‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 123 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

aborde la concession, à hauteur de l'hôpital d'Haï-Phong, où j'ai véritablement grand besoin de me reposer et d'attendre, deux ou trois jours probablement, une occasion pour Quang- Yem.

30 juillet. — Le trésorier payeur et Mme de Custine, qui sont, à Haï-Phong, la providence des officiers malades, viennent m'enlever à l'hôpital, et me conduire chez eux, où, disentils, et j'en suis certain, je pourrai plus facilement me reposer. J'y rencontre le général Brière de l'Isle. La conversation, très vive entre quelques officiers et lui, roule sur les événements du jour, et tout parliculièreuient sur le chef d'étatmajor, dont la manière d'être est décidément très sévèrement appréciée.

« Il a, dit textuellement le général Brière,. sciemment trompé le général en chef, il a dédaigné tous les avertissements, et sûrement il est seul responsable du malaise entretenu, semblet-il, à dessein, entre les divers services de la marine et de la guerre. Il faut qu'on sache enfin à qui incombe la responsabilité des difficultés de chaque jour, et des fautes commises. »

Est-ce bien exact? C'est possible, car ce que dit si sévèrement le général Brière de l'Isle, chacun, ici, le répète ouvertement. On reproche au chef d'état-major d'avoir systématiquement écarté les renseignements, d'avoir dédaigné les avertissements des résidents et des missionnaires, qui, paraîtil, avaient nettement annoncé la présence certaine d'une armée chinoise concentrée en avant de Lang-Kep. On lui reproche surtout l'état de malaise, presque de jalouse méfiance, qui rend parfois très pénibles les rapports quotidiens entre les divers services.

Et même les plus indulgents : Soit; il est responsable du désastre de Bac-Lé. Il eût dû le prévoir et eût pu l'éviter. Mais il y a là peut-être une idée politique qui nous échappe. N'a-t-il pas voulu montrer la Chine astucieuse, méconnaissante de ses plus solennels engagements, afin de pouvoir lui imposer l'indemnité qui paiera les frais de la guerre? N'est-ce pas là, peut-être, ce que voulait le gouver-

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nement, et ce qu'a réalisé le colonel sur les indications du général Millot. Hommes politiques l'un et l'autre, beaucoup plus que véritables soldats ?

De fait, on assure que l'amiral Courbet a reçu Tordre d'exiger une indemnité de deux cent cinquante millions. Les Chinois, dit-on, promettront peut-être, mais ils ne tiendront pas. Ils cherchent à gagner du temps, afin de nous épuiser et de nous décourager. C'est toute leur tactique. Et cette tactique n'échappe à notre clairvoyance que parce que, peut-être, certains individus ont besoin de pécher en eau trouble. Patience, on verra bien !

'SI juillet. — Nombreuses promotions dans la Légion d'honneur, parmi lesquelles, au grade d'officier, l'héroïque lieutenant de vaisseau Hautefeuille, le commandant de Douvres de l'artillerie, le médecin-major Gentit, et le commissaire ordonnateur Frogier; au grade de chevalier les capitaines Klippfet, Tasson, de Saxe, Ghens, Venturini, Bochet, Bressole, le médecin-major Baudot, le pharmacien-major Worms, dont les analyses d'eau ont assurément évité bien des dangers, les agents payeurs Massé et Felloneau. Ce sont, d'un commun accord, récompenses bien méritées.

31 juillet. — Une violente tempête, véritable trombe, signalée, paraît-il, par les observations baroméliques, s'est abattue hier sur leTonkin; sa direction sud-est la portait tout particulièrement vers Nam-Dinh, où elle a causé de terribles ravages. A Quang-Yem, des arbres séculaires ont été déracinés. A Haïphong, quelques rafales de vent et des pluies torrentielles en ont été les seuls effets.

Les typhons et cyclones, si terribles au Tonkin, sont parfois subits, souvent aussi annoncés par des perturbations atmosphériques dont les indigènes paraissent parfaitement se rendre compte. Généralement alors, le ciel, toujours couvert, prend une teinte laiteuse, puis la nuit se fait, et la tempête éclate. Celle de 1882, pendant laquelle les eaux du fleuve Rouge, repoussées par une énorme marée, se sont répandues

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