‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 126 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

suivant les ondulationsde la vallée bordéede hautes montagnes qui limitent la province de Quang-Yem. On peut remonter cette rivière jusqu'à trois journées de marche de Lang-Son.

Il y a également, à partir de Pa-Koï, non loin de Mon-Caï, un chemin qui, suivant le littoral, aboutit à Tien-An, et de là se dirige sur Lang-Son. 11 est le chemin le plus direct et le plus fréquenté pour aller à Lang-Son.

Si, au lieu de prendre la route dite mandarine, de Bac- Ninh-Phu-Lang, les Français avaient pris le chemin de Tien- An, ils eussent assurément rencontré beaucoup moins de difficultés. Chacun savait, en effet, que les Chinois, dont le quartier général était alors et est encore à Lang-Son, avaient accumulé jusqu'à Phu-Lang les retranchements et les forts. En les tournant par Tien-An, on n'aurait probablement rencontré d'autres difficultés qu'un sentier parfois difficile, mais à travers un pays qui, n'étant pas encore terrorisé par les mandarins, eût pu fournir autant de coolies que de besoin. Le chemin, est, du reste, très praticable avant la saison des grandes pluies, mais devient parfois un torrent dans la mauvaise saison.

Dans tous les cas, en occupant Mon-Caï, Tien- An, Bac- Ninh et Phu-Lang, on tient les principales voies d'accès des Chinois de Quang-Si.

Entre Lang-Son et Cao-Bang, qui est, à dix jours de marche environ, le seul centre important de la région, la route devient très difficile, coupée de hautes montagnes et d'étroites vallées; il y a des rivières profondes, des torrents à traverser.

Cao-Bang n'est, de fait, qu'une bourgade fortifiée, entre la frontière du Yunam et celle du Quang-Si. La citadelle, à deux kilomètres environ de la ville, est petite, mais bien construite, sur un mamelon qui domine le pays. Et la garnison peut, en cas d'attaque, s'y abriter dans de vastes casemates.

Il y a, du reste, entre Lang-Son et Cao-Bang, comme entre Phu-Lang et Lang-Son, de nombreux postes fortifiés, sept ou huit au moins, tous fortement occupés par des garnisons chinoises.

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Les habitants, autour de Cao-Bang, sont presque tous agriculteurs, d'apparence très soumis aux Chinois, mais les craignant beaucoup plus qu'ils ne les aiment. Presque certainement ils préféreront les Français.

Ils cultivent le maïs et surtout la badiane, dont le fruit, dit anis étoile de Chine, est pour eux d'un très lucratif revenu. Le bois de l'arbre est également employé par eux, en raison de son odeur fortement anisée, pour la confection de certains meubles de luxe. Dans la plaine, les arbres fruitiers, pommiers et pruniers, sont très nombreux.

On peut aller de Cao-Bang à Tuyen-Quan en sept ou huit jours. Mais les chemins, peu fréquentés, sont généralement en fort mauvais état.

Tels sont les renseignements que donne le vicaire actuel de Quang-Yem. C'est un fervent qui nous est absolument dévoué. De fait, il paraît très touché de notre accueil, partage volontiers nos repas, et en profite souvent pour nous édifier sur les agissements des divers fonctionnaires indigènes que l'autorité française entretient dans le pays, parfois à son détriment.

12 août. — Quinze jours de repos à Quang-Yem. Cela doit suffire. Et j'ai besoin de réintégrer Hanoï, où, paraît-il, se prépare activement une nouvelle expédition.

Non pas, cependant, sans m'arrêter, au moins un jour, à Haï-Phong où j'ai l'honneur d'être invité à dîner par le général Brière de l'Isle.

15 août. — a Ah, me dit-il, dès ma visite, je veux vous raconter mon entretien avec le chef d'état-major. Il se rendait à Hué, accompagné du bataillon du 111* et d'une batterie pour représenter la France au couronnement du nouveau roi, appelé à remplacer son frère Kien-Phuoc, que les mandarins, à l'instigation du régent Thuong, paraissent avoir assassiné ou empoisonné. Au mépris des droits que nous donne le protectorat reconnu de la France, les mandarins se sont abstenus d'aviser notre résident général, M. Rheinart, et

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