‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 165 sur 216 · U AU TONKIN · texte numérisé non relu

U AU TONKIN

lègue ; pour le même prix on pourrait avoir trois brancards du nouveau modèle ! »

Tout près de la citadelle, dans la belle avenue de Chasse» loup-Laubat, mon attention a été très frappée par un immense échafaudage en bambous, qui paraît former la cage d'une nouvelle construction. Tous ces bambous sont maintenus par de simples liens ou chevilles. Il n'y a pas un clou, pas une ferrure, pas une poutre, rien que des bambous. Cet échafaudage, de construction indigène, d'une solidité à toute épreuve, est véritablement remarquable de hardiesse et d'habileté.

De fait, avec de tels ouvriers, sous la direction de nos ingénieurs constructeurs, Saigon, qui n'était, avant la conquête, qu'une misérable bourgade, est devenue véritablement la ville des palais. Les Anglais, nos aimables voisins, peuvent être jaloux. Ils n'ont rien fait de mieux à Singapore, ni même à Ceylan. Les quais, les rues, les larges avenues ombragées de tamariniers ou autres arbres exotiques, les places et les marchés couverts; puis au centre d'un véritable parc, le palais du gouverneur, resplendissant dans sa ceinture de gracieuses colonnettes et de vérandas, avec dôme central agrémenté d'un escalier monumental à rampes de fer forgé d'un remarquable travail, puis encore le palais de justice, à peine achevé, la cathédrale aux tours massives de briques rouges, l'hôtel des postes, le trésor, le cercle des officiers, le vaste collège d'Adran et le séminaire de la mission catholique, le superbe pensionnat de la Sainte-Enfance, dont le clocher, ajouré en aiguille, domine tout le pays; plusieurs belles maisons particulières... ; tout ce riche ensemble démontre une colonie qui n'a pas craint les dépenses de luxe. Je n'ai que le temps d'un coup d'œil, ma misère physique ne ne me permet pas de longues visites. Ce que je vois, c'esl l'apparence d'une riche colonie. Et cependant c'est à peine si, parmi cette grouillante population de diverses races, surtout de Chinois et d'Annamites, on rencontre quelques Français à face terreuse, dont la vive allure contraste avec l'état manifeste de profonde débilitation.

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