CHAPITRE TROISIEMK
tions à élucider pour pouvoir décider les responsabilités.
« Un bon citoyen, lorsqu'il aime Dieu et sa Patrie, fait tout ce qu'il peut, rien que ce qu'il peut; il est prudent sans être lâche, et comme il est désintéressé, il se tromj)e rarement sur ce qu'il doit faire " — Le lieutenant-colonel Dugenne a-t-ilété ce bon citoyen, si biendéfini par Lacordaire? Personnellement, je veux le croire, plus enclin à faire peser la responsabilité sur l'état-major, qui, malgré des avertissements réitérés, n'a rien voulu prévoir et n'a rien organisé. Le guetapens est manifeste, dit-on, très généralement. Le général en chef savait de longue date la perfidie chinoise. Et cependant, il en a été dupe. Le lieutenant-colonel Dugenne avait reçu l'ordre d'occuper Lang-Son, et non pas de faire œuvre de diplomate. Il a rempli son devoir de soldat, il n'en avait pas d'autre. Il appartenait au général en chef, ou mieu.x à son chef d'état-major, le colonel Guerrier, de préparer les voies. Ils n'ont absolument rien fait pour cela. Le colonel Dugenne n'avait même pas un interprète à sa disposition.
Il a dû recourir à son boy pour comprendre ce que lui faisaient dire les parlementaires chinois. Evidemment, ils avaient connaissance du traité de Tien-Tsin. Et leur prétention d'attendre des ordres pour se retirer devant nous n'était pas justifiable. Le colonel put croire que l'ennemi, sachant son effectif réduit à une poignée de combattants suivis d'un immense convoi, cherchait seulement une occasion prospère pour s'en emparer. Et de fait, l'abandon du convoi fut son salut. La responsabilité du soldat, si elle n'est pas absolument couverte, se trouve du moins ainsi très atténuée. Tel est l'avis général.
2d juin . — Contrairement au règlement, je n'ai reçu encore aucune notihcation écrite ni de la durée ni du motif de la punition que m'a infligée le lieutenant-colonel commandant le régiment. De l'avis de mes camarades, notamment des colonels lîelin, de l'infanterie de marine, et Letellier, des tirailleurs algériens, je dois la considérer comme non avenue. " C'est assez, me disent-ils, dans les circonstances où nous
AU TONKIK
sommes, d'avoir à subir un chef paperassier aulant qu'égoïste, faites votre service sans vous préoccuper autrement de ce qu'il en pense. » De fait, où serons-nous demain? La lutte se poursuit; et de nouveaux combats avec l'armée chinoise nous ont, hier encore, paraît-il, coûté trois hommes tués et dix blessés.
Mais on assure, d'autre part, que l'amiral Courbet a reçu du gouvernement l'ordre de se porter immédiatement en Chine, et de signifier un ultimatum au Tsong-11-Yamen. Estce donc la guerre positivement déclarée à la Chine? Et que valent, dès lors, les affirmations du ministre Eerry?Du moins, il faut une réparation au guet-apens de Bac-Lé; une énergique attitude peut seule l'obtenir; elle est actuellement indispensable.
SO juin. — Les blessés de la colonne Dugenne, groupés à Phu-Lang-Tuong par les soins du médecin chef Driout, ont été transportés à bord de ÏËclair et doivent arriver ce soir même à Hanoï, pour occuper, dans les magasins à riz de la citadelle, les locaux que l'état-major a chargé l'aide-major Morand d'aménager aulant que possible à cet effet. Sans doute la marine, qui, cependant, est spécialement responsable du service hospitalier, n'a pas été avisée, car elle se montre sinon insouciante, du moins bien imprudente. Elle envoie au nouvel hôpital, sans même les avoir fait nettoyer, des matelas encore remplis de pus et de sang, par conséquent susceptibles de devenir une nouvelle source de contamination. Mon jeune camarade fait appel à mon autorité pour en obtenir le remplacement; mais n'appartenant plus régulièrement au service de l'ambulance, je ne puis qu'intervenir officieusement, au risque encore d'être rappelé à l'ordre. Advienne que pourra. L'essentiel est d'abord d'assurer à nos blessés les soins efficaces auxquels ils ont tous les droits.
h'Êclair, sous les ordres de mon ami le lieutenant de vaisseau Leygue, vient vers dix heures du soir jeter l'ancre devant la concession. A la hâte, on a réuni quelques coolies,