‹ Au Tonkin, 1884-1885Chapitre 92 sur 104 · CHAPITRE CINQUIKMK ;{6I · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIKMK ;{6I

Test, cherchant à se défiler de notre artillerie, [)Our rejoindre les contingents masses devant nous, à (|uelques kilomètres au delà. ]*]t le général parait inquiet. »

24 mars. — La préparation est bonne, cependant, et la lutte se présente Jjien. Dès l'aube, en effet, le colonel llcrbinger a reçu Tordre de gagner, toujours à Test, mais en arrière de Bang-Bo, une position d'attente. lA le général lui a prescrit de s'emparer rapidement de deux nouveaux iurts qui permettront de prendre l'ennemi à revers, pendant qu'il attaquera directement de face.

Mais le brouillard est impénétrable. Le colonel s'égare dans la recherche d'un chemin d'accès. Il n'arrive à se présenter au pied du mamelon fortifié qu'il doit occuper qu'après les Chinois, qui, s'apercevant de son mouvement, se sont hâtés de le devancer et y ont réussi. Et quand le brouillard se lève, vers dix heures, le général, croyant la position occupée, précipite aussitôt l'action.

Il s'agit d'enlever directement un remblai central. C'est là que se concentre toute la résistance, et le colonel Her]>inger parait la dominer en arrière.

Le général donne, en conséquence, à l'artillerie, l'ordre de la prendre en écharpe, de manière à permettre au 111% dès que le moment sera venu, de l'attaquer directement de face.

Mais l'artillerie demeure sans action efficace. Et quand le général ordonne au 111' de se préparer à l'assaut, le commandant Faure, assuré que l'ennemi n'est pas ébranlé, qu'il est là, devant lui, dix fois plus nombreux, à l'abri d'un retranchement à pic, se trouve dans l'obligation de prévenir que son effectif, à peine 300 hommes, ne lui permet pas de tenter utilement l'aventure.

Sans doute il ignore, et le général le suppose, que le colonel Herbinger doit dominer l'arrière, que l'ennemi, malgré ses retranchements, va se trouver jiris entre deux feux, et, par conséquent, dans l'impossibilité d'opposer une longue résistance.

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>. Il n en est malheureusement rien. Et quand, sur un ordre impératif, le 111' se précipite à Tassant, de suite il est entouré par des forces considérables qui, demeurées impassibles, jusqu'alors à 1 abri, se précipitent dans un formidalile mouvement d enveloppement. Les compagnies, superbement enlevées, traversent au pas de charge, baïonnette au canon et sous une grêle de balles, les huit cents mètres qui les séparent du retranchement. Elles se brisent devant un mur infranchissable de plus de trois mètres d'élévation, et se trouvent entourées par un ennemi vingt fois plus nombreux. Alors commence l'effrovable carnage. Vainement on se reforme par petits échelons, à l'abri du moindre soulèvement de terre, vainement on se débarrasse des sacs. Seule la compagnie Verdier peut se faire jour vers la gauche, arriver ainsi jusqu'au pied même du retranchement, et occuper un monticule qui domine quelque peu. Les Chinois débordent de tous les côtés. En quelques minutes, le bataillon a perdu plus du quart de son effectif; et, sous les veu.v mêmes de leurs camarades impuissants, tous les Ijlcssés, parmi lesquels l'héroïque médecin-major Raynaud, le capitaine Mailhat, les lieutenants Normand et Canin, le brave soldat Meffret. dont on venait encore d'admirer le superbe courage, sont horrl- Idement décapités. Et les Chinois, ivres de sang et de poudre, s'arrachent, entre eux, les têtes convulsées de nos malheureux camarades. "

Trois cents soldats se sont élancés à l'assaut; quatre-vingtfjuatre hommes et quatre officiers sont tués, blessés ou décapités; le lieutenant de Colomb, blessé au pied, doit son salut à l'affectueux dévouement de ses hommes, qui se sacrifient pour lui, comme ils ont inutilement tenté de le faire pour tous, notamment pour le docteur Ravnaud. dont la grave blessure ne paraissait cependant pas immédiatement mortelle. Seul le capitaine Verdier, qui a réussi à grouper ses hommes, peut échapper au carnage, et rejoindre son camarade Cœsch, jusqu'alors en réserve. 11 faut se décider à jjaltre en retraite; et lartillerie demeure impuissante!

