‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 191 sur 216 · CHAPITRE CINQUIÈME K · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME K

de toutes les hauteurs, jusqu'à la porte de Chine, sur un parcours de 3 kilomètres environ. Quelques-uns même passent la frontière. Et voici qu'un mandarin pousse l'audace jusqu'à s'avancer à 300 mètres à peine de notre grand'garde, contre laquelle, sans résultat du reste, il décharge tranquillement ses pistolets. La provocation est manifeste. Mais ordre formel a été donné de s'abstenir. Les Chinois peuvent impunément, à 1,200 mètres à peine, nous cribler d'obus à l'aide d'un obusier bizarre dont, heureusement pour nous, ils paraissent ignorer la pratique, et qui bientôt leur éclate dans les mains. Vainement le capitaine Verdicr signale au colonel Herbinger l'arrivée de nombreuses réserves qui débouchent difficilement d'un col, et demande de l'artillerie pour les déloger. Le colonel refuse formellement; il ne veut même pas se rendre compte, par lui-même, de la position. Il n'a pas d'ordre, dit-il, et se croit dans l'obligation d'attendre.

Et les Chinois, ayant ainsi réussi dans leur démonstration offensive, peuvent se retirer sans être aucunement inquiétés.

23 mars. — Mais le général n'entend pas ainsi se laisser moquer. Dès le soir même, il est à Dong-Dang. Et ce matin, il décide de se porter résolument en avant, et d'enlever les principales positions devant lui, laissant en arrière seulement deux compagnies de réserve. L'effectif dont il dispose est bien faible ; un millier d'hommes, avec la batterie de Saxe et deux pièces de marine. Mais il sait d'expérience la valeur de ses soldats.

Après deux heures d'attente à la porte de Chine, la petite colonne se décide à passer la frontière; elle occupe immédiatement les hauteurs. Mais le brouillard est impénétrable; et seulement vers dix heures, alors qu'il se lève, on peut constater, à 3 kilomètres à peine de la porte, que des forces considérables sont massées sur toutes les hauteurs dont nous sépare une étroite vallée, fermée, à son débouché, par de formidables retranchements.

Bataille de Bang-Bo. — «Faut-il néanmoins pousser de l'avant? Il y a là, devant nous, un espace découvert, sous le

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feu, ayant cT arriver au pied des forts et retranchements qui couronnent toutes les hauteurs, ferment toutes les issues. Longuement le général étudie la situation. Et sa détermination prise, il la fait clairement connaître à son entourage.

Goûte que coûte, dit-il, il faut s'emparer d'abord, vers l'est, des forts qui dominent la vallée, de manière à prendre à revers le retranchement qui en ferme l'issue. Et de suite il charge le colonel Herbinger, avec le 143% de se porter directement en avant, au pied du versant nord-est de la vallée, avec mission de s'emparer des deux forts qu'il a devant lui, et de s'y établir jusqu'à ce qu'il puisse, lui-même, les occuper avec son artillerie. Il donne ordre, d'autre part, au commandant Faure, avec le III e , de se porter directement vers Bang-Bo et de balayer le terrain devant lui.

Mais la difficulté est telle que, d'une part, le colonel Herbinger a besoin de l'assistance hâtive d'une compagnie de la légion pour réussir dans son entreprise; et que, d'autre part, le commandant Faure, avec le III e , obligé de repousser immédiatement les contingents chinois rencontrés dans son défilé, doit se contenter de faire occuper par une seule compagnie quelques rochers qui dominent, mais ne réussit pas à trouver vers l'ouest la position nécessaire à l'artillerie.

Et déjà le jour décline. Le III e revient sur ses pas, il gravit péniblement l'escarpement au sommet duquel se trouve le fort enlevé par le 143 e et la légion, et dont le général, avec l'artillerie, a, dorénavant, fait son centre d'action. Cependant, l'importance de la situation qu'il vient d'abandonner paraît telle, qu'il faut, de toute nécessité, la réoccuper. Rebrousser chemin : la fatigue est si grande que l'absolue nécessité peut seule y décider. Quelques mots suffisent; le moral déborde le physique. Et nos braves troupiers reviennent virilement occuper la position prévue, sur la route centrale, au débouché de la vallée, devant Bang-Bo.

Le général et l'artillerie, avec un bataillon de la légion, tiennent donc, dorénavant, deux forts. Et de son côté, le III e occupe une solide position au débouché de la vallée devant Bang-Bo. Mais des forces considérables sont signalées vers

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