CHAPITRE QUATRIÈME
Le commandant Rivière, bientôt convaincu de la duplicité orientale, acquit, en même temps, la certitude que la force seule pourrait imposer la satisfaction demandée. Digne de son héroïque prédécesseur, il n'hésita pas. Après de longs pourparlers, le 25 avril 1882, il adressait un ultimatum au gouverneur annamite de Hanoï, lui rappelait la patience de la France, et l'invitait à faire acte immédiat de soumission. Le gouverneur n'ayant rien répondu, dès le matin, à huit heures, il ouvrait le feu sur la citadelle. A midi il en était le maître, et ses défenseurs annamites l'avaient complètement évacuée.
De nouveau, les mandarins affectèrent la soumission, mais clandestinement, pour faire appel tantaux Pavillons noirs qu'à la Chine suzeraine. De fait, et pendant que les bandes de Lu- Vinh-Phuoc ne cessaient de nous harceler, la Chine intervenait, à son tour, officiellement, nous demandant l'explication de notre maintien au Tonkin.
Le commandant Rivière, de son côté, n'oubliait pas sa lourde mission. Il avait repris possession du delta, dont ses troupes tenaient les principales citadelles. Cependant, dans Hanoï même, il n'avait à sa disposition que le strict indispensable, 400 hommes à peine, sans cesse harcelés par les Pavillons noirs, qui déjà bloquaient la ville. Il fallait agir énergiquement. Dans ce but, et pour répondre à l'audacieux défi de Lu-Vinh-Phuoc, Rivière, à peine accompagné de 300 hommes, avec deux canons seulement, se mit en route dès l'aube du 14 mai 1883, se dirigeant vers Sontay. A peine était-il au pont de Papier, à trois kilomètres de la citadelle, là même où Garnier avait été tué, qu'il fut assailli, complètement enveloppé et mortellement atteint, comme l'étaient également quatre officiers, parmi lesquels le commandant de Villers et 75 de ses soldais, le cinquième de l'effectif engagé.
Fallait-il donc renoncer au Tonkin, et décidément l'abandonner? Cette fois, les Chambres françaises s'y refusèrent. Elles avaient l'obligation de venger les glorieux enfants de la patrie. Et le général d'infanterie de marine Bouët reçut l'ordre, avec quelques renforts, d'occuper immédiatement le