<> Le colonel Herbinger, le 14;î- et les Tonkinois, empé-

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chés par les difficultés du terrain, ont échoué dans l'attaque du j)latcau, clef de la position, que les Chinois avaient pu, dès le matin, rapidement occuper. Seule une compajjuie, celle du capitaine Gayan, s'est maintenue à mi-côte, mais pour s'y trouver bientôt complètement entourée, et ol)ligée de se frayer un chemin dans une lutte corps à corps qui lui coûte la moitié <le son effectif, parmi lesquels ses deux officiers, le lieutenant Thiébaud, aussitôt décapité, et le souslieutenant Bruneau, mortellement blessé. »

Vainement les deux compagnies de la légion, temporairement en réserve, tentent un mouvement offensif de dégagement. Le brave capitaine Cotter qui les entraîne est aussitôt décapité. Et les Chinois, dans une furieuse poussée, réussissent à réoccuper les mamelons, que nous devons successivement abandonner. Bientôt ils arrivent, jusqu'au pied du piton où se tiennent encore l'artillerie et le général. Ils sont en tel nombre, ils nous tiennent de si près que la résistance est impossible. Il faut l)attre en retraite. Et malgré la nuit l'évacuation s'effectue sous le feu; avec l'ambulance et les Idessés qu'il faut entourer et garantir, avec les canons qu'il est impossible de charger sur les quelques mulets encore debout, et qu'il faut enlever au prix d'efforts surhumains, pendant que d'énormes pierres roulantes bondissent, au milieu des groupes, des pentes abruptes à descendre. Et quand le général se décide à son tour à se retirer, il n'en est véritablement que temps, car déjà les Chinois sont au sommet!

Heureusement, du reste, ils paraissent peu disposés, au moins immédiatement, à nous poursuivre longuement. Au centre, ils sont très occupés du pillage des sacs abandonnés, et quelques feux de salve suffisent à les maintenir. Sur les côtés, deux compagnies de la légion peuvent, au prix d'énormes sacrifices (capitaine Brunet tué et capitaine Gaucheron gravement blessé), écarter les masses qui cherchent à nous envelopper. Grâce à leur courageux dévouement, la route, dans la plaine, demeure relativement libre. Et la petite colonne est si réduite qu'elle n'est plus guère qu'un convoi de blessés.

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De fait, sur un effectif total de 925 combattants, elle en a perdu plus du quart, 275 tués ou blesses, parmi lesquels 13 officiers. L épreuve est cruelle. Chez tous, cependant, le moral demeure inébranlable. Le général est là. Et ses paroles sont aussi réconfortantes qu'est martiale son énergique attitude. Il L'échec de Bang-Bo, dit-il, est un douloureux épisode; il nous a coûté un bien lourd sacrifice, mais il n'aura pas d'autre conséquence 8i nous savons demeurer prêts pour de nouvelles luttes. "

Et la retraite s'effectue régulièrement, par échelons succès sifs, sous la constante surveillance du général, qui demeure à l'arrière-garde, et prend toutes dispositions, tant pour garantir les blessés que pour maintenir l'ennemi. Enfin, très tard dans la soirée, la colonne arrive à Dong-Dang. reprend ses cantonnements de la veille, et peut jouir, sous la protection des postes avancés, d'un indispensable repos. Seule l'ambulance veille, encore impuissante, malgré ses prodigieux efforts, à assurer aux blessés tous les soins immédiats dont ils ont un impérieux besoin.

25 77iars. — Les reconnaissances du matin apprennent que les Chinois, demeurés sur leurs positions, n'ont pas encore franchi la frontière. Cependant, l'abandon de Dong-Dang s'impose, autant en raison de sa position trop en l'air que de l'insuffisance absolue des effectifs nécessaires à la défense. En conséquence, dès huit heures, le général fait sonner le refrain de la brigade, puis la diane et la soupe, que tous les clairons des postes de grand'garde, face à l'ennemi, répèlent éperdûmcnt, comme pour lui faire bien comprendre qu'on l'attend de pied ferme, prêts à lui faire payer son éphémère succès.

Et vers dix heures seulement, ordre est donné de retirer les avant-postes, pour se replier sur Lang-Son. La route est gardée par le 23% appuyé de quelques renforts arrivés de France depuis deux jours. Et la retraite se poursuit dans un ordre parfait, sans à-coups, sans autre préoccupation qu'une efficace protection des blessés.

