‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 161 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

Taï-Lam, et remonter la rive gauche de la rivière jusqu'au gué, préalablement reconnu, de Dong-Cong. Pendant cette marche, deux compagnies de la légion furent chargées de détourner l'attention des Chinois, en se portant directement vers Nui-Bopp, à l'entrée du col de Déo-Quan. Et le général put ainsi, sans être signalé, remonter la rivière jusqu'au gué de Dao-Bé, au sud et en face des positions chinoises. De suite, pendant que le 111* occupe les hauteurs de Phon-Cot, que le capitaine Verdier repousse les premiers assauts de l'ennemi et assure le service d'avant-garde, la colonne franchit la rivière, pour prendre position sur la rive droite.

a La nuit venue, le combat cesse; et le général en profite pour disposer son artillerie. Il donne au colonel Herbinger l'ordre d'occuper, avec le III e et le 143% un plateau central qui, dans son projet, devra le lendemain lui servir de pivot pour l'attaque des positions de l'ennemi.

« Dès l'aube, en effet, la lutte recommence. Les Chinois sont les premiers à se porter en avant, et bientôt, en masses considérables, ils enveloppent notre avant-garde, qui lutte héroïquement, et doit son salut autant à l'énergie du capitaine Verdier qu'à l'intervention d'une compagnie d'infanterie de marine, hâtivement envoyée par le général à son secours.

a Le capitaine Verdier, ainsi dégagé, se précipite en avant, et s'empare d'un premier fort, pendant que l'artillerie des capitaines de Saxe, Jourdy et Palle réduit au silence l'artillerie chinoise. La lutte alors devient générale, et la brigade, précédée d'un bataillon de tirailleurs algériens, avec le 143 e et le III e , se précipite en avant pour tourner Ja gauche de l'ennemi. L'assaut donné, quatre forts sont en notre pouvoir. Le général alors porte tous ses efforts contre les formidables retranchements du camp, que les Chinois, parfaitement abrités, défendent énergiquement. L'artillerie fait rage, les clairons sonnent à la baïonnette. Alors les Chinois se précipitent en déroute vers le nord, longtemps poursuivis par nos obus, jonchant le sol de leurs blessés et de leurs morts, qu'ils abandonnent misérablement, et nous laissent maîtres du

camp retranché de Nui-Bopp avec dix canons Krupp, et tout un immense matériel. »

Dix mille Chinois au moins, parfaitement armés, solidement retranchés, à l'abri dans huit ou dix forts, sont mis en déroute par une brigade comprenant à peine deux mille combattants. Aussi, la victoire nous coûte cher : treize tués, soixante-sept blessés, parmi lesquels trois officiers gravement atteints. Mais c'est la victoire. Et chacun de dire : La gloire en est au général. Nos soldats ont été superbes de courage et d'entrain. Les capitaines Verdier, Sazonoff et Mailhat, le lieutenant Simoni, l'adjudant Farguesr, les soldats Âraud et Meffret, presque tous du III e , sont tout particulièrement à signaler. Quant au lieutenant-colonel Herbinger, on se rit, très généralement, de ses manies théoriques. Son outrecuidante prétention, dit-on, est aussi désagréable à tous qu'elle est peu pratique, sinon même dangereuse.

Et, devisant ainsi, chacun veut m'accompagner au bateau, le Sontay, de la compagnie Roques, qui doit m'emmener jusqu'à Haï-Phong, puis à la baie d'Âlong, où, paraît-il, attend le Winh-Long.

Adieu, mes chers et bons camarades! Que Dieu vous garde des dangers qui vous menacent encore. Personnellement, je suis à bout de forces, ayant à peine accompli la moitié de ma tâche, et dans l'impossibilité de faire plus. La joie du retour est ainsi bien amoindrie.

Et c'est fini. Déjà j'ai perdu de vue la citadelle, ce mirador de la porte ouest où tant de misères, tant de tristes pensées mêlées de courtes joies sont venues m'assaillir.

8 janvier. — A bord du Sontay, un mauvais remorqueur, où je n'ai d'autre installation que ma chaise de campagne, et dont tous les coins sont occupés par de pauvres malades, plus épuisés encore que moi-même, et qui, bien certainement, n'arriveront pas tous en France. Un jour et deux nuits ainsi. C'est bien long. Et j'ai véritablement grand besoin, dès mon arrivée à Haï-Phong, de la cordiale hospitalité que m'offrent les de Custine.

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