CHAPITRE CINQUIEME
Lua seulement une arrière-garde, d'occuper toutes les hauteurs de la rive gauche, et d'observer ce que fait l'ennemi.
Mais le colonel semble avoir, depuis longtemps déjà, pris une décision. A peine a-t-il quelques instants d'hésitation. Contrairement à l'évidence, et sans même vouloir entendre son entourage, il déclare que, faute de vivres et de munitions, il lui est impossible de maintenir ses positions à Lang- Son. De suite, il abandonne Ky-Lua et la rive droite, ainsi que toutes les pièces prises antérieurement aux Chinois. Et dès que la brigade est groupée, il la réunit à la porte sud de la citadelle, donne l'ordre de jeter immédiatement à l'eau une batterie d'artillerie de marine, dont les difficultés temporaires de la route avaient retardé la marche en avant, y fait jeter également le trésor, et prescrit de détruire tous les approvisionnements. Puis, vers onze heures, il fait relever, avec ordre de repasser immédiatement sur la rive gauche, deux compagnies du 111% auxquelles il avait, quelques instants auparavant, prescrit d'occuper et de défendre jusqu'à la mort deux fortins inoccupés de la rive droite. Et, malgré la nuit, malgré les supplications du colonel Servières, qui lui demande de demeurer seul à Lang-Son avec un bataillon de la légion, il donne l'ordre de l'immédiate retraite.
Dans ce mouvement, la brigade forme deux colonnes. La première, sous ses ordres directs, constituée par le régiment de France, un bataillon de la légion et l'artillerie de marine, prend la route mandarine par Gut et Than-Moï; la seconde, avec le commandant Schœffer, la légion, la batterie de Saxe et les Tonkinois, la route de Pho-Vi, Dong-Song, plus directement menacée, lui paraît-il.
29 mars. — Malgré la nuit, cette retraite s'effectue régulièrement, sans incidents. Et sans autre répit qu'une courte halte, vers six heures du matin, les deux colonnes, à cinq heures du soir, cantonnent, la première à Than-Moï, la seconde à Dong-Song, dès lors seulement séparées par le col de Déo- Quao, qu'une route récemment établie parcourt sur une longueur de 5 à 6 kilomètres.
30 mars. — Elles paraissaient devoir s'y reposer en toute sécurité, et pouvoir s'y reformer en vue de nouvelles éventualités de lutte, lorsque, vers trois heures de l'après-midi, apparut au loin, vers Test, un faible détachement chinois. D'où venait-il? Assurément pas de Lang-Son, puisqu'en même temps qu'il apparaissait, revenaient également de Lang-Son, sans être aucunement inquiétés, plusieurs légionnaires, parmi lesquels quelques-uns, assoiffés de tafia, étaient demeurés aux environs des magasins d'approvisionnement abandonnés, pendant que d'autres stationnaient, épuisés de fatigue par la double étape qu'ils avaient dû faire au pas de course, au titre de renforts, dans la soirée du 28. Et tous assuraient que, lors de leur départ, dans la matinée, les Chinois n'avaient pas encore paru.
Mais on avait vaguement aperçu l'ennemi vers l'est. Il n'en fallut pas davantage pour précipiter à nouveau la retraite.
Le colonel prescrit d'évacuer immédiatement, sur Chu, par le col de Déo-Quan, tous les blessés et malades. Et quand le médecin-major Folenfant se présente à lui, sollicitant des ordres pour la confection immédiate de nouveaux indispensables brancards, il lui répond éperdu : « Il est difficile de songer à cela ; la situation est tellement grave que personne n'en sortira, blessés ou autres! »
1 er avril. — Cependant, le convoi des blessés, sans autre protection que quelques infirmiers valides, se met aussitôt en route. Et le colonel, sans s'occuper des bagages et approvisionnement arrivés à Than-Moï, sans songer même à faire détruire les munitions d'artillerie et d'infanterie, donne l'ordre de briser immédiatement les appareils de télégraphie optique, de brûler les archives du trésor et de l'intendance, et de hâter le départ pour Chu, à la seule exception du 23 e et du commandant d'état-major Fortoul, qui doivent se rendre directement à Kep.
« Bien évidemment, il se croit très gravement menacé ; il estime qu'une retraite rapide peut seule atténuer le danger. Et