CHAPITRE II
L'ambulance de la deuxième brigade. — L'hôpital d'Hai-Zuong. — Aménagement de bateaux pour l'ambulance. — Marche, reconnaissance d'essai.
— Dernières dispositions. — En avant. — Les Sept- Pagodes. — Action parallèle de la flottille et de la troupe à terre. — Assaut de Yen-Dinh, des forts Nao et Do-Son. — Le lieutenant Duchez, l'infirmier Debeaune et les premiers blessés. — Le barrage de Lac-Buoï, les retranchements de Kéroï.
— Assaut de Dap-Cau et prise de Bac-Ninh. — La première brigade devant le Trung-Son. — Poursuite tardive et insuffisante. — L'ambulance à Phu— Lang-Tuong. La pagode Thoman. — L'assaut de Lang-Kep.
— Retour à Bac-Ninh. — Repos forcé. — La mission espagnole. — La situation à Bac-Ninh et l'hôpital projeté de Ti-Kao. — Le service des hôpitaux assuré, exclusivement, par la marine. — Difficultés d'exécution. — En route pour Hong-Hoa. — Devant Sontay. — Bombardement et occupation sans poursuite — Le jour de Pâques à Hong-Hoa. — Retour à Hanoï. — Cessation des hostilités et rapatriement prévus. — Le traité de Tien-Sin. — Insuffisance des hôpitaux. — Organisation défectueuse des infirmeries régi ni en ta ire s. — Mort de mon père.
Haï-Zuong, 28 février. — J'ai ce matin pris la direction de l'ambulance de la brigade Négrier. J'y suis assisté de MM. Baudot, médecin-major de seconde classe; Renaud et Achard, aides-majors; Mangé, pharmacien; Gitton etDarbon, officiers d'administration, avec quarante infirmiers.
On se ferait difficilement en France une idée vraie de la situation actuelle de nos divers services au Tonkin. En raison de la précipitation du départ, peut-être aussi, je le crains, d'une sourde animosité entre l'armée de terre et la marine, et surtout en l'absence d'une direction nettement affirmée, tout n'est encore que confusion. 11 faut se débrouiller, tel est plus que jamais le mot d'ordre, et chacun s'y emploie de son mieux.
L'ambulance doit demeurer essentiellement mobile, toujours prête pour toutes éventualités. Il importe, en consé-
quence, de se préoccuper de la difficulté des moyens de transport. J'y pare en répartissant entre les infirmiers les divers pansements qu'il faut avoir sous la main. Pour les blessés et les gros colis, deux cents porteurs sont nécessaires. II faut les recruter parmi les indigènes. Mais chaque service en ayant un égal besoin, il est fort difficile de les grouper en vue d'une affectation déterminée.
Il faut aussi prévoir l'alimentation; car il serait imprudent, au moins à l'ambulance et sous un climat aussi débilitant, de compter seulement sur les conserves. Des vivres frais sont nécessaires, et d'autant plus difficiles à assurer que les indigènes se contentent de poissons fermentes et de riz, qu'ils ignorent les viandes usuelles, le lait, le vin, le blé et même les légumes verts, à l'exception des patates et taros, qui pourraient remplacer les pommes de terre, mais sont peu goûtés de nos soldats.
Il faut de même assurer l'eau potable. Et comme les filtres manquent ou sont insuffisants, on doit se contenter de nouets d'alun qui précipitent rapidement les détritus en suspension, et permettent l'ébullition d'une eau claire.
L'ambulance occupe provisoirement l'emplacement réservé, sur la rive droite du Thaï-Binh, à l'installation d v un hôpital d'évacuation.
Un hôpital! Est-il véritablement possible de donner ce nom à cette succession de hangars à peine couverts de chaume, construits sur bambous dont les intervalles sont remplis d'un mélange de débris de paille avec la boue noirâtre et puante des flaques d'eau du voisinage, sans protection autre qu'un léger tassement contre l'humidité du sol, et, de plus, empuanti de tous les détritus qu'abandonne le fleuve après les grandes crues? Il faut cependant s'en contenter, et répéter, avec le commandement, que dans cet étrange pays, les situations les plus malsaines en apparence demeurent généralement inoffensives. La pratique, assurément, ne justifiera pas cette assertion, actuellement nécessaire peut-être, mais non moins fâcheuse, en ce sens, au moins, qu'elle maintient un dangereux provisoire.