CHAPITRE PREMIER
importante pagode voisine, et me rendre compte de ses diverses allégories.
Une pagode, au Tonkin, c'est ordinairement un vaste rezde-chaussée, formé de briques incrustées de marbres et de porcelaines de diverses couleurs, à toitures parfois étagèes les unes au-dessus des autres, et surmontées d'un faîtage de chimères allégoriques.
Au fond, en face de l'entrée, dans l'obscurité voulue pour le recueillement, un large autel en gradins, au sommet duquel siège l'épaisse statue d'un premier Bouddha, assisté d'autres divinités d'ordre inférieur. Le Bouddha principal, la main droite élevée, l'index et l'indicateur étant seuls ouverts, est ordinairement accroupi sur un fauteuil doré et abrité d'un immense parasol. A ses pieds, des imitations, en carton, de barres d'or ou d'argent, d'animaux divers, véritables jouets d'enfants, et, parfois, d'un plat de riz constituant la symbolique offrande des fidèles. Un store de soie et de fines lanières de bambou ferme le tabernacle ; il ne s'ouvre qu'à l'occasion de certaines cérémonies. Sur les côtés sont disposés des faisceaux d'armes, hallebardes, piques ou trophées de justice, en bois doré. Et des statues d'animaux symboliques accroupis constituent la garde d'honneur.
Mais mon vieux bonze, malgré son bon vouloir et les efforts d'un interprète d'occasion, est impuissant à me faire comprendre l'idée directrice de cette manifestation du culte, et m'invite fort courtoisement à dormir à l'abri même de la pagode, où, sans doute, je serai mieux protégé des insectes, grâce surtout aux fumées d'encens qu'il y entretient en permanence.
27 février. — Je suis nommé médecin chef de l'ambulance de la deuxième brigade, et remplacé dans mes fonctions du 23 - par un jeune aide-major, M. Claude. Le médecin chef des ambulances, M. Driout, a pu faire comprendre au général l'irrégularité de ma situation. Il n'a pas eu de peine à lui démontrer que mon expérience me permettait de rendre, dans une ambulance, des services plus
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grands, et que ma présence y était actuellement nécessaire.
Voici, du reste, que le corps expéditionnaire paraît devoir, très prochainement, commencer les opérations. Dès aujourd'hui le général prescrit de désigner, parmi les officiers et sous-officiers qui ne sont pas immédiatement appelés à combattre, ceux qui paraissent aptes à remplir les fonctions de président, juges, commissaires rapporteurs, substituts, greffiers, etc., nécessaires à la constitution immédiate du conseil de guerre. 11 interdit, d'autre part, à tous les officiers montés, d'entretenir et de posséder un nombre de chevaux supérieur à celui que leur attribuent les règlements. 11 prescrit que tous les chevaux en excédent des fixations réglementaires seront, en raison notamment de leur pénurie et aussi de la pénurie des fourrages dans le pays, immédiatement livrés à la remonte, qui en fixera les prix, et rendra compte du nom des vendeurs, ainsi que des acquisitions de chaque jour.
Enfin des approvisionnements considérables sont constitués pour être hâtivement aménagés dans des jonques de transport à des destinations inconnues. La lutte est proche, on le sent, et chacun s'y prépare de son mieux.