CHAPITRE IV
Départ du général Millot. — Le général Brière de l'Isle lui succède. — Une fabrique de papiers à Ké-Buoï et les industries au Tonkin. — La piraterie.
— Paludisme et choléra. — Lettres chinoises de Lang-Son. — Les Pavillons noirs t\ Lao-Kaï. — Le Père Grandpierre et la chrétienté. — Dupuis, Garnier et le fleuve Rouge. — Colonne d'octobre. — Accidents et difficultés. — Le général de Négrier. — Combat de Bao-Loc. — Assaut de Lang-Kep. — L'ambulance. — Évacuation sur Phu-Lang. — Pyramide de têtes. — Combat de Chu. — Un marché a Phu-Lang-Tuong. — Repos forcé. — Combat de Ha-Ho. — Noël à Hanoï. — Combat de Nuï-Bopp.
— Rapatriement obligatoire. — L'insurrection au Cambodge. — L'hôpital de Saigon, les casernes, la ville. — L'évêque d'Adran et l'occupation française. — Dupuis, Garnier et le commandant Philastre. — Le commandant Rivière, aperçu rétrospectif. — Le général Bouët, le docteur Harmand et l'amiral Courbet. — Sontay et l'astucieuse inertie de la cour de Hué. — L'administration en Cochin chine. — A Singapore. — Dans le détroit de Malacca. — La sonde Thomson. — La messe à bord. — Le détroit de Bab-el-Mandeb ; l'île de Périm etûbock. — La mer Rouge. — Le golfe de Suez et le canal. — Victimes de la Méditerranée. — La Corse. — Vive la France !
6 septembre. — Le général et Mme Millot, le colonel Guerrier, le médecin-major Gentil et les officiers d'ordonnance Maugin, Camps et Gentz se sont embarqués ce matin à bord de Y Éclair, afin de rejoindre, dans la baie d'Along, le bateau qui doit les conduire à Saigon, où les attendra le paquebotposte de France.
Leur départ passe inaperçu. De fait, le général Millot, toujours bienveillant quand il a été possible d'arriver jusqu'à lui, n'a pas paru réunir les qualités d'énergie, d'endurance, d'entraînement et de coup d'œil qui font les véritables chefs militaires. Il est ardent républicain, dit-on; cela ne suffit pas au Tonkin. Et son chef d'état-major a abusé de son indolence.
Sous prétexte de respect obligatoire d'un règlement dont il s'était constitué le seul interprète autorisé, il a sûrement
entretenu les jalouses méfiances, détruit ou condamné l'esprit d'initiative, et jeté le malaise entre tous les services, notamment de la marine et de la guerre. C'est à lui surtout qu'incombe la responsabilité. 11 a cependant, paraît-il, demandé son maintien au Tonkin. Mais le général Brière de l'Isle lui aurait nettement répondu par un refus.
u Je ne veux, a-t-il dit, pas d'autre collaborateur que le commandant Crétin, sous-chef actuel de l'état-major. »
On s'accorde à dire que nous ne perdrons pas au change.
Les camarades eussent désiré, avant son départ, pouvoir dire à leur collègue Gentil leurs compliments de sa belle conduite à Bac-Lé et leurs souhaits de prompt rétablissement. Il s'y est refusé, dit-on. Et sa manière d'être vis-à-vis d'eux, son isolement systématique, son refus de leur assistance dans les soins que nécessite sa blessure lui ont aliéné de vives sympathies.
8 septembre. — Le général Brière de l'Isle a pris, dès hier, possession de son nouveau commandement et reçoit, ce matin, la visite officielle de tous les officiers de la garnison.
Son bienveillant accueil, la droiture de son regard, dont l'éclair parait pénétrer jusqu'au fond des cœurs, sont de bon augure. « Il sait d'avance pouvoir, dit-il, absolument compter sur l'énergique bon vouloir de tous, et désire ardemment que tous soient convaincus que des relations cordiales entre tous les services sont l'indispensable garantie du succès. L'assistance mutuelle, sans hésitation, sans arrière-pensée, est non pas seulement un devoir, mais bien également une impérieuse nécessité. »
Et chacun, il faut bien en convenir, éprouve comme un véritable soulagement.
a Depuis le retour d'Hong-Hoa, nous dit-il aussi, le corps expéditionnaire est demeuré au Tonkin dans l'inaction forcée des villes de garnison en France. L'état de la température nous en a fait une obligation temporaire. Mais de nouvelles luttes paraissent nécessaires encore pour affirmer enfin le définitif succès. Il faut, dès maintenant, s'y préparer active-