CHAPITRE TROISIÈME
loires actions. Le vœu est l'expression ardente de la foi* C'est le dangereux sophisme de la perfection morale. Sans doute, en effet, la vie terrestre peut être tenue pour un temps d'épreuve et d'expiation. Mais l'épreuve, l'expiation, ne sauraient être méritoires qu'à la condition d'être physiquement et moralement utiles.
Être soi-même, obéir à sa conscience, vivre de la vie pratique, éviter la contagion du mauvais exemple... n'est-ce donc point, en vérité, être plus pratiquement utile, et mériter aussi de voir dans l'au-delà?
9 juin. — Le peloton de chasseurs à cheval qui, sous la conduite du capitaine Laperrine d'Hautpoul, doit éclairer la colonne destinée, conformément au traité de Tien-Tsin, à occuper Lang-Son, That-Qué et Gao-Bang, sur la frontière du Quang-Si, s'est mise en route. Elle précède, à courte distance, le lieutenant-colonel Dugenne, qui doit partir demain, emmenant avec lui un bataillon d'infanterie de marine (commandant Beygasse), un détachement de tirailleurs tonkinois, une batterie de 4 de la marine, un détachement du bataillon d'Afrique, avec le capitaine Maillard; une section d'ambulance (médecin-major Gentil, aides-majors Âchard et Claude); un poste de télégraphie optique (lieutenant Bailly), quelques gendarmes, et un immense convoi de vivres avec deux cents mulets, mille coolies et cent trente conducteurs.
10 juin. — La colonne doit se concentrer à Phu-Lang- Tuong. Le lieutenant-colonel Dugenne, assisté du commandant Crétin et du capitaine Lecomle, ses officiers d'étatmajor; du capitaine Clemenceau, chargé du service topographique, doit s'embarquer aujourd'hui à bord du Ruri-Marou. Bientôt donc nous occuperons toute la région des mines ; et le commerce, notamment à Cao-Bang sur un cours d'eau navigable, le Li-Kiang, y paraît fort actif.
Plusieurs, cependant, estiment que le moment est mal choisi, que la colonne aura beaucoup à souffrir, que presque certainement elle n'entrera pas dans Lang-Son sans combat;
* 2 AU TONRIN
que par conséquent les effectifs, sept cents combattants au plus, sont absolument insuffisants, et surtout le convoi beaucoup trop considérable.
Le traité de paix est, du reste, lui-même vivement critiqué. Les clauses, dit-on, en sont moins favorables que celles des conventions antérieures, les garanties très aléatoires, et très insuffisants les effectifs qui les doivent faire respecter.
On prête d'ailleurs au général Millot une dépêche demandant au gouvernement de le rappeler immédiatement en France. « Sa mission, aurait-il dit, serait terminée, puisque, sans même le consulter, et malgré la difficulté des marches à cette époque de Tannée, le gouvernement a cru devoir lui imposer l'occupation immédiate de Lang-Son. »
Aussi, chacun escompte d'autant plus volontiers un rapatriement prochain que l'état sanitaire laisse beaucoup à désirer, et qu'en dehors des dons accidentels, très inégalement répartis, du reste, des sociétés de secours aux blessés militaires, nos soldats malades, en traitement dans les infirmeries régimentaires, sont parfois privés même du nécessaire.
Heureusement le conseil de santé de la marine, dans les hôpitaux, se montre large dans la concession des congés de rapatriement qui sont, véritablement, la seule chance de salut pour un grand nombre.
Il juin. — La maman Debeire, une bonne vieille Lorraine chez qui la vivacité du regard dénote encore, malgré les cheveux blancs et la tête branlante, l'énergie du caractère, veut bien nous patronner, les capitaines de Saxe, Odent, mon collègue Baudot et moi, dans la visite que nous sollicitons de la pagode dite des Dames ou de l'Esprit du roi. La maman Debeire, ex-cantinière de l'armée d'Afrique, a été la compagne dévouée de Dupuis et de l'enseigne de vaisseau Hautefeuille lors des premières expéditions. Elle n'a pas cessé d'habiter Hanoï, et c'est chez elle que se donnent encore rendez-vous, au moment de l'apéritif du soir, la plupart des officiers de la garnison.
« Les hommes, nous dit-elle, ne sont pas admis à visiter la