‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 47 sur 216 · CHAPITRE DEUXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIÈME

bulance de combat au médecin-major Baudot, accompagné de l'aide-major Achard, de l'officier d'administration Darbon, de vingt-quatre infirmiers, de cinquante coolies porteurs, et de tous les brancards dont je dispose. La seconde section demeure, avec dix-huit infirmiers seulement, sous la direction de M. Renaud, aide-major, assisté du pharmacien Manget et de l'officier d'administration Guitton.

Les dispositions que je prends, et surtout la rapidité que îe demande pour le débarquement du personnel et du matériel, ne sont pas du goût de l'officier d'administration Guitton, que je suis obligé d'inviter à exécuter strictement mes ordres. J'ai eu déjà, du reste, pendant une période de manœuvres sous Blida en septembre 1880, l'occasion d'ap-> précier cet officier d'un réel mérite, mais toujours porté à discuter les ordres du médecin, dont il n'admet pas encore l'autorité dans la direction du service de santé. Heureusement, alors que je suis dans l'obligation de renouveler mon ordre, arrive près de moi le commandant Crétin, sous-chef de r état-major du général Millot, lequel vient demander asile à l'ambulance. Et l'exécution s'impose, dès lors, sans hésitation.

Mon compatriote le commandant Crétin, mon camarade de collège, est de mon âge. Sa figure intelligente, énergique, sent la guerre qui l'a vieilli au physique sans l'entamer au moral. Il est, me dit-il, tout heureux d'être mis en rapport avec el senor Velasco, lequel, grâce à sa connaissance du pays et à son influence sur les catéchistes, peut lui donner des renseignements utiles sur les positions occupées par les Chinois, la nature de leurs ouvrages défensifs, les meilleurs itinéraires à suivre, ceux au contraire qu'il faut éviter. Il me demande instamment de le laisser à sa disposition et le remplace par un boy qui, dit-il, pourra me servir d'interprète temporaire.

3 mars. — A cinq heures, la brigade commence son mouvement, se dirigeant vers les ouvrages de Yen-Dinh, qui sont l'objectif de cette première étape. L'infanterie, développée par compagnies, suit à la queue leu leu les digues de séparation des rizières. L'artillerie avance péniblement. L'ambulance

vient immédiatement derrière elle. Un bataillon du 11 Informe l'arrière-garde. La flottille suit ou parfois précède quelque peu la troupe, dont on distingue du reste facilement tous les mouvements, à proximité de la rive droite du fleuve. L'ambulance sur jonques accompagne le Pluvier.

A huit heures et demie le canon commence à gronder. Ce sont, semble-t-il, nos batteries de position dans la bouche du Thaï-Binh et du canal des Rapides, qui engagent l'attaque. La flottille, sous les ordres du capitaine de frégate Morel de Beaulieu, à bord du Pluvier, se trouve alors à hauteur de Phu-Lam. Vers dix heures, je suis avisé qu'une centaine de coolies porteurs viennent d'arriver aux Sept-Pagodes, et s'y tiennent à la disposition de l'ambulance. Mais le Pluvier, à qui je demande de les faire immédiatement remorquer, m'avise a qu'étant échoué et dans une mauvaise position, il a besoin, actuellement, de tous ses moyens d'action, et n'en peut mettre aucun à ma disposition; il m'invite même à passer devant lui, ne pensant pas, dit-il, pouvoir se désé* chouer avant demain matin, ni par conséquent se passer d'un remorqueur qu'il m'enverra, dès qu'il le pourra, pour ramener des Sept-Pagodes les coolies attendus. » Heureusement, il n'y a pas urgence, et le terrain étant libre, ces coolies pourront arriver par terre.

A onze heures, l'ambulance est en avant du Pluvier et s'engage, derrière le Lynx, dans le Song-Cau. Déjà nos soldats se sont emparés de la plupart des hauteurs fortifiées de la rive droite. On les distingue nettement à l'assaut du fort Nao, dont les Chinois s'enfuient en désordre, poursuivis par la mitraille de nos hotchkiss. Successivement tous les retranchements sont enlevés dans un irrésistible élan.

Vers deux heures, nous sommes maîtres du fort de Do-Son. Quelques obus éclatant avec précision au centre des ouvrages ont facilité l'assaut. Et le drapeau de la France flotte là où, il y a quelques instants à peine, flottaient innombrables les divers pavillons des Chinois.

La victoire est complète ; elle n'est pas sans tristesse. Elle nous a coûté la mort d'un jeune sous-lieutenant du 23%

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