‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 164 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

local dont ils disposent actuellement pour les examens nécroscopiques est non seulement insuffisant, mais encore dangereux. Mes collègues de la marine sont, on le comprend, peu disposés à faire des autopsies dans un pareil local. Et bien certainement le climat du pays ne permet guère de passer outre aux commodités nécessaires à des travaux de ce genre.

Tel est ce superbe hôpital, dont les sœurs de Tordre de Saint-Paul de Chartres assurent les différents services avec un courage et une abnégation qui égalent, s'ils ne les dépassent, le dévouement et l'abnégation de nos admirables sœurs de Saint- Vincent, tant dans nos grands hôpitaux militaires que dans les hôpitaux civils.

Non loin de l'hôpital sont les casernes de l'infanterie de marine, construites en fer et en briques, avec vérandas circulaires, dans l'enceinte même de la citadelle. Elles réalisent tout ce qu'on peut raisonnablement désirer; les chambres sont vastes, largement aérées, chaque lit est abrité sous une moustiquaire ; il y a des salles de douches et de bains, des cuisines bien aménagées, des latrines à cuvettes très surveillées. Seule l'infirmerie est insuffisante, mais sa construction, dans un pavillon indépendant, est actuellement à l'étude.

A côté, se trouvent le château d'eau et quelques bassins d'approvisionnement. L'arsenal mérite également l'attention. Il est pourvu d'un immense matériel. Mais, pendant que je le parcours à la hâte, mon collègue me fait remarquer encore un exemple de la routinière incompétence de l'administration. Des ouvriers y sont occupés à construire des brancards pour le transport des malades et des blessés, et l'administration, sans daigner consulter le service compétent, reproduit scrupuleusement l'antique catafalque fermé dont on retrouve encore quelques rares exemples oubliés dans les greniers de nos infirmeries régimentaires. Il faut huit hommes pour transporter cet inénarrable appareil antédiluvien, et son prix de revient est quatre fois plus élevé que celui du brancard à équerre de notre service courant. « Chacun de ces brancards coûte au moins 150 francs, me dit mon col-

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