‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 131 sur 216 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

lance de la seconde brigade le 5 mars 1884, et les brancards, bâches, boîtes de chirurgie fournis à la colonne de Lang-Son le 25 juin dernier, conformément aux ordres, régulièrement enregistrés, du général en chef.

Mais satisfaction complète n'est pas donnée à mon camarade Raynaud, puisqu'il ignore, ainsi que j'ignorais moimême, du reste, le matériel spécial du 143 e , qui toujours a formé une section séparée, actuellement encore éloignée du centre, et cantonnée à Bac-Ninh. Pourra-t-il, dans ces conditions, satisfaire lui-même aux seules préoccupations du lieutenant-colonel, la conservation du matériel. Il est au moins permis d'en douter.

1 er septembre. — Le général Millot a communiqué hier, par la voie de Tordre, la proclamation qu'il adresse, au nom de la France, au peuple annamite à l'occasion de l'avènement du nouveau roi. C'est, paraît-il, le dernier acte de son commandement. On assure en effet qu'une dépêche du gouvernement le relève de ses fonctions et le rappelle immédiatement en France. Insouciant autant que crédule, dit-on, il subit les conséquences des fautes commises par son chef d'état-major.

2 septembre. — Le fait est exact. Le général Millot est rappelé en France. Le général Brière de l'Isle, commandant la première brigade, le remplace dans son commandement. L'ordre du jour qu'il adresse aux troupes, avant son départ, en est la présomptueuse et larmoyante confirmation.

a Officiers, sous-officiers, soldats et marins : Autorisé par le gouvernement à rentrer en France, je vous remercie du concours que vous m'avez prêté, de l'énergie et de l'entrain que vous avez mis à me seconder dans l'accomplissement de ma mission. Je me plais à reconnaître que vous avez été aussi braves devant l'ennemi que disciplinés dans vos cantonnements, et que l'établissement du protectorat de la France sur le territoire du Tonkin est la consécration de votre attitude virile pendant toute la campagne. Après vous avoir

commandés dans trois affaires capitales qui ont décidé la conquête du Tonkin, après vous avoir dirigés dans quarantesept combats plus ou moins importants, je vous quitte, malade de chagrin, et d'autant plus désolé que nous sommes restés, les uns en face des autres, sans peur et sans reproche, bien qu'on ait eu le triste courage de dénaturer l'affaire de Lang-Son, où vous avez cependant fait preuve d'une ténacité si remarquable, que vous avez rassuré ceux qui aiment Tannée et leur pays. Je n'ai plus qu'un conseil à vous donner. Soyez pour mon successeur, le général Brière de l'Islé, ce que vous avez été pour moi. N'oubliez pas, surtout, que votre présence dans le pays sera d'autant plus facilement acceptée que vous perdrez moins de vue les tendances et les aspirations françaises des laborieuses populations qui l'habitent. — Signé : Général Millot, et pourampliation colonel Guerrier. On sourit, très généralement, à la lecture de ce document. Trois affaires capitales : Bac-Ninh, Hong-Hoa et sans doute Tuyen-Quan! Passe encore, mais quarante-sept combats! On se demande, stupéfait, comment le général en chef a pu les compter. On raconte que cet ordre est la réponse aux attaques des journaux, de toute nuance du reste, qui auraient obligé, paraît-il, le général en chef à de nombreuses protestations, auxquelles le gouvernement aurait répondu par une lettre de rappel. Mais surtout on est d'accord que le chef d'état-major est le véritable coupable, que son maintien sous les ordres du général Brière de l'Isle est impossible, et que, sans doute, il accompagnera le général Millot dans sa retraite. Espérons aussi qu'il sera suivi des quelques fumistes qui formaient sa cour!

A septembre. — Les Tonkinois célèbrent aujourd'hui une de leurs fêtes annuelles. Et bien qu'ayant assisté déjà à plusieurs manifestations analogues, cette dernière me frappe d'autant plus que, pour la première fois, j'y constate la présence des bonzes pratiquant le culte. Quel culte en vérité!

A Tentrée de la pagode, assis sur un large fauteuil élevé sur une estrade, un bonze, les joues creuses et pâles, les yeux

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