‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 45 sur 216 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

première brigade, et assurer le service entre cette basé secondaire d'opérations et la tête des étapes de guerre. Les ravitaillements en vivres seront remis, en arrière des troupes, aux officiers d'administration, qui, sous escorte, et accompagnés de guides pris dans le pays, en assureront l'exacte distribution aux divers détachements. Les jonques, dès qu'elles seront vides, seront ramenées à Haï-Zuong, où elles seront immédiatement remplacées par d'autres jonques chargées, et ramenées vers la tête d'étapes de guerre. L'ambulance sera fractionnée en deux parties, Tune à terre, à hauteur des officiers d'approvisionnement des corps; la seconde sur jonques aménagées à cet effet, la première évacuant les blessés sur la seconde, qui devra toujours être pourvue des aliments et des objets nécessaires aux pansements.

Les coolies du service des subsistances revenant à vide de la tête d'étapes de guerre pourront être utilisés pour le transport, à l'arrière, des blessés et malades. Ces derniers, après avoir reçu les soins nécessaires, seront dirigés, à l'aide des jonques vides de vivres, sur les hôpitaux du service de deuxième ligne.

Les mouvements des munitions seront assurés à l'aide des coolies affectés spécialement au service du parc d'artillerie.

Enfin, l'ordre n° 161 prescrit que la deuxième brigade embarquera dans la journée, et pendant la nuit du 6 au 7, pour se rendre dans la boucle du Song-Cau et du canal des Rapides. L' Aspic et le Lynx, chargés d'emporter les troupes, partiront ce soir même et débarqueront aux Sept-Pagodes. Le Pluvier, V Henri Rivière, YEclair, la Trombe, le Ruri- Maru partiront le 7, dès le matin, et attendront de nouveaux ordres aux Sept-Pagodes. Le lieutenant de vaisseau Leygucs, chargé de la direction du mouvement, fera mouiller aux Sept-Pagodes, de telle sorte que le convoi de la deuxième brigade puisse s'engager facilement dans le Song-Cau, et que celui de la première brigade, précédé d'une canonnière et ayant en tête les jonques de pontage (génie), puisse' pénétrer le canal des Rapides. Puis le général renouvelle:

les recommandations spéciales à chaque service; il recommande à nouveau d'éviter le gaspillage des munitions, dont les approvisionnements, en raison des difficultés du transport, sont forcément très réduits. « Les officiers et sous-officiers, dit-il, doivent tenir les hommes dans la main, calmer ceux qui se surexcitent, surveiller les hausses, et s'avancer à bonne distance avant de commencer le feu. »

Telles sont les dernières instructions.

J'ai réussi, j'espère, à aménager et à pourvoir l'ambulance de manière à la rendre pratique. Grâce à Mgr Colomer, j'ai pu me procurer soixante catéchistes qui ont consenti, malgré les menaces des pirates, à nous suivre partout où pourra nous accompagner également leur missionnaire, l'abbé Velasco, que j'enrôle sous ma responsabilité, et bien que n'en ayant pas reçu encore l'autorisation, à titre d'aumônier et d'interprète. J'ai pu, de même, grâce encore à la mission espagnole, me procurer les lanternes, falots et huile jusqu'à ce jour vainement demandés au commissariat de la marine. J'ai pu faire confectionner quatre-vingts brancards, et, passant outre les formalités administratives, me procurer cent matelas et autant de draps de lits.

L'ambulance peut ainsi temporairement abriter et soigner, à bord même des jonques, les blessés et malades qu'elle y recevra pour y attendre la possibilité d'une évacuation sur l'hôpital d'Haï-Zuong, actuellement encore inhabitable, et de plus, en raison de son éloignement de la citadelle et de sa proximité du fleuve, très sérieusement menacé d'incendie.

Dès ce soir, nous sommes installés, mes collègues, l'aumônier et moi, sur une jonque que nous trouverons très confortable, si les moustiques veulent bien nous accorder quelques heures d'un repos dont nous avons un réel besoin.

Et m'étant ainsi efforcé d'être à hauteur de mon devoir, ayant donné ma dernière pensée à ma fille, à toute ma famille, je puis m'écrier satisfait : « En avant, avec Dieu, pour la patrie! » Ce fut aussi le dernier mot de mon père, quand je le quittai.

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