‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 127 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

ont appelé à la succession du trône non pas l'héritier légitime, mais bien son frère cadet Ham-Nghi, à peine âgé de treize ans. C'est un enfant qu'ils comptent bien pouvoir tenir en tutelle. Notre résident s'en est ému; il a protesté et a demandé au général en chef un envoi immédiat de troupes, bien plus pour affirmer le droit de la France que sous prétexte de rehausser, par leur présence, l'éclat de la cérémonie du couronnement. Le chef d'état-major a reçu mission d'accompagner la troupe, en qualité d'ambassadeur.

a Ce fut, au passage à Haï-Phong, l'occasion de lui dire ce que je pense.

« — Vous avez trompé le général, lui ai-je dit; vous avez poussé l'inconscience de votre devoir jusqu'à vous vanter de ne laisser passer sous ses yeux que les seuls rapports qu'il vous convient de lui présenter.

« — Celui qui a dit cela, a-t-il répondu, en a misérablement menti.

« — C'est un honnête homme incapable de mensonge ; et vous, vous avez semé la méfiance et la désunion, vous êtes détesté de tous.

« — Je sais, dit-il, que je n'ai pas la sympathie générale. Je comptais du moins sur la vôtre, car je vous ai toujours soutenu, ce que je n'ai pu faire pour tous.

« — Soit; n'en ayant pas besoin, je ne vous en ai pas chargé; et je vous répète ce que chacun dit ouvertement de vous : Vous avez voulu l'autorité pour vous seul, vous êtes seul responsable. »

Et d'ajouter : a le bouillon que je lui ai servi a dû lui paraître de difficile digestion. Il n'en a pas moins subi, et fait subir à nos soldats, à Hué, encore une humiliation. »

On prétend, en effet, que dans toutes ses relations officielles avec la cour, il se serait considéré non pas comme un représentant obligatoire de la France, mais seulement comme un modeste invité, soumis à toutes les exigences de l'étiquette orientale.

Il aurait, cependant, lui-même procédé au couronnement du jeune roi, et prononcé un discours au nom de la France.

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Pendant la cérémonie, les mandarins, prosternés dans l'affectation d'un profond respect, se tenaient à plat ventre devant le trône. Tous étaient revêtus de leurs riches costumes de cérémonie, aux ailes éployées, fixées dans le dos. Mais, pour pénétrer dans la salle du trône, malgré les protestations de notre ministre plénipotentiaire, il aurait consenti à passer par une porte latérale, celle du milieu demeurant rigoureusement fermée, pour marquer, devant le peuple, le peu d'importance de notre présence dans la cérémonie. Bien plus, il aurait accepté que les sous-officiers et soldats introduits avec lui fussent au préalable désarmés. Et la distribution d'une médaille commémorative, sapèque d'or et d'argent, demeure impuissante à compenser l'humiliation subie. A vrai dire, cependant, le chef d'état-major a obtenu du roi l'engagement formel de loger, dorénavant, une garnison française dans la citadelle. Mais cette concession demeurerait elle-même illusoire; le bataillon d'occupation étant relégué loin du palais, étroitement logé dans la partie la plus délaissée, en dehors de l'enceinte de la citadelle, et sous ses canons.

Les Orientaux, et tout particulièrement les Annamites, sont vaniteux autant que formalistes. Sans aucun doute, il importait de ménager leurs susceptibilités. Mais, dans l'état actuel, il fallait affirmer l'autorité. Et tous estiment qu'il est indigne, pour un représentant officiel de la France, de se révéler inquiet, hésitant et petit, là où il devait parler en maître.

16 août. — C'est à Haï-Phong, où les de Custine m'ont à nouveau donné l'hospitalité, et où je dois attendre une occasion pour Hanoï, que j'apprends d'un riche armateur, M. Roque, l'inaction forcée à laquelle est encore condamné l'amiral Courbet. « Et cependant, dit-il, il perd ainsi son temps dans la vaine attente d'une action diplomatique qui, si avantageuse qu'elle puisse être, sera sûrement une duperie nouvelle. «

Dès le l -r juillet, après une démonstration vers Pei-Ho et Tien-Sin, l'amiral, hardiment engagé dans la rivière Minh, aurait passé sans encombre devant les forts, et se serait

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