CHAPITRE TROISIÈME
deux cérémonies prémonitoires, le nam cât (consultation des devins) et le nap thé ou contrat. Le mariage étant dès lors arrêté, le fiancé est tenu, en outre de cadeaux variables suivant sa fortune, de remettre à sa fiancée les pièces de soie qui serviront à la confection des robes et des pantalons, puis un plateau de feuilles de bétel, un flacon de vin de riz, un régime frais de noix d'arec et un cochon dans sa cage que se partagent les parents, en signe de réjouissance et en témoignage de consentement. Très généralement alors, l'argent qu'a dû, dès les fiançailles, remettre le fiancé pour garantir la vertu de sa promise lui est intégralement restitué. Le mariage se conclut soit en présence des seuls parents et amis, soit devant les autorités, alors que les fiancés n'habitent pas la même commune. Dans ce dernier cas, le fiancé est tenu de payer un léger impôt, une ligature en moyenne, comme gage de bonne souche. Le mariage est consacré par la cérémonie Hiep can (retourner sens dessus dessous). L'épouse, parée de tous ses bijoux, est conduite chez l'époux, se prosterne devant lui, se confie à sa merci et reçoit à son tour le salut. Ceci fait, elle verse du vin de riz dans deux petites tasses, en offre une à l'époux et boit l'autre sans en rien laisser. Puis les tasses vides sont accolées par leurs bords libres. C'est le simulacre de l'union. Le mariage est ainsi consacré. Les unions sont généralement fécondes, mais les enfants sont enlevés en très grand nombre par la petite vérole, de telle sorte qu'il reste seulement trois ou quatre enfants dans une famille qui en a compté huit ou dix.
Je n'ai pas eu l'occasion d'assister aucune parturiente. J'ai pu savoir, cependant, que la délivrance s'eflectue habituellement dans la position accroupie, penchée en avant, les mains appuyées à quelque meuble. L'assistante se tient elle-même accroupie derrière la parturiente, ayant à côté d'elle une tasse d'huile chaude dont elle frictionne le ventre pour faciliter l'expulsion, tout en appuyant fortement sur le périnée.
La section du cordon s'effectue seulement après l'issue de l'arrière-faix, et généralement avec les dents, à quelques centimètres de l'ombilic. 11 n'y a pas de ligature.
Si bazarre qu'elle apparaisse, cette attitude accroupie chez les parturientes se retrouve chez plusieurs peuples de races cependant très différentes. Elle est du reste fort ancienne, et était habituelle, paraît-il, chez les Égyptiens.
Il arrive parfois que des Européens contractent mariage avec déjeunes Tonkinoises. Je dis mariage, et non pas union libre. C'est cependant, alors, un véritable marché, mais très suffisant aux yeux des parents pour légitimer l'union. Le prix de la fille demandée est débattu en sa présence, après examen. 11 varie entre 10 et 150 piastres, et se paye séance tenante. Du consentement de ses parenls, la jeune fille virtuellement fiancée ne cherche aucun autre engagement et demeure généralement fidèle. La loi, du reste, est de la dernière sévérité pour quiconque, homme ou femme, est convaincu d'adultère. Tout examen est permis avant le marché. Et si le marché n'est point conclu, la fille, sur un mot de sa mère, se retire, sans même une manifestation d'étonnement, toute disposée à se prêter, avec la même indifférence, à l'examen d'un autre prétendant, mais bien décidée aussi à ne lui appartenir qu'après le consentement des parents. La naissance d'un enfant, fille ou garçon, est toujours accueillie avec grande joie. Il y a fête pour toute la famille, un mois environ après la délivrance de la mère.
La polygamie n'est pas légalement interdite ; cependant elle est rare et ne se rencontre guère que chez les mandarins ou dans le cas de stérilité. La première femme jouit, du reste, toujours d'une déférence relative, et même d'une certaine autorité.
Les mœurs sont pures : une fille mère est un déshonneur pour toute la famille ; elle est signalée, dans son village, au son du tambour et du gong. Les infanticides sont inconnus. L'adultère est puni de mort infamante. La femme est décapitée; l'homme, dit la loi, livré à l'éléphant bourreau, qui lui écrase la tête !