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CHAPITRE QUATIUÈME

Taï-Lam, et remonter la rive {jauelie de la rivière jiiscjirau jjiié, préalal)lenienl reconnu, de Donj^-Con^f . Pendant cette marche, deux compa^jnies de la léjjion furent charj^fces de détourner l'attention des Chinois, en se portant directement vers Nui-Bopp, à l'entrée du col de Déo-Quan. Et le général put ainsi, sans être signalé, remonter la rivière jusqu'au gué de Dao-Hé, au sud et en face des positions chinoises. De suite, pendant que le 111" occupe les hauteurs de Phon-Cot, que le capitaine Verdier repousse les premiers assauts de l'ennemi et assure le service d'avant-garde, la colonne franchit la rivière, pour prendre position sur la rive droite.

« La nuit venue, le comhat cesse; et le général en profite pour disposer son artillerie. Il donne au colonel Herhinger l'ordre d'occuper, avec le lll' et le 143% un plateau central qui, dans son projet, devra le lendemain lui servir de pivot pour l'attaque des positions de l'ennemi.

« Dès l'auhe, en effet, la lutte recommence. Les Chinois sont les premiers à se porter en avant, et bientôt, en masses considérables, ils enveloppent notre avant-garde, qui lutte héroïquement, et doit son salut autant à l'énergie du capitaine Verdier qu'à l'intervention d'une compagnie d'infanterie de marine, hâtivement envoyée par le général à son secours.

« Le capitaine Verdier, ainsi dégagé, se précipite en avant, et s'empare d'un premier fort, pendant que l'artillerie des capitaines de Saxe, Jourdy et Palle réduit au silence l'artillerie chinoise. La lutte alors devient générale, et la brigade, précédée d'un bataillon de tirailleurs algériens, avec le 143= et le 11 1% se précipite en avant pour tourner la gauche de l'ennemi. L'assaut donné, quatre forts sont en notre pouvoir. Le général alors porte tous ses efforts contre les formidables retranchements du camp, que les Chinois, parfaitement abrités, défendent énergiqueinent. L'artillerie fait rage, les clairons sonnent à la baïonnette. Alors les Chinois se précipitent en déroute vers le nord, longtemps poursuivis par nos obus, jonchant le sol de leurs blessés et de leurs morts, qu'ils abandonnent misérablement, et nous laissent maîtres du

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camp retranché de Nui-Bopp avec dix canons Krupp, et tout un immense matériel. »

Dix mille Chinois au moins, parfaitement armés, solidement retranchés, à l'abri dans huit ou dix forts, sont mis en déroute par une brigade comprenant à peine deux mille combattants. Aussi, la victoire nous coûte cher : treize tués, soixante-sept blessés, parmi lesquels trois officiers gravement atteints. Mais c'est la victoire. Et chacun de dire : La gloire en est au général. Nos soldats ont été superbes de courage et d'entrain. Les capitaines Verdier, Sazonoff et Mailhat, le lieutenant Simoni, l'adjudant Fargues, les soldats Araud et Mefîret, presque tous du 111% sont tout particulièrement à signaler. Quant au lieutenant-colonel Herbinger, on se rit, très généralement, de ses manies théoriques. Son outrecuidante prétention, dit-on, est aussi désagréable à tous qu'elle est peu pratique, sinon même dangereuse.

Et, devisant ainsi, chacun veut m'accompagner au bateau, le Sontay^ de la compagnie Roques, qui doit m'emmener jusqu'à Haï-Phong, puis à la baie d'Along, où, paraît-il, attend le Winh-Long.

Adieu, mes chers et bons camarades! Que Dieu vous garde des dangers qui vous menacent encore. Personnellement, je suis à bout de forces, ayant à peine accompli la moitié de ma tâche, et dans l'impossibilité de faire plus. La joie du retour est ainsi bien amoindrie.

Et c'est fini. Déjà j'ai perdu de vue la citadelle, ce mirador de la porte ouest où tant de misères, tant de tristes pensées mêlées de courtes joies sont venues m'assaillir.

8 janvier. — A bord du Sontay, un mauvais remorqueur, où je n'ai d'autre installation que ma chaise de campagne, et dont tous les coins sont occupés par de pauvres malades, plus épuisés encore que moi-même, et qui, bien certainement, n'arriveront pas tous en France. Un jour et deux nuits ainsi. C'est bien long. Et j'ai véritablement grand besoin, dès mon arrivée à Haï-Phong, de la cordiale hospitalité que m'offrent les de Gustine.