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''liiinars. — Les Chinois, du reste, à parlquehjues patrouilles facilement écartées, ne paraissent pas empressés à la poursuite. Et la brigade, renforcée des contingents arrivés de France, peut, sans être inquiétée, se préparer à de nouvelles attaques. On en profite pour mettre en e'tat de défense la rive gauche et le village de Ky-Lua, dont la face nord est pratiquement crénelée, pendant que la redoute est armée de pièces Krupp de 05 et de canons anglais de 4 précédemment pris à l'ennemi. On active également les travau.x des routes, encore en assez mauvais état, notamment dans la ligne de jonction Thaï-Moï-Dong-Song, par le col de Déo-Quan.

27 mars. — Il en est temps, car voici que dans la soirée, des masses chinoises sont signalées, s'avançant en bon ordre, à 5 kilomètres environ de Ky-Lua. Ce n'est, du reste, encore qu'un avertissement, et le général se contente de placer des avant-postes qui nous mettent en garde de toutes éventualités.

28 mars. — Les Chinois avancent lentement, méthodiquement; ils prennent position sur toutes les hauteurs. Par ordre, nos avant-postes se replient devant cu.\, les attirant ainsi jusqu'à portée des redoutes de Ky-Lua. Alors la batterie de Saxe et le détachement d'artillerie de marine ouvrent le feu, et deu.Y compagnies de la légion suffisent pour balayer rapidement le terrain, pendant que le 23° et deux autres compagnies de la légion disséminent les masses qui, de droite et de gauche, à travers les marais, arrivent jusque sur les l)erges du fleuve. A leur tour, le 143% un bataillon de la légion et les tirailleurs tonkinois, jusqu'alors en réserve à hauteur d un gué qui pourrait permettre un mouvement tournant, prennent énergiquement l'offensive, et repoussent vivement les masses qui cherchent à nous déborder.

« Cependant, vers deux heures après midi, l'ennemi revient à la charge. On le voit sortir en masses profondes de Dong- Dang, se déployer régulièrement en demi-cercle dans les villages et sur les hauteurs qui forment les bords de la cuvette

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devant Ky-Lua. Et vers trois heures, tout en accentuant les mouvements des ailes, il se lance résolument à l'assaut de la redoute qui concentre alors la défense. Il est repoussé, et malgré de nouveaux efforts, il demeure impuissant à nous entamer. "

Voici, d'autre part, que le colonel Herbinger a pu, vers la droite, avec le 143% un bataillon de la légion, les Tonkinois et la batterie Ropert, jusqu'alors en réserve, prononcer un mouvement excentrique qui le précipite, en déroute, jusqu'au débouché de la route de Dong-Dang, versThat-Qué et Bang-Bo.

Le 111% si cruellement éprouvé devant Bang-Bo, est en réserve, au sud de Lang-Son, gardant les débouches des deux routes par Cut et Pho-Yy.

Et nous demeurons incontestablement les maîtres du champ de bataille.

Cependant une nouvelle attaque se prépare sur notre droite, et voici que le général, en sortant de la redoute, est lui-même atteint d'une balle dans le ventre.

«Le général blessé, très gravement, mort peut-être! La nouvelle s'en répand comme une traînée de poudre, au milieu de ces rudes soldats dont il est la tête et le cœur.

Et chacun dit sa douloureuse impression : « Ou a dit le docteur? Qu'allons-nous faire au milieu de ces Chinois qui deviennent d'autant plus nombreux qu'ils sont plus souvent battus, et que nos effectifs diminuen.t de jour en jour.' ]Xous sommes à Lang-Son. Faut-il donc aller les chercher chez eux, et n'allons-nous pas enlin en finir?... »

Et comme pour légitimer leur inquiétude, loin de les remonter, en leur montrant 1 indéniable succès de la journée, non seulement son successeur fatal au commandement, le colonel Herbinger, arrête net le mouvement offensif de poursuite: mais encore, malgré l'avis formel du général, malgré les instances de plusieurs officiers, il décide que la retraite est indispensable.

Il suffirait assurément, ainsi que le conseille le général, de tenir les passages importants vers les routes de Pho-Vv et de Tlian-Moï, d'évacuer tous les impedimenta, de laisser à Kv-

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Lua seulement une arrière-garde, d'occuper toutes les hauteurs de la rive gauche, et d'ohserver ce que fait l'ennemi.

