‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 175 sur 216 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

seule imposer une solution définitive. Il y a douze ans, depuis la mort du commandant Garnier, qu'il en devrait être convaincu. Ces douze années d'hésitation, de tergiversations Font amené d'abord à l'incroyable traité, aussitôt violé que signé, dont nous subissons les conséquences, ensuite à la très difficile situation du moment. Il est temps, en vérité, que cela finisse. Le docteur Harmand avait sûrement compris l'absolue nécessité d'une énergique action; il était animé des meilleures intentions. Le gouvernement Ta empêché d'agir ainsi qu'il le voulait et qu'il le fallait. Et de même encore aujourd'hui. On hésite, on palabre, alors qu'il faudrait aller de l'avant. Si le général de Négrier, au lendemain de Bac-Ninh, n'avait été empêché d'aller à Lang-Son, ainsi qu'il le voulait et qu'il le pouvait, très probablement la guerre serait actuellement terminée. 11 a dû s'abstenir. Le commandant Fournier, grâce à ses relations personnelles avec le vice-roi du Pé-Tchi-Li, a pu traiter avec le Tsong-li-Yamen. A la date du 9 mai, la paix était faite, la Chine s'engageait à retirer immédiatement ses troupes du Tonkin et renonçait à sa suzeraineté. Et le 23 juin, l'armée du Quang-Si nous barrait cyniquement la route de Lang-Son. Les concessions faites à l'Ànnam par M. Patenôtre, le 6 juin dernier, de même encore les condescendances du colonel Guerrier, lors du couronnement du jeune roi, sont tenues pour autant de marques de faiblesse. Pour qui sait le formalisme et la duplicité des races asiatiques, cela n'a rien de surprenant. Une concession de leur part n'est rien qu'une ruse de guerre, un moyen d'attendre. Ils la méconnaîtront dès qu'ils croiront pouvoir impunément le faire, et seul le canon peut alors en avoir raison.

« Le gouvernement ne s'en rend pas compte, il hésite, et la guerre recommence alors qu'il croyait la paix assurée. C'est ainsi que nous subissons l'insurrection du Cambodge, et que, demain peut-être, des bandes de pirates envahiront la Cochinchine. Non certes, et si lourde qu'elle soit déjà pour nous, la guerre n'est pas finie. Les mandarins, Nguyen- Thuong en tête, nous ménagent encore des surprises; ils ne

tarderont pas à nous faire regretter notre apparente faiblesse. »

Tel est, sinon le texte exact, du moins le sens de ma conversation avec le général Bouët. Et tous les anciens pensent de même. « On constate les fautes, disent-ils, on signale le remède, on dit les besoins, puis on piétine sur place, incapable, semble-t-il, d'imposer un plan, autant que d'obtenir une résolution. »

Et, par une étrange aberration, c'est alors que nous avons besoin de l'union de toutes nos forces, avec toutes nos influences, que nous entendons vouloir nous séparer de celles qui, jusqu'à ce jour, nous ont incontestablement été les plus utiles. Sous un fantaisiste besoin de laïcisation, dans ce pays où toute notre influence est d'origine catholique, où elle est l'œuvre de nos missionnaires, non seulement on les méconnaît, mais encore on entend les éloigner de toute action publique.

Il y avait à Saigon, et dans plusieurs centres, en Gochinchine, des écoles où les enfants indigènes étaient instruits par des Français, frères de la Doctrine chrétienne. Si manifestes qu'aient été les services rendus, ils ont été chassés. Us étaient catholiques. Ils parlaient de la France et la faisaient aimer. Qu'importe : périssent les colonies plutôt qu'un principe, a dit je ne sais quel fanatique de positivisme, et la laïcisation des écoles est un principe !

Ont-ils donc oublié, ces sectaires, que la France est encore, qu'elle sera toujours, la fille afnée de l'Église catholique, et que c'est là son titre premier d'attraction, de rayonnement universel? Gesta Dei per Francosî Ont- ils la prétention, ces impudents, de nous amener à refuser notre protection, sous prétexte qu'ils sont catholiques, à ceux-là mêmes qui nous font le chemin? Ce serait l'abdication du bon sens.

Parlementarisme, gouvernement de tous par tous, suffrage universel : quel Français de bon sens patriotique peut croire encore à l'excellence de telles utopies !

J'ai le temps encore, avant le départ, de parcourir hâtivement Çholon, qui est, à peine, à quelques kilomètres de Saï-

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