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10 janvier. — Départ d'Haï-Phong à midi, à l)ord du remorqueur Schi-Chuen, un chinois à noire service, pour arriver ce soir au Winh-Long, ancré dans la baie d'Along, à côté du Bt'en-Hoa., d'où viennent de débarquer, avec mon ami le docteur Zuber, appelé, je crois, à me remplacer à Tanihulance, les quelques renforts impatiemment attendus pour la marche sur Lang-Son. Impossible même de se serrer la main.

11 janvier. — En route vers la France. Le Winh-Long, un superbe bateau-hôpital, s'engage hardiment dans le dédale de la fantastique haie d'Along, se dirige sur les trois rochers en aiguille qui jalonnent la passe, côtoie parfois de si près le rocher qu'il semble devoir s'y briser, signale bientôt l'île de Nortengal (rarement aperçue) et se lance avec une vitesse de quatorze nœuds, malgré la houle d'un fort vent du sud, vers le cap Saint-Jacques, à l'entrée de la rivière de Saigon, qui sera notre première étape.

Vent debout sud-est contraire aux prévisions ; à travers le golfe du Tonkin, vers la pointe de Do-Son et longeant les bouches, Cua-Cam, Cua-Lac-Tray, Cua-Van, Cua-Thaï-Binh, Cua-Dien-Ho, Cua-Tray-Li, Cua-Lone, Cua-Batat, dérivées plus ou moins directement du fleuve Rouge. On passe en vue des Thanh-Hoa et de l'île Poulo-Canton, pour toucher bientôt la côte de Ghuan-Ane à hauteur de Hué, qui sera fatalement, il n'y a pas à en douter, l'étape obligatoire dernière de notre conquête du Tonkin.

Notre résident actuel, dit-on autour de moi, n'a pas l'air de s'en préoccuper, et se laisse malencontreusement endoctriner par les mandarins.

13 janvier. — Enfin la mousson du nord-est nous reprend, nous fait doubler le cap Padaran, et longer les côtes, inhospitalières, dit-on, de la province de Tourane. Et voici, vers sept heures du soir, la haute falaise du cap Saint- Jacques, à l'entrée de la rivière de Saigon. Mais malgré nos fusées d'appel, malgré les signaux du phare, les pilotes arrivent à bord seulement vers neuf heures du soir. Il est

trop tard; rentrée de la rivière est semée de dangereux rochers; il faut pour les franchir attendre la marée haute, et le Winh-Long doit mouiller à l'entrée de la haie des Cocotiers, pour y passer la nuit.

\ô janvier. — Ce n'est plus la mer scintillante de clarté, nous voici dans l eau saumâtre dun marais torrentueux. Les berces de la rivière sont faites d'une épaisse couche de vase fétide, bordées par une véritable forêt de palétuviers. Ça sent la fièvre; ce qui n'empêche pas les Annamites d'y patauger jusqu'à la ceinture, tout occupés à entasser les chargements du bois destiné au chauffage de la plupart des remorqueurs à vapeur qui sillonnent la rivière. De fait, paraît-il, le charbon, fort rare, coûte ici beaucoup trop cher. Et la plupart des remorqueurs, de même que les tramways à vapeur de la colonie, sont chauffés avec le bois de palétuvier, qui croit très rapidement et en très grande abondance sur les berges du fleuve. Il n'en sera plus de même, sans doute, alors qu'il nous sera possible d'exploiter les mines du Tonkin, notamment celles de la baie de Hone-Gay et de File de Kébao, où la houille est, paraît-il, fort abondante, et que le gouvernement a concédées déjà, au moins en partie, à M. Bavier-Ghauffour, un proche parent de notre ministre M. Ferry.

Pendant de longues heures, le Winh-Long, prudemment conduit dans les incessantes sinuosités du lleuve, lutte contre l'impétuosité du torrent. Parfois, au l)rusquc tournant d'un coude, on aperçoit les hautes tours de la cathédrale ou la (lèche élancée de la chapelle dite de la Sainte-Knfauce ; puis vers midi, pendant que sonne l'angélus, apparaît le drapeau qui couvre le palais du gouverneur. Enfin nous sommes en France, et si pénible qu'elle soit, la chaleur nous paraît moins accablante.

