‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 167 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

entre ses invités et moi, elle est le sujet de la conversation.

L'évéque avait été prié par le roi Gia-Long, de la dynastie encore régnante des Nguyen, alors à peu près dépouillée de ses pouvoirs par les Tonkinois désireux de rétablir l'ancienne famille des Lé, de solliciter l'alliance protectrice de la France. Dans une longue audience du 28 novembre 1787, le roi Louis XVI promit, sur ses instances, d'envoyer sur les côtes de Cochinchine quatre navires, avec une puissante artillerie et deux mille hommes de troupes de débarquement. En échange de cette protection, l'évéque avait obtenu de Gia- Long, en outre de la cession à la France de la baie de Tourane, des îles de Haï-Nam et de Poulo-Condore, la promesse d'une entière liberté commerciale. Il s'engageait en outre à respecter la libre pratique du culte catholique, et à défendre lui-même, contre toute attaque étrangère, le territoire qu'il nous concédait. Mais l'Angleterre veillait, elle favorisa clandestinement la Révolution; et Louis XVI fut ainsi mis dans l'impossibilité de tenir ses engagements.

L'évéque d'Adran ne se découragea pas cependant. Il fit appel aux officiers français et aux volontaires de notre colonie des Indes, à Pondichéry. 11 obtint ainsi le concours de plusieurs officiers, parmi lesquels le lieutenant de vaisseau Dayet, l'auteur des études hydrographiques de la région; les colonels Olivier et Lebrun qui devinrent les constructeurs de la plupart des forteresses et citadelles de l'Annam et du Tonkin; le médecin royal J.-M. Despiaux; les lieutenants Ghaigneau de Forsanz, Girard de Lisle, Laurent Barrizy, etc., de différentes armes.

Grâce à leur habile concours, Gia-Long put organiser une armée. Et, favorisé par les événements, il réussit à vaincre les Tonkinois, s'empara de leur flotte à Ki-Non, et bientôt put reprendre possession d'une partie du pays.

L'évéque résidait alors à Ki-Phu, non loin de Saigon. Gia- Long reconnaissant voulut à sa mort, survenue en 1799, lui faire rendre les honneurs royaux. Escorté de toute sa cour, suivi de ses éléphants de guerre, il accompagna lui-même, jusqu'à sa dernière demeure, l'évéque français qui avait été

son premier ministre, et le restaurateur de sa dynastie. Et, peu de temps après, sur remplacement même de la sépulture, il fit construire la riche pagode surmontée de la croix du christianisme qui abrite, en outre de la tombe de l'évêque, auquel il décerna le titre suprême d'Accompli, les dalles de granit des autres évéques et missionnaires morts en Cochinchine, victimes de leur dévouement.

La pagode dite de l'Évéque-d'.Adran est, depuis 1861, propriété nationale, entretenue aux frais de la colonie.

Après diverses péripéties, et grâce aux officiers recrutés par l'évêque d'Adran, Gia-Long fut bientôt le souverain incontesté de l'Annam et du Tonkin. En 1804, après avoir réprimé dans le sang diverses insurrections provoquées par les Lé, il obtint, avec le titre d'empereur, la consécration officielle de son suzerain l'empereur de Chine, et vint dorénavant résider à Hué, capitale du nouveau royaume.

C'est à Hué, après la Restauration, que le roi Louis XVIII essaya de renouer avec lui les relations commencées par Louis XVI, si malencontreusement interrompues, au profit des Anglais, par la Révolution et les guerres de l'Empire. Gia- Long reçut avec ostentation l'ambassadeur du roi, le comte de Kergariou, mais ne voulut plus entendre parler du traité de 1787, et consentit seulement à charger le commandant Cbaigneau de dire, au roi, ses respectueux autant que reconnaissants hommages. 11 mourut peu de temps après, en 1820. Et son successeur au trône, redoutant l'action des Européens, leur défendit, sous peine de mort, de résider dans son empire. En 1825, les derniers officiers français qui avaient assisté Gia-Long furent contraints de quitter le pays. En 1826, l'empereur poussa l'audace jusqu'à refuser audience au commandant de Bougainville, du vaisseau la Thetts, chargé par le roi d'une nouvelle mission, et recommença les persécutions contre les chrétiens. En 1836, il opposa le même refus à l'installation, comme consul à Hué, du commandant Chaigneau. En 1837, sous prétexte d'une nouvelle insurrection des partisans des Lé, il fit égorger nombre de catholiques, parmi lesquels plusieurs missionnaires français. Néanmoins,

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