CHAPITRE QUATRIÈME
autre arbrisseau, le gonier, dont les fruits et racines jouissent aussi, paraît-il, de propriétés antifiévreuses très appréciées. Puis elle est recueillie par d'habiles ouvrières, sur des claies de bambou, où elle forme la feuille qu'il suffit d'égoutter sous la presse et d'assécher sur des briques maintenues à une température élevée, pour obtenir le papier ordinaire ou parcheminé, toujours très résistant, dont chacun de nous a fait sa petite provision, convenablement rétribuée.
Le retour se fait plus longuement, par la rive nord du grand lac, laquelle, à cause sans doute de la chaleur, devenue accablante, nous paraît beaucoup moins abritée et plus difficile. Ce qui, du reste, ne saurait diminuer le plaisir que nous avons à nous rencontrer, entre camarades, pour les quotidiennes promenades de chaque matin. C'est ainsi seulement qu'il nous est permis d'avoir au moins une idée des autres industries du Tonkin, toutes aussi primitives, nous parait-il, que celle du papier.
Les Tonkinois, cependant, travaillent bien le cuivre, le bronze, l'or et l'argent; ils ont, de même, acquis une réelle habileté dans les incrustations de nacre, dans les broderies de soie, et dans la fabrication des poteries. Mais, très généralement, ils manquent d'initiative personnelle et ne sont que de patients copistes. Les modèles se répètent à peu près identiques, perdant ainsi toute valeur artistique. C'est ainsi qu'ils reproduisent toujours les mêmes sujets dans les tracés, au burin, du bois de trac, sur lequel ils appliquent ensuite, très finement découpées, les lamelles de nacre aux reflets si variés qui font la véritable beauté de leur travail. Ce travail, du reste, paraît-il, récemment introduit chez eux, nécessite une patience à toute épreuve. Aussi les récentes exécutions, en raison des nombreux achats, sont beaucoup trop rapides, et n'ont plus du tout la beauté artistique des anciennes.
De même, la bijouterie, très primitive, ne produit guère que quelques colliers ou bracelets massifs, des boucles d'oreilles ou des boîtes à bétel sans valeur. Le procédé est, du reste, très sommaire : un réchaud à charbon de bois, un creuset de pierre, un soufflet formé d'un ou deux cylindres
de bambou dans lesquels se meut un piston manœuvré par un boy, une lime et un marteau; c'est tout ce qu'il faut.
Quelques potiers fabriquent, en terre argileuse insuffisamment cuite, des statuettes et même des statues qui ne manquent pas d'originalité. On trouve parfois aussi, en outre des divers ustensiles de ménage, quelques faïences vernissées, dont j'ai pu, sous forme de tasses à café moulées en ma présence, me procurer un bel échantillon.
Il y a dans Hanoï toute une rue, dite du reste des Brodeurs, qui est à peu près exclusivement occupée par des ateliers de broderies de soie, en relief ou en simple application sur drap, qui garnissent les vêtements de cérémonie des femmes, des bonzes et mandarins. Généralement les magnaneries sont isolées des centres habités ; les vers à soie sont élevés et très soigneusement nourris dans des paniers de bambous disposés par étages, dans de vastes pièces fermées, autant que possible à l'abri de la lumière, de l'humidité, des insectes et du bruit. La filature des cocons est confiée à des jeunes filles qui les ouvrent dans l'eau chaude, et qui remettent l'extrémité du fil à de jeunes boys chargés de l'enroulement sur les dévidoirs. La soie ainsi obtenue est de couleur jaune, d'assez bonne qualité, paraît-il.
Enfin, et parmi les autres industries qui fixent notre hâtive attention, nous ne trouvons guère à remarquer que les fabricants d'éventails en plumes de paon montées sur tiges de bambous, les fabricants de nattes, parfois d'une remarquable finesse, et les dessinateurs ou peintres, dont les productions, à la colle ou à l'aquarelle, ne sont que fort médiocres copies, sans perspective et sans valeur d'exécution, mais parfois très originales.
Évidemment, il n'y a là que des éléments d'industrie, mais assurément susceptibles d'un grand développement par le perfectionnement des méthodes. Les Tonkinois sont patients, et sous leur chétive apparence ils ne manquent ni d'intelligence ni d'ardeur au travail. Sans doute ils ne sont capables ni de notre énergie ni de la vigueur des Chinois. Mais, quel que soit le temps, ils ignorent le