Le Winh-Long aborde à quai, à hauteur de la statue de l'amiral Rigaud de Genouilly. Et tout de suite : » Fâcheuse nouvelle, nous disent les quelques officiers venus à notre rencontre. Il n'y a plus personne ici; le Cambodge est en pleine révolte, et notre gouverneur, M. Thomson, vient de partir,

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emmenant avec; lui fonte la force armée dont il a pu disposer. Est-ce le commencement d'une grave insurrection? On peut le craindre. De fait, notre poste de rinfanlerie de marine sur le Mékong, à Sambor, a été surpris par une bande commandée par Si-Vota, que notre gouvernement a, paraît-il, sacrifié pour faire régner son frère cadet, plus disposé à accepter notre autorité. Le capitaine Bellanger. qui commandait le poste, a été tué, et son second, un jeune enseigne de vaisseau, a dû s'abriter en toute hâte dans un réduit, où il ne parait pas très en sûreté. Et Si-Vota qui compte, dit-on, de nombreux partisans, profite, pour fomenter la révolte, de l'éloignement de nos régiments d'infanterie de marine, actuellement en grande partie au Tonkin. Sans doute, on saura quand même le rappeler à ses obligations, mais non sans difficultés. "

Mes camarades de la marine me conduisent à l'hôpital, où, disent-ils, je serai plus tranquille, et j'en ai grand besoin, pendant les trois ou quatre jours que je devrai passer à Saigon. Et véritablement, je ne sais rien qui soit mieu.v compris, mieu.x aménagé contre le pénible climat de la Cochinchine, que ce superbe hôpital de la marine à Saigon. Composé de plusieurs pavillons, isolés les uns des autres par des jardins, il occupe, au sommet de la ville, un véritable parc lu.vuriant de végétation. Les bâtiments, élevés sur voûtes largement ouvertes et isolées du sol pour une facile circulation de l'air, comprennent seulement un étage, entouré de belles galeries couvertes. Les chambres vastes, très élevées de plafond, coupées de distance en distance par des cloisons à hauteur d'homme, sont éclairées par de nombreuses portes-fenétres, disposées sur les deu.\ faces. Dans ce pays d'énervante chaleur, il fallait, avant tout, réaliser une facile circulation de l'air; c'est ce qu'on a fait. Plusieurs escaliers couverts et de pente très douce desservent chaque pavillon. Au-^deux extrémités de chaque galerie, et tout à fait indépendants des chambres de malades, se trouvent les cabinets, avec sièges faïences d'une rigoureuse propreté, et toujours abondamment lavés. Pas de fosses; rien que des tinettes disposées dans le sous-sol. A proximité : de

nombreux lavabos individuels, avec des robinets d eau courante.

Une superbe galerie couverte met en communication les divers services avec le bâtiment des bains, qui est véritablement remarquable. Cabinets individuels, vastes piscines d'eau froide et d'eau chaude, belles salles de douches pourvues de tous les appareils usuels, le tout approvisionné par un château d'eau actionné par une puissante machine à vapeur, rien n'y manque; et peu d'établissements publics sont mieux outillés. La cuisine et la pharmacie occupent chacune un pavillon distinct. La cuisine, vaste, largementaérée,parfaitementéclairce, bien dallée, est pourvue d'un fourneau central avec appareils de cuisson par la vapeur et nombreuses cheminées pour les rôtis. En dehors, des cabinets sont spécialement aménagés pour la conservation des aliments, autant que possible soustraits à l'action atmosphérique; des caves occupent les soussols, et de vastes lavoirs à eau courante, chaude ou froide, complètent l'aménagement.

La pharmacie et les nombreuses dépendances nécessaires à la conservation des médicaments ne laissent rien à désirer. La tisanerie, avec son générateur et ses appareils de circulation pour la décoction, sous l'action de la vapeur, des différentes plantes médicinales, est une fort remarquable innovation; chaque tisane a sa bassine distincte.

La buanderie occupe le rez-de chaussée d'un pavillon dont le premier étage, affecté à la lingerie, est surmonté lui-même des greniers-séchoirs, le tout desservi par des ascenseurs. Des étuves à vapeur sous pression et à air sec permettent la désinfection. Une vaste chapelle; des pavillons d'isolement, tant pour les officiers que pour les maladies contagieuses et les consignés, occupent tout un quartier. Le pavillon pour les maladies contagieuses est très excentrique, complètement isolé, à cabinets individuels, avec seulement quelques chambres pour deux ou quatre lits; c'est un petit hôpital distinct à côté du grand hôpital.