Mais le colonel semble avoir, depuis longtemps déjà, pris une décision. A peine a-t-il quelques instants d'hésitation. Contrairement à l'évidence, et sans même vouloir entendi'C son entourage, il déclare que, faute de vivres et de munitions, il lui est impossible de maintenir ses [)ositlons à T.ang- Son. De suite, il abandonne Ky-Lua et la rive droite, ainsi (jue toutes les ])ièce8 ])rises antérieurement aux Chinois, l'.t dèsque la brigade est grouj)ée, il la réunit à la porte sud de la citadelle, donne l'ordre de jeter immédiatement à l'eau une batterie d'artillerie de marine, dont les difficultés temporaires de la route avaient retardé la marche en avant, y fait jeter également le trésor, et prescrit de détruire tous les approvisionnements. Puis, vers onze heures, il fait relever, avec ordre de repasser immédiatement sur la rive gauche, deux compagnies du 111% auxquelles il avait, quelques instants auparavant, prescrit d'occuper et de défendre jusqu'à la mort deux fortins inoccupés de la rive droite. Et, malgré la nuit, malgré les supplications du colonel Servières, qui lui demande de demeurer seul à Lang-Son avec un bataillon de la légion, il donne l'ordre de l'immédiate retraite.

Dans ce mouvement, la brigade forme deux colonnes. La première, sous ses ordres directs, constituée par le régiment de France, un bataillon de la légion et l'artillerie de mariné, prend la route mandarine par Cut et Than-Moï; la seconde, avec le commandant Schœffer, la légion, la batterie de Saxe et les Tonkinois, la route de Pho-Vi, Dong-Song, plus directement menacée, lui paraît-il.

29 mars. — Malgré la nuit, cette retraite s'effectue régulièrement, sans incidents. Et sans autre répit qu'inie courte halte, vers six heures du matin, les deux colonnes, à cinq heures du soir, cantonnent, la première à Than-Moï, la seconde à Dong-Song, dès lors seulement séparées par le col de Déo- Quao, qu'une route récemment établie parcourt sur une longueur de 5 à 6 kilomètres.

;ii) t)iars. — l'iles paraissaient devoir s'v reposer en toute sécurité, et pouvoir s'v reformer en vue de nouvelles éventualités de lutte, lorsque, vers trois heures de raprcs-midi, apparut au loin, vers l'est, un faible détachement chinois. D'où venait-il? Assurément pas de Lang-Son, puisqu'on même temps qu'il a])paraissait, revenaient également de Lang-Son, sans être aucunement inquiétés, plusieurs légionnaires, parmi lesquels quelques-uns, assoiffés de tafia, étaient demeurés aux environs des magasins d'approvisionnement abandonnés, pendant que d autres stationnaient, épuisés de fatigue par la double étape qu ils avaient dû faire au pas de course, au titre de renforts, dans la soirée du 28. Et tous assuraient que, lors de leur départ, dans la matinée, les Chinois n'avaient pas encore paru.

Mais on avait vaguement aperçu 1 ennemi vers l'est. Il n'en fallut pas davantage pour précipiter à nouveau la retraite.

Le colonel prescrit d'évacuer immédiatement, sur Chu, par le col de Déo-Quan, tous les blessés et malades. Et quand le médecin-major Folenfant se présente à lui, sollicitant des ordres pour la confection immédiate de nouveaux indisjiensables brancards, il lui répond éperdu : « Il est difficile de songer à cela ; la situation est tellement grave que personne n en sortira, blesses ou autres! "

1" avril. — Cependant, le convoi des blessés, sans autre protection que quelques infirmiers valides, se met aussitôt en route. Et le colonel, sans s'occuper des bagages et approvisionnemenls arrivés à Ïhan-Moï. sans songer même à faire détruire les munitions darlillerie et d'infanterie, donne l'ordre de briser immédiatement les appareils de télégraphie optique, de brûler les archives du trésor et de l'intendance, et de hâter le départ pour Chu, à la seule exception du 2:3" et du commandant délat-major Fortoul, qui doivent se rendre directement à Kep.

H Bien évidemment, il se croit très gravement menacé; il estime qu'une retraite rapide peut seule atténuer le danger. Et

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le voici, passant devant les rangs, hors de lui, dénioralisanl sa troupe dans un langage d'impuissance désespérée, et dans un état d'indescriptible surexcitation. »

«Chacun ici pour sa peau, dit-il au 111% pas un coup de fusil qui serait inutile, seulement de la baïonnette; que chacun garde une cartouche pour se faire sauter le caisson avant d'être pris. »

