‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 44 sur 216 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

résultats obtenus. Le succès, malgré la médiocrité des ressources, doit couronner de tels efforts.

Et sans doute, il ne se fera pas longtemps attendre, car tout paraît disposé pour une très prochaine marche en avant. II faut cette conviction et notre gauloise bonne humeur pour nous faire accepter, dans une parfaite insouciance, le temps profondément attristant, on pourrait dire démoralisant, que nous subissons. Une pluie fine et continue nous pénètre jusqu'aux moelles; une terre boueuse, argileuse, sur laquelle on ne se maintient stable que pard'incessants efforts de gymnastique, et comme installation une bicoque ouverte à tous les vents. Et si le soleil daigne se montrer, une chaleur accablante, la sueur profuse qui remplace la puante humidité. II faut avoir l'âme chevillée dans le corps pour y résister. Heureusement, à côté de nous, l'activité fiévreuse de toute une fourmilière de femmes et d'enfants remuant la terre, d'hommes creusant des fossés, construisant des redoutes pour assurer la sécurité de la place contre quelque surprise de l'ennemi, réveille les énergies. On charge les jonques de vivres et de munitions de guerre, on fabrique des fascines, d'énormes faisceaux de^ bambous pour des besoins prévus, des échelles pour les assauts. Chacun active sa besogne, inconscient, semble-t-il, autant de la pénétrante humidité que des accablantes chaleurs. Il faut, du reste, se tenir constamment en garde, car, bien certainement, l'ennemi entretient avec les indigènes d'Haï-Zuong et des environs des relations qui sont au moins suspectes. Aussi le général prescrit que, par mesure de précaution, il sera formellement interdit à tout auxiliaire tonkinois, même gradé, de sortir de la citadelle sans autorisation écrite, délivrée par l'officier commandant le détachement. Les chefs de poste devront immédiatement arrêter tout auxiliaire tonkinois qui chercherait à sortir sans cette autorisation écrite. Enfin des conseils de guerre et de revision sont, dès maintenant, constitués, les premiers à Hanoï, sous la présidence du lieutenant-colonel Brionval et du commandant de Maussion, le second sous la présidence du commandant Revillon, assisté des commandants de Mi-

bielle et Coronat, de l'infanterie de marine, et du capitaine de Beauquesne des tirailleurs algériens.

5 mars. — Une dépêche du 2 mars annonce la nomination du contre-amiral Courbet au grade de vice-amiral. Et chacun estime que c'est, non pas seulement une satisfaction à la marine tout entière légitimement émue de la conduite du gouvernement vis-à-vis de lui, après la prise si glorieuse de Son~ tay, mais encore une très méritée récompense. On paraît également, en haut lieu, et véritablement il en est grand temps, se préoccuper d'assurer à nos soldats des vêtements en rapport avec les exigences du climat. Le pantalon rouge et la capote sont inutilisables dans le service courant; des ordres sont donnés, dit une dépêche officielle, pour que tous les hommes soient, dorénavant, pourvus de pantalons de molleton ou de flanelle, réglementaires pour les troupes de la marine employées aux colonies. Le gouverneur de Gochinchine doit, à cet effet, faire confectionner d'urgence, et diriger immédiatement sur Haï-Phong, trois mille pantalons de flanelle bleue, qu'il se procurera sur place.

6 mars. — Les derniers ordres ont été donnés. La deuxième brigade doit s'embarquer ce soir, et des instructions précises sur le service de l'arrière sont transmises par le capitaine Fortoul, notre chef d'état-major. La base d'opération demeure fixée à Haï-Zuong, la base secondaire aux Sept- Pagodes, dans la boucle formée à la jonction du Thaï-Binh et du Song-Cau avec le canal dès Rapides, la tête d'étapes de guerre demeurant variable avec la nature des opérations. Le convoi, comprenant vingt jonques du parc et du génie gardées par des canonniers, vingt jonques de subsistances, avec un détachement de cent douze hommes fournis par le 11 I e sous les ordres du lieutenant Lobios, et les cinq jonques de l'ambulance, avec un détachement de quarante infirmiers, devra avancer jusqu'à la tête d'étapes de guerre. Seule, une partie du convoi des subsistances, avec le commissaire de marine Boucart, s'arrêtera aux Sept-Pagodes, pour ravitailler la

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