à Haï-Zuong, la base secondaire aux Sept- Pagodes, dans la boucle formée à la jonction du Thaï-P>inh et du Song-Cau avec le canal des Rapides, la tête d'étapes de guerre demeurant variable avec la nature des opérations. Le convoi, comprenant vingt jonques du parc et du génie gardées par des canonniers, vingt jonques de subsistances, avec un détachement de cent douze hommes fournis par le 1 11' sous les ordres du lieutenant Lobios, et les cinq jonques de l'ambulance, avec un détachement de quarante infirmiers, devra avancer jusqu'à la tête d'étapes de guerre. Seule, une partie du convoi des subsistances, avec le commissaire de marine Boucart, s'arrêtera aux Sept-Pagodes, pour ravitailler la

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première brigade, et assurer le service entre cette base secondaire d'opérations et la tête des étapes de guerre. Les ravitaillemcnls en vivres seront remis, en arrière des troupes, aux officiers d'administration, qui, sous escorte, et accompagnés de guides pris dans le pays, en assureront l'exacte distribution aux divers détacbements. Les jonques, dès qu'elles seront vides, seront ramenées à Haï-Zuong, où elles seront immédiatement remplacées par d'autres jonques cbargées, et ramenées vers la tête d'étapes de guerre. Lambulance sera fractionnée en deux parties, l'une à terre, à bauteur des officiers d'approvisionnement des corps; la seconde sur jon([ucs aménagées à cet effet, la première évacuant les blessés sur la seconde, qui devra toujours être pourvue des aliments et des ol)jels nécessaires aux pansements.

Les coolies du service des subsistances revenant à vide de la tête d'étapes de guerre pourront être utilisés pour le transport, à l'arrière, des blessés et malades. Ces derniers, après avoir reçu les soins nécessaires, seront dirigés, à l'aide des jonques vides de vivres, sur les bôpitaux du service de deuxième ligne.

Les mouvements des munitions seront assurés à l'aide des coolies affectés spécialement au service du parc d'artillerie.

Enfin, l'ordre n" 101 prescrit que la deuxième brigade embarquera dans la journée, et pendant la nuit du 6 au 7, pour se rendre dans la boucle du Song-Cau et du canal des Rapides. L'Aspic et le Lynx, chargés d'emporter les troupes, partiront ce soir même et débarqueront aux Sept-Pagodes. Le Pluvier, VJlenri Rivière, VEclair, la Trombe, le Riiri- Maru partiront le 7, dès le matin, et attendront de nouveaux ordres aux Se])t- Pagodes. Le lieutenant de vaisseau Leygues, chargé de la direction du mouvement, fera mouiller aux Sept-Pagodes, de telle sorte que le convoi de la deuxième brigade puisse s'engager facilement dans le Song-Cau, et que celui de la première brigade, précédé d'une canonnière et ayant en tête les jonques de pontage (génie), puisse pénétrer le canal des Rapides. Puis le général renouvelle

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