CHAPITRE QUATRIÈME
emmenant avec lui toute la force armée dont il a pu disposer. Est-ce le commencement d'une grave insurrection? On peut le craindre. De fait, notre poste de l'infanterie de marine sur le Mékong, à Sambor, a été surpris par une bande commandée par Si- Vota, que notre gouvernement a, paraît-il, sacrifié pour faire régner son frère cadet, plus disposé à accepter notre auto* rite. Le capitaine Bellanger, qui commandait le poste, a été tué, et son second, un jeune enseigne de vaisseau, a dû s'abriter en toute hâte dans un réduit, où il ne paraît pas très en sûreté. Et Si- Vota qui compte, dit-on, de nombreux partisans, profite, pour fomenter la révolte, de l'éloignement de nos régiments d'infanterie de marine, actuellement en grande partie au Tonkin. Sans doute, on saura quand même le rappeler à ses obligations, mais non sans difficultés. »
Mes camarades de la marine me conduisent à l'hôpital, où, disent-ils, je serai plus tranquille, et j'en ai grand besoin, pendant les trois ou quatre jours que je devrai passer à Saigon. Et véritablement, je ne sais rien qui soit mieux compris, mieux aménagé contre le pénible climat de la Cochinchine, que ce superbe hôpital de la marine à Saigon. Composé de plusieurs pavillons, isolés les uns des autres par des jardins, il occupe, au sommet de la ville, un véritable parc luxuriant de végétation. Les bâtiments, élevés sur voûtes largement ouvertes et isolées du sol pour une facile circulation de l'air, comprennent seulement un étage, entouré de belles galeries couvertes. Les chambres vastes, très élevées de plafond, coupées de distance en distance par des cloisons à hauteur d'homme, sont éclairées par de nombreuses portes-fenétres, disposées sur les deux faces. Dans ce pays d'énervante chaleur, il fallait, avant tout, réaliser une facile circulation de l'air; c'est ce qu'on a fait. Plusieurs escaliers couverts et de pente très douce desservent chaque pavillon Aux deux extrémités de chaque galerie, et tout à fait indépendants des chambres de malades, se trouvent les cabinets, avec sièges faïences d'une rigoureuse propreté, et toujours abondamment lavés. Pas de fosses ; rien que des tinettes disposées dans le sous-sol. A proximité : de
nombreux lavabos individuels, avec des robinets d'eau courante.
Une superbe galerie couverte met en communication les divers services avec le bâtiment des bains, qui est véritablement remarquable. Cabinets individuels, vastes piscines d'eau froide et d'eau chaude, belles salles de douches pourvues de tous les appareils usuels, le tout approvisionné par un château d'eau actionné par une puissante machine à vapeur, rien n'y manque; et peu d'établissements publics sont mieux outillés. La cuisine et la pharmacie occupent chacune un pavillon distinct. La cuisine, vaste, largement aérée, parfaitementéclairée, bien dallée, est pourvue d'un fourneau central avec appareils de cuisson par la vapeur et nombreuses cheminées pour les rôtis. En dehors, des cabinets sont spécialement aménagés pour la conservation des aliments, autant que possible soustraits à l'action atmosphérique ; des caves occupent les soussols, et de vastes lavoirs à eau courante, chaude ou froide, complètent l'aménagement.
La pharmacie et les nombreuses dépendances nécessaires à la conservation des médicaments ne laissent rien à désirer. La tisanerie, avec son générateur et ses appareils de circulation pour la décoction, sous l'action de la vapeur, des différentes plantes médicinales, est une fort remarquable innovation; chaque tisane a sa bassine distincte.
La buanderie occupe le rez-de chaussée d'un pavillon dont le premier étage, affecté à la lingerie, est surmonté lui-même des greniers-séchoirs, le tout desservi par des ascenseurs. Des étuves à vapeur sous pression et à air sec permettent la désinfection. Une vaste chapelle; des pavillons d'isolement, tant pour les officiers que pour les maladies contagieuses et les consignés, occupent tout un quartier. Le pavillon pour les maladies contagieuses est très excentrique, complètement isolé, à cabinets individuels, avec seulement quelques chambres pour deux ou quatre lits; c'est un petit hôpital distinct à côté du grand hôpital.
Les médecins réclament cependant encore, et depuis longtemps déjà, paraît-il, un amphithéâtre convenable. De fait, le