IN 'est-ce point là le langage d'un insensé? « Faut-il donc qu'un inconscient respect de la discipline, qu'une étrange conception de la rcsponsal)ilité imposent l'obéissance passive à ce chef d'un jour, dont tous les ordres, soit qu'ils disent la résistance jusqu'à la mort, soit qu'ils prescrivent la retraite sans une minute de retard, portent l'empreinte du plus complet affolement, dont aucune apparence réfléchie ne justifie l'épouvante, qui, pour s'en garer, court évidemment audevant d'un désastre, et dont plusieurs officiers de son entourage disent ouvertement qu'il est fou ! u

Ignorait-il, cet étrange halluciné, que grâce aux renforts qu'elle venait de recevoir, la brigade, malgré ses pertes, pouvait encore grouper plus de 3,000 combattants ; que de nouveaux renforts étaient en route, que les vivres et munitions étaient suffisants, au moins pour quelques jours enfin, et surtout, que l'évidente hésitation de l'ennemi lui laissait tout le temps nécessaire, sinon pour attaquer, du moins pour résister sur place ?

Quoi qu'il en soit, la retraite, malgré sa précipitation, s'effectue sans à-coups. Et quand, dans la journée du l'"" avril, la colonne arrive à Chu, elle y retrouve les malades et blessés qui ont pu, sous la conduite du médecin principal Zuber, s'y al)rlter temporairement, en attendant l'évacuation préparée sur Dap-Cau et Haï-Phong, à bord du Ruri-Maru.

Faut-il, maintenant, revenir sur l'appréciation des faits, telle que l'a présentée, dans son rapport, le colonel Borgnis- Desbordcs?

" Sans doute, et de l'avis de plusieurs officiers, il eût été possible, après la prise de Lang-Son et l'occupation de Dong- Dang, de s'en tenir là. Alors, en effet, les Chinois paraissaient

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peu disposés à l'offensive; tout au plus, essavaient-ils quelques escarmouches ou démonstrations sans conséquence. Cependant l'attaque nocturne de Donj^-Dang, le 21 mars, parut émouvoir outre mesure le colonel Herbinger. Et ses rapports eurent, sur l'esprit du général de Négrier, une telle influence qu'il se crut, il l'a dit lui-même, dans la nécessité de se donner de Fair. Il fallait être tranquille à Lang-Son, pendant que les troupes en étaient éloignées, occupées à la réfection des routes nécessaires à la facilité des ravitaillements.

Ainsi fut décidée l'attaque de Bang-Bo. Très certainement, elle eût été couronnée de succès, si les ordres du général eussent été exécutés. Non seulement, ils ne le furent pas; mais, bien plus malheureusement encore, le général n'en fut pas avisé. Et l'assaut qui devait être un triomphe devint un désastre. Sans aucun doute, du reste, cet échec de Bang-Bo fut pleinement réparé dans la journée du :28. Les Chinois, mis en déroute, se replièrent en désordre, à 15 kilomètres de la frontière. Et la situation était, sinon parfaite, du moins très suffisante, lorsque le général fut, si malheureusement, gravement blessé.

Alors, presque certainement depuis plusieurs jours déjà, sans doute en raison des premières difficultés qu'il avait ren contrées dans l'application de ses théories stratégiques, le lieutenant- colonel Herbinger avait prévu la nécessité d'une retraite. Après la blessure du général, malgré la ligne de conduite si pratique qu il lui avait tracée, malgré l'avis des officiers sous ses ordres, elle s'imposa dans son esprit, non plus à létat de préoccupation justifiable, mais bien dans une idée fixe, dont l'e.xécution lui parut immédiatement indispen" sable.

De l'avis de presque tous les officiers, le lieutenant-colonel Herbinger fut un fou temporaire. Seul son état mental doit être rendu responsable du désastre de Lang-Son. Ses fantastiques télégrammes justifient l'inquiétude du général en chef, qui avait, en effet, lui aussi, la conviction de la haute valeur, de 1 indiscutable compétence d'un officier supérieur, sorti le premier de Saint-Cyr, ayant fait déjà ses preuves, tant au

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Mexique qu'en France, et dont un ministre, réputé pour un des plus hal)iles tacticiens de rarincc, avait fait un professeur de tactique à l'école supérieure de la guerre.

Le sévère rapport du colonel fîorgnis-Desbordes est tristement justifié. Et ce n'est pas sans raison qu'un officier général a pu dire de ce malheureux halluciné que fut le lieutenantcolonel Herbinger :

Il Savant en théorie, il n'était qu'un lièvre dans la pratique ; un lièvre apercevant l'ombre de ses oreilles! "

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