‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 77 sur 104 · CHAPITRE OfJATIUÈMK -nr · texte numérisé non relu

CHAPITRE OfJATIUÈMK -nr

faut s'en contenter, tous les mulets étant indispensables pour les canons et les lourdes (^harjjes.

fia colonne, réunie sur la herjje du lleuve, h hauteur de la douane, ne (•onij)te ^jurre plus de \2(H) hommes. Klle commence le passajje vers cinq heures un quart. Mais, en raison de l'insuffiance des sampans, peut-cire des remorqueurs employés à d'autres opérations, il n'est terminé qu'à dix heures du soir. Le lieutenant-colonel D..., au lieu de faire prendre les cantonnements au fur et à mesure des passages, fait attendre, l'arme au pied, que le groupement soit terminé. Il n'y a pas cependant d'inquiétude à avoir, car le village de Gia-Lang, où nous devons passer la nuit, est sous la protection immédiate d'un blockaus bien armé, et depuis longtemps occupe par une petite garnison qui garantit la sécurité du voisinage. Du fait de cet inutile stationnement, les cantonnements ne sont pas occupés avant une heure du matin. Et cependant, il faudra se remettre en route, sac au dos, dès la pointe du jour. Le repos nécessaire sera de courte durée.

4 octobre. — En marche des cinq heures, assez régulièrement jusqu'au canal des Rapides, que la colonne franchit sur des sampans. Mais à ce moment, alors qu'elle est tout entière réunie sur la rive gauche, survient un orage sans pluie, malgré de formidables coups de tonnerre, et l'atmosphère est véritablement étouffante. Il est neuf heures du matin. Il serait prudent de s'abriter, au moins pendant quelques heures; nous le pourrions d'autant plus facilement que la colonne arrive à hauteur du gros village de Quien-Quam. Déjà plusieurs soldats sont tombés épuisés, frappés de redoutables coups de chaleur. Vainement je le fais observer au lieutenantcolonel. Il ne veut rien entendre; et la marche se poursuit semée de malheureu.x; qui réclament une rapide assistance. Les trois manifestations classiques du coup de chaleur, congestion, syncope ou asphyxie, s'observent suivant que les sujets sont sanguins, lymphatiques ou nerveux, suivant surtout l'état plus ou moins avancé delà digestion. Et suivant le symptôme, il faut recourir aux affusions froides, à la respi-

ration artificielle, aux frictions, parfois même à la saignée, et surtout à l'ingestion de quelques gouttes d'éther qui toujours m'a paru fort utile.

Enfin, vers onze heures la colonne arrive au village de Phu-To-Son. La chaleur est accablante, et le tiers, au moins, de l'effectif est dorénavant incapable de suivre. Le colonel se décide à la halte. L'ambulance a dû recueillir déjà trente-sept malades, parmi lesquels douze, très gravement atteints, occupent, difficilement portés par les coolies, tous les brancards dont je dispose. Les autres, dél)arrassés de leurs socs et de leurs armes, abrités sous des feuilles de lotus, suivent, péniblement soutenus par les camarades. Hâtivement, et dès l'arrivée au village, tous sont couchés à l'abri. Cependant, et malgré les soins les plus énergiques, un jeune télégraphiste, ramassé sans connaissance sur le revers d'un fossé, où sans doute il n'avait pas été aperçu, succombe; et voici qu'un officier est lui-même sévèrement menacé.

La responsabilité qui m'incombe me paraît d'autant plus lourde que le lieutenant-colonel D..., dès son arrivée au village, s'est enfermé dans une pagode et a donné, à la sentinelle qui la garde, l'ordre formel de ne le déranger pour aucun motif. J'arrive cependant, alors qu'il a fait une longue sieste, à lui faire connaître la situation, et j'obtiens que la marche ne sera pas reprise avant quatre heures du soir.

Tous les brancards sont occupés, car il serait imprudent de laisser des malades en arrière; il faut donc de temps à autre remplacer un malade par un autre. Cela demande beaucoup de temps, et la marche se fait bien lentement. Cependant, et grâce à la fraîcheur du soir, la colonne arrive sans entraves à Dap-Cau. Mais il est deux heures du matin; les hommes n'ont rien mangé; et, du fait de l'incurie du commandement, les cantonnements eux-mêmes n'ont pas été prévus. Pour comble, plusieurs doivent revenir à Bac- Ninh, tant pour y recevoir des vivres que des couvertures et des souliers, dont la distribution a été, paraît-il, oubliée au départ de Hanoï. Et la nuit se passe ainsi sans auciui repos.

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