‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 135 sur 216 · CHAPITRE QUATRIEME 25T · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME 25T

ment. Et cette inaction qui nous pèse, à vous comme à moi, ne sera plus de longue durée. Des renforts sont attendus d'un moment à l'autre, la saison propice est proche, et bientôt nous aurons ensemble à reprendre la lutte. Elle sera laborieuse, car les Chinois concentrent des forces considérables; je demeure certain que très prochainement nous pourrons hardiment aller à leur rencontre, et les chasser vigoureusement du Tonkin. »

12 septembre. — De fait, il y a beaucoup à faire encore pour être prêt. La plupartdes hommes sont sans chaussures. Sous prétexte de prochain rapatriement, les approvisionnements n'ont pas été renouvelés; les mieux partagés n'ont guère à leur disposition que de mauvais souliers annamites qui sont usés en quelques jours et ne sont [pas une suffisante protection. Et de même les vêtements sont généralement hors de service. C'est aussi, peut-être, parce que les hommes de la classe, qui devraient être renvoyés depuis longtemps déjà, sont maintenus, au moins jusqu'à l'arrivée des renforts,, et qu'on estime dès lors inutile le renouvellement des effets.

Il faut bien se tenir en garde. Chaque jour de nouvelles bandes de pirates qui, sans doute, précèdent les Chinois, viennent attaquer, jusque sous nos canons, quelques villages tonkinois, qui sont incendiés, pillés, et dont les femmes sont enlevées, sans qu'il nous soit possible d'intervenir utilement. Tout le pays, un moment apaisé, est ainsi infesté à nouveau par des bandes qui, presque certainement, sont clandestinement protégées par les mandarins.

Des dispositions doivent être prises même en vue d'une attaque possible d'Hanoï, les commandants ont reçu des ordres précis en vue d'une reconnaissance exacte du terrain et des emplacements que doit occuper chaque détachement en cas d'alerte. Le blockhaus de la rive gauche, qui commande la route de Bac-Ninh et les bâtiments de la douane, est tout particulièrement occupé.

Dès aujourd'hui même, une petite colonne, formée de deux compagnies du III e et du 23 a , de deux compagnies d'infan-

tcrie de marine et d'une section d'artillerie, sous les ordres du lieutenant-colonel de Maussion, reçoit Tordre d'occuper My-Luong, où des pirates en grand nombre sont, paraît-il, fortement retranchés.

Le général Brière de Tlsle, en donnant Tordre de marche, rappelle et prescrit les précautions à prendre pour éviter les maladies, <* Les marches, dit-il, doivent être commencées des quatre heures du matin et, sauf événement, suspendues au plus tard à neuf heures. Des précautions sévèrement maintenues seront prises pour éviter les coups de chaleur et les diarrhées, etc., etc. » Le médecin-major Raynaud accompagne la colonne.

On devine, dans cet ordre, la sollicitude du chef quia combattu sous toutes les latitudes, et qui sait d'expérience que les maladies sont, pour la troupe, plus désastreuses que le feu, même le plus meurtrier.

15 septembre. — Le général de Négrier, rentré à Hanoï depuis le départ du général Millot, et frappé des nombreuses causes d'insalubrité de la citadelle, me charge de lui donner des indications générales suffisantes pour le diriger dans l'exécution des travaux d'assainissement qu'il veut entreprendre. L'accueil qu'il me fait dès notre première rencontre est une large compensation des misères de l'ancien régime. Et de même le général Brière de Tlsle, dont la manière d'être vis-à-vis de tous est un contraste complet de celle de son prédécesseur. Autant, en effet, le général Millot se tenait à l'écart, à peu près invisible, autant le général Brière de Tlsle désire pouvoir s'entretenir directement avec tous ses officiers. 11 les invite à le venir voir souvent, les reçoit tour à tour à dîner, et s'entretient familièrement de tous les besoins du service. C'est ainsi que, ce soir même, j'ai de nouveau l'honneur de dîner avec lui, accompagné de plusieurs camarades, parmi lesquels, notamment, le lieutenant-colonel Ghapuisdu 111% les commandants Ghapotin et Nortier de l'artillerie, et Dupommier, du génie. Chacun dit ses besoins et reçoit aussi complète satisfaction qu'il est possible. Puis, la conversation

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