CHAPITRE QUATRIEME
ment, autant de ses observations que des dispositions du Tonkin, désireux de se soustraire à l'autorité de Tu-Duc et de l'Anna m, et sollicita son active intervention, qu'il s'efforçait de démontrer devoir être très fructueuse. Le gouvernement crut néanmoins devoir s'abstenir de toute intervention officielle, et consentit seulement un concours officieux.
C'est alors que, malgré les efforts occultes de la cour, Dupuis créa une véritable flottille; puis, accompagné d'une vingtaine d'Européens, se mit en route pour le Tonkin. Longtemps retenu à Haï-Phong, il put cependant remonter le fleuve jusqu'à Hanoï où il débarquait le 22 décembre 1872. Mais, il y fut arrêté et dut, pour vaincre l'hostilité des mandarins, se décider à transborder ses marchandises sur les simples sampans du pays, laissant toute sa flottille à Hanoï, sous la garde de son second, le lieutenant Millot.
On sait le reste : Dupuis vint débarquer à Lao-Kaï; il parcourut tout le Yunnam, où il fut accueilli en véritable triomphateur. Le vice-roi voulut le mettre à la tête de ses troupes, pour purger le pays des pirates qui l'infestaient. Il refusa et revint à Hanoï, le 30 avril 1873, avec un énorme chargement de produits chinois. Les mandarins annamites, gouverneurs du Tonkin, lui suscitèrent alors de nouvelles difficultés. Malgré la protection officieuse de la France, une partie de sa flottille fut incendiée, ses sampans furent canonnés et coulés. Et le général Nguyen-Tri-Phuong, que nous avions battu devant Saigon, vint lui-même lui opposer les troupes de Tu-Duc.
Dupuis n'en fut pas découragé. Se sentant en communion d'idées avec le peuple du Tonkin, il fit appel à l'amiral Dupré, alors gouverneur de la Cochinchine. Vainement l'amiral invita la cour de Hué à respecter les conventions. Elle ne voulut rien entendre ; et l'empereur poussa la hardiesse jusqu'à s'adresser directement au président de la République, pour obtenir l'expulsion de Dupuis.
Heureusement l'amiral Dupré veillait. A son tour, il avisa le gouvernement des agissements de la cour de Hué, lui montra la courageuse autant que fructueuse initiative de
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Dupuis, et les efforts tant des Anglais pour le supplanter, que des Chinois pour s'emparer, à leur seul profit, de la navigation du fleuve Rouge. Il obtint enfin qu'une enquête contradictoire serait confiée au lieutenant Francis Garnier, dans le but d'arrêter, de concert avec les autorités annamites, les obligations et les droits. Il donnait en même temps, au courageux explorateur, Tordre de s'abriter temporairement dans un port de son choix, à résidence autorisée, et d'y attendre de nouvelles instructions.
Le 25 octobre, Garnier, avec quatre-vingts soldats et quelques officiers, à bord du d'Estrées, se présentait devant Hanoï. Dupuis l'y attendait. Et pendant que sa flottille saluait de trente coups de canon le drapeau de la France, pendant que les soldats du Yunnam à son service rendaient les honneurs, tout le peuple tonkinois venait acclamer le libérateur; seuls, les mandarins s'étaient abstenus. Ils poussèrent l'audace jusqu'à assigner pour résidence, à la petite troupe de débarquement, la plus misérable des cagnas de la ville.
Garnier n'était pas homme à subir l'affront. De suite, accompagné de quinze soldats seulement, il se rendit à la citadelle, et somma le gouverneur de le loger convenablement, sa troupe et lui. Le gouverneur parut céder d'abord, mais ayant ensuite réuni les mandarins, il déclara que n'ayant reçu aucune instruction de son gouvernement, il se trouvait dans l'obligation non seulement d'exiger l'expulsion de Dupuis, mais encore de lui refuser toute indemnité pour les pertes qu'il avait subies, et d'interdire formellement la navigation du fleuve Rouge, à toute puissance étrangère. Puis, et pendant que le général Nguyen-Tri-Phuong préparait ses troupes à marcher contre les Français (auxquels, dit-il, il faut couper la tête), les mandarins firent empoisonner les puits et mirent le feu au camp préalablement concédé.
Garnier avait heureusement reçu quelques renforts, deux cents hommes avec douze pièces d'artillerie, amenés par deux canonnières, VEspingole et le Scorpion. Il n'hésita pas. Malgré son immense étendue, malgré ses redans et ses fossés.