CHAPITRE QUATRIÈME
11 importe en effet, paraît-il, d'envoyer des renforts au colonel Donnier, aux prises, vers le Loc-Nam, avec des forces chinoises très supérieures. La situation préoccupe visiblement le général. Cependant, dit la rumeur, la colonne de Mibielle, avec un bataillon de tirailleurs algériens, deux sections d'artillerie de montagne et un peloton de chasseurs d'Afrique, a pu rejoindre le colonel Donnier, qui vient de débarquer à Lam. La bataille est engagée devant Chu, où les Chinois, très nombreux, sont formidablement retranchés. Attendons et espérons !
A la pagode Thoman, après un repos qui leur a permis un solide repas, nos porteuses, déjà faites au métier, reprennent doucement leurs précieux fardeaux. Et, vers quatre heures, le convoi, entre deux compagnies du 11 1% se remet régulièrement en route. Mais voici que, vers cinq heures, éclate un formidable orage. Et de suite les chemins sont défoncés, en véritables torrents. Nos porteuses, étroitement surveillées, soutenues dans les passages difficiles, avancent avec grandes précautions, mais bien lentement, bien péniblement. Et malgré les parasols, nos blessés ne sont plus abrités. L'un d'eux, le pauvre Montagnié, du 111*, qui était encore atteint de dysenterie alors que j'ai dû, hier, l'amputer de la cuisse, succombe après plusieurs syncopes.
J'avais, peu de jours avant, reçu et je portais sur moi une lettre de ma fille contenant quelques violettes : « Prenez, lui dis-je, mon ami; c'est un souvenir de France. Cela remonte. Bon courage! » Et lui, dans un suprême effort, comme réveillé par le souvenir, me prenant vivement la main : a Merci, dit-il. C'est pour la France! Adieu! » Puis il s'éteignit doucement, quelques minutes après. Pauvre enfant! Et surtout pauvres parents dont il était le si digne fils, peut-être la seule légitime espérance. Et combien attendent là-bas, qui sont dans le même cas!
Enfin vers neuf heures, nous arrivons à Phu-Lang-Thuong, mouillés jusqu'aux os, grelottant de froid. De suite, nos blessés sont enveloppés de nouvelles couvertures, réconfortés et doucement déposés sur les claies de bambou, garnies de
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matelas, qui seront leurs lits jusqu'à l'évacuation sur un hôpital. Mais, à mon tour, je suis pris d'un terrible frisson, et ne réussis à me réchauffer qu'au coin d'un grand feu, après une longue heure de souffrance. J'ai pu cependant changer d'effets, et surtout avaler une bonne dose de quinine.
La rumeur annonce que le colonel Dônnier, appuyé par une division du commandant de Mibielle, a vivement attaqué les Chinois massés en avant de Chu, et qu'il les a chassés de toutes leurs positions. 11 a fallu, cependant, plusieurs charges à la baïonnette, l'ennemi ayant tenté plusieurs retours offensifs. Nos troupes sont demeurées maîtresses du terrain ; mais, en raison de nos pertes et de l'insuffisance des effectifs, elles ont dû s'abstenir de poursuite. Nous avons eu vingt tués, parmi lesquels le capitaine Cuveiller du 143 e , et près de cent blessés. Le sacrifice est relativement plus grand qu'à Kep. Et les secours médicaux sont absolument insuffisants. Il faut d'autant plus se hâter d'y remédier que, sans douté, la bataille est seulement engagée.
De fait, et conformément aux ordres, je devais, dès mon arrivée à Phu-Lang, réapprovisionner immédiatement l'ambulance, complètement épuisée de ressources, réunir deux cents coolies et, dès l'aube, être prêt à repartir. Mais voici, vers dix heures, qu'arrivent le général Brière de l'Isle et mon chef immédiat M. Driout.
« Je vais moi-même à Chu, me dit-il. Vous demeurerez ici, votre présence y est, du reste, indispensable; vous y recevrez sans doute de nombreux malades ou blessés. Je vous prends cependant votre aide-major M. Hocquart, et le sergent Morvillers. Votre ambulance sera bien réduite, faites pour le mieux, et soyez toujours prêt pour la marche en avant, auquel cas M. Lasserre, actuellement ici, y demeurerait seul. »
11 octobre. — De suite, en effet, une nouvelle colonne, formée des mêmes éléments qui viennent de vaincre à Kep, se tient prête à repartir. Elle s'est embarquée cette nuit même>