Les médecins réclament cependant encore, et depuis longtemps déjà, parait-il, un amphithéâtre convenable. De fait, le

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local dontils disposentacluelleineiil pour les examens nccroscopiques est noa seulement insuffisant, mais encore danj^ereux. Mes collègues de la marine sont, on le comprend, peu disposés à faire des autopsies dans un pareil local. Et l>ien certainement le climat du pays ne permet guère de passer outre aux commodités nécessaires à des travaux de ce genre.

Tel est ce superhe hôpital, dont les sœurs de l'ordre de Saint-Paul de Chartres assurent les différents services avec un courage et une abnégation qui égalent, s'ils ne les dépassent, le dévouement et l'abnégation de nos admirables sœurs de Saint-Vincent, tant dans nos grands hôpitaux militaires que dans les hôpitaux civils.

Non loin de l'hôpital sont les casernes de l'infanterie de marine, construites en fer et en briques, avec vérandas circulaires, dans l'enceinte même de la citadelle. Elles réalisent tout ce qu'on peut raisonnablement désirer; les chambres sont vastes, largement aérées, chaque lit est abrité sous une moustiquaire ; il y a des salles de douches et de bains, des cuisines bien aménagées, des latrines à cuvettes très surveillées. Seule l'infirmerie est insuffisante, mais sa construction, dans un pavillon indépendant, est actuellement à l'étude.

A côté, se trouvent le château d'eau et quelques bassins d'approvisionnement. L'arsenal mérite également l'attention. Il est pourvu d'un immense matériel. Mais, pendant que je le parcours à la hâte, mon collègue me fait remarquer encore un exemple de la routinière incompétence de l'administration. Des ouvriers y sont occupés à construire des brancards pour le transport des malades et des blessés, et l'administration, sans daigner consulter le service compétent, reproduit scrupuleusement l'antique catafalque fermé dont on retrouve encore quelques rares exemples oubliés dans les greniers de nos infirmeries régimenlaires. Il faut huit honiiues pour tran8[)orter cet inénarrable appareil anlédduvien, et son prix de revient est quatre fois plus élevé que celui du brancard à équerre de notre service courant. « Chacun de ces brancards coûte au moins 150 francs, médit mon col-

lè^ue ; pour le même prix on pourrait avoir trois l)rancards du nouveau modèle! »

Tout près de la citadelle, dans la belle avenue de Chasseloup-Laubat, mon attention a été très frappée par un immense échafaudage en bambous, qui parait former la cage d'une nouvelle construction. Tous ces bambous sont maintenus par de simples liens ou chevilles. Il n'y a pas un clou, pas une ferrure, pas une poutre, rien que des bambous. Cet échafaudage, de construction indigène, d'une solidité à toute épreuve, est véritablement remarquable do hardiesse et d'habileté.

De fait, avec de tels ouvriers, sous la direction de nos ingénieurs constructeurs, Saigon, qui n'était, avant la conquête, qu'une misérable bourgade, est devenue véritablement la ville des palais. Les Anglais, nos aimables voisins, peuvent être jaloux. Ils n'ont rien fait de mieux à Singaporc, ni même à Ceylan. Les quais, les rues, les larges avenues ombragées de tamariniers ou autres arbres exotiques, les places et les marchés couverts; puis au centre d'un véritable parc, le palais du gouverneur, resplendissant dans sa ceinture de gracieuses colonneltes et de vérandas, avec dôme central agrémenté d'un escalier monumental à rampes de fer forgé d'un remarquable travail, puis encore le palais de justice, à peine achevé, la cathédrale aux tours massives de briques rouges, l'hôtel des postes, le trésor, le cercle des ofHciers, le vaste collège d'Adran et le séminaire de la mission catholique, le superbe pensionnat de la Sainte-Enfance, dont le clocher, ajouré en aiguille, domine tout le pays; plusieurs belles maisons particulières... ; tout ce riche ensemble démontre une colonie qui n'a pas craint les dépenses de luxe. Je n'ai que le temps d'un coup d'œil, ma misère physique ne ne me permet pas de longues visites. Ce que je vois, c'est l'apparence d'une riche colonie. Et cependant c'est à peine si, parmi cette grouillante population de diverses races, surtout de Chinois et d'Annamites, on rencontre quelques Français à face terreuse, dont la vive allure contraste avec l'état manifeste de profonde débilitation.

