‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 193 sur 216 · G2 AU TONKIN · texte numérisé non relu

G2 AU TONKIN

« 11 n'en est malheureusement rien. Et quand, sur un ordre impératif, le 111* se précipite à l'assaut, de suite il est entouré par des forces considérables qui, demeurées impassibles, jusqu'alors à l'abri, se précipitent dans un formidable mouvement d'enveloppement. Les compagnies, superbement enlevées, traversent au pas de charge, baïonnette au canon et sous une grêle de balles, les huit cents mètres qui les séparent du retranchement. Elles se brisent devant un mur infranchissable de plus de trois mètres d'élévation, et se trouvent entourées par un ennemi vingt fois plus nombreux. Alors commence l'effroyable carnage. Vainement on se reforme par petits échelons, à l'abri du moindre soulèvement de terre, vainement on se débarrasse des sacs. Seule la compagnie Verdier peut se faire jour vers la gauche, arriver ainsi jusqu'au pied même du retranchement, et occuper un monticule qui domine quelque peu. Les Chinois débordent de tous les côtés. En quelques minutes, le bataillon a perdu plus du quart de son effectif; et, sous les yeux mêmes de leurs camarades impuissants, tous les blessés, parmi lesquels l'héroïque médecin-major Raynaud, le capitaine Mailhat, les lieutenants Normand et Canin, le brave soldat Meffret, dont on venait encore d'admirer le superbe courage, sont horriblement décapités. Et les Chinois, ivres de sang et de poudre, s'arrachent, entre eux, les têtes convulsées de nos malheureux camarades. «

Trois cents soldats se sont élancés à l'assaut; quatre-vingtquatre hommes et quatre officiers sont tués, blessés ou décapités; le lieutenant de Colomb, blessé au pied, doit son salut à l'affectueux dévouement de ses hommes, qui se sacrifient pour lui, comme ils ont inutilement tenté de le faire pour tous, notamment pour le docteur Raynaud, dont la grave blessure ne paraissait cependant pas immédiatement mortelle. Seul le capitaine Verdier, qui a réussi à grouper ses hommes, peut échapper au carnage, et rejoindre son camarade Bœsch, jusqu'alors en réserve. Il faut se décider à battre en retraite; et l'artillerie demeure impuissante!

« Le colonel Herbinger, le 143 e et les Tonkinois, empé-

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