‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 168 sur 216 · CHAPITRE QUATIUÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATIUÈME

peu de temps après, effrayé par de nouvelles révoltes entretenues par le Cambodge, il crut pouvoir encore faire appel à la France. Mais alors, le roi Louis-Philippe refusa de recevoir ses ambassadeurs. Et peu de temps après, de nouvelles persécutions contre les chrétiens (1841-1847) motivèrent une première intervention armée.

Sous les ordres des commandants Lapierre et Rigaud de Genouilly, la flotte annamite fut, le 15 avril 1847, complètement anéantie dans la baie de Tourane. La démonstration fut cependant insuffisante. Et les persécutions recommencèrent, malgré les promesses.

De 1847 à 1881, son successeur Tu-Duc put impunément continuer les mêmes errements. Une seconde intervention s'imposait. Elle fut, en 1856, confiée au commandant de M ontigny, à bord du Catinat. Il lui suffit d'une compagnie de débarquement pour s'emparer de Tourane, et enclouer plus de soixante canons. L'avertissement fut encore inutile, les persécutions sévirent plus atroces que jamais.

C'est alors que fut conclue l'alliance franco-espagnole, et que l'empereur Napoléon III confia, en 1858, à l'amiral Rigaud de Genouilly le soin d'y mettre fin. Mais l'amiral dut se contenter d'occuper Tourane et Saigon; le choléra et l'insuffisance des moyens d'action ne lui permirent pas d'aller plus loin. Alors, comme aujourd'hui, nos hésitations nous devinrent funestes. Bientôt même il fallut évacuer Tourane, et nous fûmes étroitement bloqués dans Saigon. Les Annamites, se moquant de notre indécision, comptaient sur l'insalubrité du climat pour nous décourager et nous chasser. La garnison franco-espagnole de Saigon, grâce à l'énergie du commandant Duriès, put cependant repousser plusieurs assauts. Mais elle était à bout de forces, alors que la fin de la guerre de Chine permit enfin de venir à son secours. Le 7 février 1861, l'amiral Charner, avec trois mille hommes revenant de Chine, se présenta devant Saigon. Malgré l'énergie de la défense, dirigée par le général annamite Nguyen-Tri-Phuong, il réussit à enlever, après deux jours de luttes, le redoutable camp retranché de Ki-Hoa, et à délivrer

la garnison. Puis, successivement, il s'empara de tout le pays environnant.

Les Annamites, alors, demandèrent la paix. Elle fut signée le 5 juin 1862, à Saïgon, entre l'amiral Bonnard et les ambassadeurs de Tu-Duc. Le traité nous cédait les provinces de Saïgon, de Bien-Hoa, de Mytho et les îles de Poulo-Condorc, consentait une indemnité de vingt millions à partager avec nos alliés les Espagnols, ouvrait le port de Tourane au commerce européen, réduisait l'armée annamite au contingent fixé par la France, et accordait toute liberté tant aux missionnaires qu'aux chrétiens indigènes en résidence dans l'empire.

Mais Tu-Duc ne tarda pas, malgré les énergiques représentations qui lui furent faites à Hué, à se déclarer impuissant à faire respecter le traité. Bientôt, sous l'impulsion des mandarins de la cour, des bandes de pirates infestèrent les provinces soumises à notre autorité, et la situation devint si difficile que l'amiral de la Grandière dut, en 1867, décider l'occupation de toute la Cochinchine. La cour de Hué y entretint alors une sourde hostilité, et l'abandon en eût été très probablement la conséquence, si la sage administration et l'énergie de l'amiral de la Grandière (1) n'eussent, véritablement, imposé le maintien de nos troupes.

Afin de détourner Tu-Duc de ses hypocrites agissements, l'amiral de la Grandière chercha à l'occuper au Tonkin, dans une nouvelle révolte des partisans des Lé pour obtenir la libération de leur pays. Dans le même temps, la mission Doudart de Lagrée, après avoir reconnu l'impossibilité de pénétrer dans le Yunnam par le Mékong, confiait à l'héroïsme du lieutenant Garnier l'exploration du fleuve Rouge. Les premiers résultats, confirmés par les renseignements du lieutenant Senez, par l'énergique initiative de Jean Dupuis, démontrèrent la possibilité de la pénétration du Yunnam par le fleuve Rouge. C'était l'Angleterre vaincue.

Dès 1872, Dupuis revint en France, fit part au gouverne-

(1) Grand-oncle de l'intendant actuel du corps expéditionnaire.

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