CHAPITRE TROISIÈME
installé, avec le Bayard et une partie de l'escadre, devant Fou-Tchéou, tenant ainsi sous ses canons non seulement l'arsenal, mais encore la ville elle-même, située dans un coude de la rivière, à quatre ou cinq kilomètres des grands bassins de la rade.
« Il s'est fourré dans une souricière dont il ne sortira pas» , jubilent nos bons amis les Anglais.
Mais lui, tranquille et fort, sans souci des torpilles semées sur son chemin, non plus que des barrages, a, paraît-il, fièrement adressé son ultimatum au Tsong-Li-Yamen. Il comptait sans doute sans l'intervention de Paris, qui veut encore ignorer la puissance d'inertie et la duplicité du Céleste- Empire, et qui recule, bien maladroitement, dit-on, devant l'indispensable argument du canon.
L'indemnité fixée d'abord à 250 millions, puis réduite à 50, n'est plus aujourd'hui considérée comme obligatoire. Et la France déclarerait se contenter de la promesse de l'évacuation immédiate du Tonkin.
a Est-ce donc, disent M. Roque et les anciens, par de telles condescendances, voulues sans doute dans le but d'éviter les complications, mais généralement considérées comme un aveu d'impuissance, qu'on réussira à abaisser la Chine, hypocritement soutenue par nos amis d'Europe? Assurément non. Les missionnaires, comme tous les hommes qui saventd'expérience la fourberie chinoise, n'hésitent pas à l'affirmer hautement. « Ils promettront, disent-ils, mais ils vous épuiseront par leur astucieuse inertie, puis, vous constatant toujours hésitants, ils vous croiront faibles et se décideront bientôt à vous attaquer. Avec les Chinois, il faut agir,imposer des garanties absolues, et ne pas compter sur des promesses. »
L'amiral le sait bien. Et si les garanties qu'il demande ne sont pas encore données, ce n'est assurément point sa faute. Seul le gouvernement hésite et se laisse accuser de pusillanime impuissance.
20 août. — Saint Bernard, la fête qui chaque année nous amenait en famille saluer notre père et lui dire notre pro-
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fonde affection. La mort a passé là, seul demeure le souvenir! Et me voici de retour à Hanoï, en possession du mirador de la porte ouest de la citadelle. La belle vue dont on y jouit sur la campagne et, malgré le voisinage des marais, le bon air qu'on y respire, contribueront, j'y compte bien, à mon complet rétablissement. Mais je suis encore, temporairement
j'espère, sous les ordres du lieulenant-colonel D Et ma
visite obligatoire de rentrée ne manque pas de douce gaieté. Je le rencontrai sous sa véranda, en bras de chemise, sans gilet, le pantalon de soie largement ouvert sur le ventre, plongé dans la béatitude du farniente.
— Mon colonel, dis-jc, j'arrive de Quang-Yem, et viens vous présenter mes devoirs.
— Ah! répondit-il, j'ignorais votre séjour à Quang-Yem, l'hôpital ne m'a pas avisé, je vous croyais en route pour la France. Et M. Raynaud (le médecin-major du 111 e ) m'ayant avisé qu'une seringue a disparu de la cantine médicale dont vous aviez la garde, je viens d'écrire à l'état-major de vous la réclamer.
— Non, dis-je, pas une seringue, mais peut-être une canule. Je la ferai remplacer, et j'ai l'honneur de vous saluer.
Et nous nous séparâmes, le colonel reprenant sa sieste momentanément interrompue, et moi riant de l'histoire de la canule.
22 août. — Le 111% retour de Hué, est attendu aujourd'hui, fort humilié, disent les premiers arrivés, du triste rôle qui lui a été imposé.
Mais mon colonel, estimant sans doute que j'aurais quelque plaisir à me retrouver avec les camarades, trouve un moyen facile de m'en priver. Un billet doux m'informe qu'il m'inflige quinze jours d'arrêts « pour avoir, le 25 juin dernier (il y a de cela deux mois), sans passer par la voie hiérarchique, adressé au général de Négrier des certificats d'origine de blessures concernant des militaires du bataillon du 143" soignés par moi à l'ambulance, après les affaires de Bac-Ninh, Lang-Kep et Hong-Hoa. »