‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 47 sur 104 · CHAPITRE DEUXIIiME J · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIIiME J

de Hong-Hoa, cl s'aligneront à quatre jours à leur passage à Sonlay.

il Le personnel de la télégraphie optique, ayant des travaux à exécuter, sera indépendant des colonnes.

Il Les deux compagnies de tirailleurs algériens laissées sur la rive droite de la rivière Noire, rentreront à Sontay le lendemain du jour où la dernière colonne aura traversé la rivière Noire.

<i Le poste optique qui est établi au-dessus du village de Trung-Xa sera, à ce moment, occupé par une compagnie de la légion étrangère détachée de Hong-Hoa, laquelle se rendra le 20 avril, à la rivière Noire, pour relever les tirailleurs algériens, et restera affectée à la garde du poste jusqu'à l'achèvement d'un blockhaus en voie de construction A ce moment, le poste sera protégé par un détachement tiré de la garnison de Hong-Hoa, composé de cinquante hommes commandés par un officier, et d'une pièce de 4 de montagne avec sept canonniers et un brigadier.

« La garnison de Hong-Hoa, placée sous les ordres de M. le lieutenant-colonel Duchesne, nommé commandant supérieur, sera constituée comme il suit :

« Un détachement de cinquante tirailleurs annamites commandés par un officier; deux bataillons de la légion étrangère; une batterie de 95 ; une battei'ie de i de montagne ; un détachement du génie; une section d'ambulance : un détachement des services administratifs. »

15 av7'iL — Il parait certain que l'ennemi s'est rapidement éloigné et se trouve dès maintenant à l'abri, hors de portée des efforts partiels d'un sim[)le détachement. Et ce matin nous recevons avis que seuls sont maintenus les ordres relatifs à la dislocation des troupes, et à leur retour sur Hanoï en trois colonnes échelonnées de jour en jour.

(i Les éclopés de la légion étrangère seront, dit la dernière instruction, évacués en temps utile sur leur corps, qui reste en garnison à Hong-Hoa. Les malades et éclopés des autres corps seront répartis sur les jonques et dirigés, avec le bataillon des

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fusiliers marins, sur Hanoï. Le médecin chef de l'ambulance s'entendra, à cet effet, avec M. le capitaine de frégate Laguerre, chargé de l'évacuation. "

Les camarades de la première brigade nous racontent aujourd'hui la rude étape du 11 et du 12 avril. « Le général, disent-ils, après avoir longé sur une distance de quelques kilomètres l'étroit sentier de la rive gauche de la rivière Noire, en avant de Bat-Bac, s'est, brusquement engagé dans le sentier des montagnes. Le pays, très accidenté, couvert de forêts, parut superbe, et nos soldats harassés de fatigue n'en chantaient pas moins le gai refrain :

Nous le port'rons jiisiju'au Congo L'as de carreau.

«Néanmoins, il fallut se séparerd'une partie de l'artillerie; le général n'eut, du reste, qu'à recevoir la très facile soumission des villages traversés, lesquels savaient déjà l'abandon de Hong-Hoa. Avec une avant-garde de la légion étrangère, commandant Goronnat, il poursuivit hâtivement jusqu'à Van- Van, détruisant au passage la pagode fortifiée qui, pendant l'été, était l'habituelle résidence du prince Hong-Ké-Vien, notre ennemi le plus influent dans le pays, et vint enfin, dans la soirée du 12, se présenter devant Hong-Hoa, n'avant rencontré nulle part, ni la moindre résistance ni le moindre parti chinois.

" Van-Van, dans une situation des plus pittoresques, était, paraît-il, l'habituelle résidence d'été des mandarins de la province. Le général a fait occuper également les villages de Dao-Xa, de Phuong, Ghu-Phé et Duc-Vé, entourant ainsi complètement Hong-Hoa entre le fleuve Rouge et la rivière Noire, et défendant la roule de Lao-Kaï. Nous sommes donc actuellement les maîtres du pays, dont les Chinois et Pavillons noirs sont sans doute déjà fort éloignés, mais dont ils paraissent, d'autre part, avoir enlevé tous les hommes valides et toutes les jeunes femmes.

