CHAPITRE TROISIEME
jou{j annamite, et qu'ils élaieiit louL diposés à nous accueillir en libérateur.
Mais alors, survint la guerre de 1870. Et les Annamites, tranquillises par nos désastres, devinrent plus arrogants que jamais. Nous étions temporairement impuissants. Malgré la concluante étude du Tonkin par le lieutenant de vaisseau Senez, malgré l'heureuse exploration du lleuve Rouge par l'ardent patriote Dupuis, il fallut ajourner toute intervention.
Dupuis fut abandonné. Il ne se découragea pas, cependant. Et quand, en 1872, il revint à Paris, quand en 1873 l'amiral Dupré (convaincu que non seulement il avait su se faire accréditer par les mandarins du Yunnam, tenir tête aux mandarins annamites, se faire l'ami des Tonkinois, mais encore repousser les offres et les subsides de la colonie anglaise de Hong-Kong) eut rendu compte au gouvernement, il obtint enfin, non pas encore un appui, mais du moins la promesse qu'une enquête serait confiée au commandant de vaisseau Francis Garnier, avec mission de s'établir solidement en un point du ïonkin susceptible de devenir une base d'opérations.
Ce fut le commencement, tel que j'ai pu l'apprendre dans une rapide conversation avec le père Landais, des missions françaises. On sait comment l'héroïque Garnier, ne pouvant obtenir l'exécution des traités antérieurs, se rendit maîlre de Hanoï et d'une grande partie du delta. On sait comment il se fit tuer au pont de Papier, le 21 décembre 1873, par les Pavillons noirs, à la solde des mandarins annamites; comment sa petite troupe, grâce aux instances de Dupuis et de Mgr Puginier, évêque français de la mission catholique, résolutdeconserverla citadelle; comment, malgré les promesses d'un avantageux traité et l'attachement des Tonkinois, elle fut mise, par notre gouvernement, dans l'obligation d'évacuer le pays. On sait ce que furent les apparentes concessions faites au lieutenant Philastre, malencontreusement chargé de la direction de nos affaires politiques au Tonkin; comment les mandarins annamites, convaincus de notre incurable inertie, crurent pouvoir, impunément alors, non pas seulement se soustraire
à Texécution du nouveau traité, mais encore se venger de rattachement des Tonkinois, en massacrant plus de trente mille des suspects; comment sur les instances de notre gouverneur de Cochinchine, M. Le Myre de Vilers, le gouvernement, convaincu du danger, consentit enfin une nouvelle hésitante action. Comment le commandant Rivière dut recommencer la campagne de Garnier, s'emparer à nouveau de Hanoï, et de même que lui, près de neuf ans après, se faire tuer au même endroit et par les mêmes Pavillons noirs de Lu-Vinh- Phuoc, toujours à la même solde de TAnnam; comment enfin sa mort décida l'action, toujours hésitante, mais du moins continue, confiée d'abord au général Bouët et au docteur Harmand, puis à l'amiral Courbet et enfin, en 1884, après la glorieuse affaire de Sontay, au général Millot.
Le nouveau corps expéditionnaire a repris aujourd'hui les citadelles dont quelques officiers français ont, il y a près d'un siècle, couvert le Tonkin pour assurer le pouvoir d'un usurpateur, devenu temporairement un allié. I/'avenir ne paraît plus douteux. La France, quoi qu'il advienne, est dorénavant maîtresse de l'Annam et du Tonkin. La famille rovalc des Lé paraît éteinte. La famille des Nguven, encore actuellement au pouvoir, sera bientôt, si elle ne l'est déjà, réduite à l'impuissance. Les dynasties s'éteignent, la force et la modération font les soumissions, et les empires se renouvellent. Tel est le sort hal^ituel aux nations longtemps maintenues en servitude. Tel il sera pour l'Annam et le Tonkin, que la France est dorénavant appelée à gouverner et à régénérer.
22 mai. — Voici qu'un bataillon d'infanterie de marine vient de recevoir l'ordre de se tenir prêt à embarquer pour Madagascar, où, paraît-il, surgissent des difficultés qui vont nous obliger à la lutte.
D'autre part, le général en chef se porte, lui-même, devant Tuyen-Quan, encore occupé, paraît-il, par trois ou quatre cents Pavillons noirs, sous les ordres d'un lieutenant de Lu- Vinh-Phuoc. Simple démonstration, dit-on; de fait le général