CHAPITRE CINQUIÈME
Elles y sont rejointes par une compagnie de la légion. Et le feu de Tennemi esl impuissant à les arrêter. Mais ils vont succomber sous le nombre, alors que la compagnie de Colomb, à l'abri d'une tranchée, peut à son tour escalader les rochers. Et les Chinois, en déroute, s'enfuient d'une part vers That-Qué, d'autre part directement vers la frontière par Gua-Aï.
« Et nos soldats n'ont plus qu'à se moquer, non pas des hésitations très justifiées de leur colonel, mais bien de la bizarrerie qui le porte à la tête d'une section, à laquelle il fait exécuter, contre un invisible ennemi, l'escrime à la baïonnette. Est-il donc sous le coup de quelque hallucination? Il n'y a pas, à son étrange allure, d'autre plausible explication. »
Cependant, la petite colonne, maîtresse du terrain, entend poursuivre l'ennemi. Et la voici bientôt au village de Gua- Caï, devant la porte de Chine. Le général donne au colonel l'ordre de le rejoindre immédiatement, et de prendre, à cet effet, la route mandarine qui traverse Dong-Dang.
Mais le colonel se trouve alors à un kilomètre en avant du village. Il lui paraît inutile de revenir sur ses pas. Et voici que, pour rejoindre, il s'engage, avec le 111% dans un étroit sentier dont il faut franchir les escarpements à la courte échelle. Pendant plus de deux heures il erre ainsi, pour venir enfin déboucher, en plein territoire chinois, devant une vallée traversée par une véritable route. Mais des groupes chinois apparaissent, occupant, de droite et de gauche, les crêtes qui dominent. Le bataillon compte à peine quatre cents hommes. Les Chinois sont assurément dix fois plus nombreux. Et cependant, ils paraissent hésitants, peu disposés à ouvrir le feu. Bien évidemment, ils supposent une ruse; ils n'osent pas s'engager. Vainement officiers et soldats font observer qu'on s'est évidemment trompé de route. Le colonel ne veut rien entendre. Vainement un officier lui propose une jumelle. « Ce sont des buffles, dit-il. En avant, et pas un mot de plus. »
« Heureusement arrive un adjudant, envoyé en toute hâte
par le général. Et le capitaine Sazonoff, malgré les plus grossières invectives, peut enfin montrer l'évidence de Terreur. Le bataillon se trouve alors à un kilomètre au plus d'un nouveau camp retranché, bien évidemment occupé par toute une armée. Il n'est que temps de décamper. Alors, et sans doute pour couvrir son équipée, le colonel, comme pour une halte horaire, fait mettre sac à terre, passe une rapide inspection, et se décide enfin à rétrograder. Les Chinois se contentent de quelques coups de fusil, heureusement sans autres conséquences qu'une balle dans le genou d'un malheureux coolie. Et bientôt, ayant retrouvé la route, le bataillon débouche à la porte de Chine, où l'attend anxieusement le général. »
24 février. — L'ennemi ne se montre plus, et la colonne peut, sans être aucunement inquiétée, passer toute la journée à Cua-Caï, devant la porte de Chine, occupée seulement à brûler ou détruire les munitions chinoises qui y sont accumulées.
Le général estime qu'il faut l'effrayer par une nouvelle démonstration de notre puissance. Il décide de faire sauter la porte de Chine. Les Chinois ont abandonné là de nombreux tonnelets de poudre et caisses de cartouches. Le tout, sous la surveillance du colonel de ^Douvres, est accumulé près de la porte, dans la voûte et dans les pagodes avoisinantes. Une simple traînée de poudre, puis à deux heures une formidable détonation, et la porte est en ruine.
Quelques pancartes en gros caractères chinois :
« Le respect des traités protège plus sûrement un pays que les portes aux frontières ! »
Et la colonne revient à Dong-Dang.
25 février. — Le général laisse à Dong-Dang, sous les ordres du commandant Diguet, seulement un bataillon de la légion étrangère, avec deux canons; puis, après une rapide reconnaissance vers That-Qué, il revient tranquillement à Lang-Son.