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Beaucoup de palais, dit la médisance, pour lofjer quelques fonctionnaires utiles, mais surtout des déclassés, des exploiteurs intrigants, pour lesquels la justice a trop souvent la plus paternelle indulgence !

Est-ce vrai? Je veux en douter. Il paraît certain, cependant, que le seul traitement des fonctionnaires absorbe, en Gochinchine, la moitié au moins du budget de la colonie. En serat-il de même au Tonkin? Il faut espérer que non. Le climat de la Gochinchine est, paraît-il, des plus pénibles. Les Français le subissent très difficilement, et doivent, sous peine de déchéance fatale, n'y demeurer qu'un certain temps. Il n'en sera pas de même au Tonkin. Les mois de novembre, décembre et janvier y sont généralement, non seulement supportables, parfois même agréables. Les fonctionnaires utiles pourront donc y demeurer; la colonie n'aura pas à subir la hâtive exploitation de politiciens arrivistes et sans scrupules.

Grâce à la délicate attention de Mme de Poyen-Bellisle, qui, sachant nos communes alliances et nos relations de famille, veut bien, malgré la très légitime préoccupation qu'elle a de son mari, colonel commandant l'artillerie de marine devant Formose, me permettre de l'accompagner dans une fort agréable promenade en landau, nous pouvons, ensemble, visiter le couvent de la Sainte-Enfance, superbement aménagé dans le goût indigène, avec sa vaste chapelle gothique, surmontée de la (lèche élancée qui domine la région; le jardin botanique dans lequel circulent en toute liberté, ou sont enfermés dans des cages de fer abritées sous de superbes arbres, les divers animaux du pays, depuis l'agile chevreuil, l'autruche et les oiseaux divers, jusqu'au tigre royal et au paresseux crocodile ; puis, au milieu des tombeaux annamites actuellement en ruine, le jardin public qui, sous celte énervante atmosphère, est bien, en vérité, le plus délicieux refuge qu'on puisse espérer.

Le couvent de la Sainte-Enfance, tenu par les sœurs de Saint-Paul de Chartres, reçoit et élève les jeunes filles annamites qui deviendront de bonnes mères de famille par leur

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mariage avec les catholiques indigènes. îson loin de là se trouvent le collège d'Adran, le séminaire de la mission, et recelé Ghasseloup-Laubat, où de nombreux enfants indigènes reçoivent 1 instruction française.

« C'est un fait remarquable et qui frappe toute la colonie, me dit Mme de Poyen, que la facilité avec laquelle les enfants indigènes apprennent la langue française, et deviennent rapidement d'excellents interprètes. Alors que, même après un certain temps de séjour, nous ignorons encore les premiers mots de la langue annamite, presque tous nos boys, des enfants employés au service courant dans les maisons, parlent le français, et le comprennent très suffisamment pour nos besoins journaliers. »

C'est l'œuvre, notamment, des frères de la doctrine chrétienne, depuis quelque temps déjà installés à Saigon et dans toute la Cochinchine. Mais voici que, par une singulière al)erration, ces modestes pionniers de l'influence française sont pourchassés comme des malfaiteurs, par ceux-là mêmes qui devraient, fût-ce seulement par patriotisme, les soutenir le plus énergiquement. Gaml)etta a pu mitiger; J. Ferry se montre plus intransigeant, et ses fonctionnaires n'hésitent pas, même aux colonies, à interdire l'enseignement, si français qu'il soit, à quiconque a l'audace de porter la soutane!

Causant ainsi, nous parcourons la terrible plaine des tombeaux, ces rudes lignes de Ki-Hoa que les Annamites, en 1861, ont si bien su défendre contre nos troupes; et nous arrivons à hauteur d'une petite pagode qu'on me dit être le tombeau du fameux évéque d'Adran, Mgr Pigneau de Behaine. La croix du christianisme domine ici les dragons hérissés et les autres emblèmes du bouddhisme. Elle est là le puissant emblème de l'action française dans l'extrême Orient. Et ce n'est point sans émotion que je la salue, comme il faut saluer le drapeau de la patrie. L'histoire est connue ; j'ai cependant besoin de l'entendre encore et de la redire comme un témoignage autant du patriotisme de l'évêque que de la constante impulsion de nos rois vers une fructueuse expansion coloniale. Et ce soir, chez Mme de Poyen,

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