Et les ordres qui nous sont communiqués tendent à faire croire que l'expédition est dorénavant terminée. Nous occu-

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pons le dcltu ; c'est là, sans doute, tout ce que nous voulions. Dans sa proclamation, le général en chef déclare sa tendance aux mesures d'apaisement et de rapide pacification. Pour l'instant, du reste, l'état de la température, chaque jour de terribles orages, de formidables tonnerres et des [)luies torrentielles, et peut-être l'insuffisance des ressources budgétaires ne permettent pas d'aller plus loin.

Et les avis sont ainsi très partagés : n J^e but est atteint, disent quelques-uns, la guerre est finie et le retour prochain.

— IN'en croyez rien, disent les autres ; et ce sont les plus nombreux.

(I Sans doute le repos s'impose, mais sûrement temporaire. Il faut sul)ir les nécessités climatériques, mais sans cesser de se tenir en garde, c'est-à-dire occuper militairement tous les postes où peuvent se présenter de nouvelles invasions des Pavillons noirs et des Chinois, habitués de longue date à rançonner le pays. C'est d'ailleurs le seul moyen de nous assurer la possession tranquille de ce que nous avons dorénavant conquis. Mais assurément la guerre n'est pas finie, les Chinois n'ont pas dit leur dernier mot. Ils sont essentiellement fourbes, ils paraissent soumis, mais seulement jusqu'au jour où ils se croiront capables de recommencer la lutte. Non pas, cependant, qu'ils soient entraînés par leur patriotisme. Ils n'en ont pas, mais ils aiment l'argent, ils se battent seulement pour l'argent. Ils n'hésitent pas à se mettre à la disposition du plus offrant, ni même à faire défection et à livrer leurs chefs quand ils peuvent, en échange, espérer honnes espèces sonnantes. Généralement brave dans l'action, le soldat chinois, quand il sent la partie perdue pour lui, n'a souci que de sauver sa peau, et s'il ne voit chance de salut qu'en changeant de parti, il n'hésite pas; il est dénué de tout idéal, de toute conviction, et n'obéit qu'à son intérêt du moment. Mais pour l'amener à comprendre que sa cause est perdue, il faut se montrer résolu dans l'action, et toujours prêta marcher de l'avant. A ce prix-là seulement on le peut tenir en tutelle. "

l'U la conversation se prolonge longuement ainsi dans l'in-

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limité. Tous apprécient la bienveillance du général Millot. mais tous aussi déplorent ouvertement routrecuidance de son chef d'état-major. « Il ne veut rien entendre, dit-on, il donne des ordres dérisoires et abuse assurément de la confiance du général. »

De fait, j'ai eu moi-même occasion d'éprouver le même sentiment. Il s'agissait d'une dépêche à ma famille. Je m'adressai au chef d'état-major. Il me répondit péremptoirement par un refus. Je fus trouver le général. Et lui : « Oui, me dit-il, très volontiers » , et signant l'ordre de transmission : « Je suis heureu.\ de vous permettre de pouvoir rassurer votre père, en lui annonçant notre victoire. " Puis il ajouta : a J'ai pu ménager mes soldats; je proclame bien haut leur virile énergie, leur superbe endurance. La France peut en être fière. »

Il en est habituellement ainsi, disent les camarades. Quand on peut directement 1 aborder, on le trouve toujours de facile accueil. Mais son chef d'état-major veille, il s'efforce de l'isoler et lui aliène ainsi bon nombre d officiers.

15-18 avril. — Le général en chef est parti avec tout son état-major. Quelques habitants commencent à rentrer, mais l'incendie a fait de tels ravages et la miscrc est telle qu on ne sait ni les loger ni les nourrir. II apparaît, cependant, qu'ils sont réellement soumis, ne demandant qu'à vivre tranquillement sous notre protection. !Xous avons pu, quelques camarades et moi, profitant du repos, et accompagnés d'un interprète, parcourir les environs, et acquérir ainsi quelques renseignements pratiques. C'est ainsi que nous pouvons lire, encore affichés, certains ordres de Lu-Vinh-Phuoc, adressés tant à ses soldats qu'au.v habitants : n 11 faut, dit-il au.\ soldats, faire bouillir l'eau pour lusage interne, e.\iger une grande propreté autour du camp, et ne pas mallrailer les habitants qui cependant sont tenus de contribuer aux travau.x ■de la défense, mais qui doivent éloigner les femmes et les enfants. » Puis, à côté de ces sages recommandations, d'autres qui démontrent la sauvage cruauté. « Pendant la

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