CHAPITRE DEUXIEME
M. Duchez, atteint à l'attaque du village de Yen-Dinh d'une balle dans la tête, et huit blessés, parmi lesquels le soldai Husson, du 23% atteint d'une balle au niveau de l'ombilic, le tirailleur indigène sergent Giaps, atteint de fracture comminutive avec délabrement de l'articulation du genou droit, paraissent seuls en danger.
L'aménagement de l'ambulance à bord des jonques est encore bien rudimentaire. Heureusement, le nombre restreint des blessés permet de leur donner, immédiatement, avec les soins nécessaires, un abri suffisant jusqu'à leur évacuation possible vers l'arrière. Les Chinois ne paraissent pas, euxmêmes, avoir subi de bien grandes pertes. Cependant plusieurs cadavres, abandonnés dans les rizières, n'ont pas encore été relevés. L'ambulance demeure, précédée de la flottille, mouillée à hauteur du village de Yen-Dinh. Toutes les hauteurs avoisinantes sont joyeusement couronnées des feux de bivouac de nos soldats. Les catéchistes, envoyés sous la surveillance de nos infirmiers à la recherche des blessés; assurent que les Chinois se massent vers Bac-Ninh et au delà du barrage établi sur le Song-Cau, à hauteur de Lac-Buoï, mais qu'ils paraissent démoralisés par la hardiesse de notre attaque.
Dimanche 9 mars. — La brigade conserve ses positions, attendant, paraît-il, pour avancer, l'arrivée annoncée de là première brigade, avec le général en chef.
A l'ambulance, un jeune prêtre, l'aumônier Mac, envoyé d'Hanoï, nous arrive accompagné du missionnaire Velasco, ; et peut immédiatement célébrer la messe, à laquelle assistent la plupart des officiers. Les prières dites, les honneurs militaires sont rendus au lieutenant Duchez, dont le corps, déposé dans un modeste cercueil, sera, ce soir, inhumé aux Sept-Pagodes, où il sera conduit par notre nouvel aumônier, assisté d'un sergent et de quatre infirmiers.
Les jonques d'approvisionnement, remorquées par le Sontafj sont mouillées en arrière de l'ambulance, sous leâ ordres du sous-lieutenant Lobics du 111*. Conformément aux
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ordres du général, les jonques, au fur et à mesure qu'elles sont vidées, sont mises à ma disposition pour être aménagées çn vue des prochaines éventualités. J'obtiens plus difficilement les coolies qui sont également destinés à l'ambulance, et dont chaque service réclame sa part.
Dans la soirée, le général en chef fait communiquer Tordre suivant :
n L'ennemi occupe encore les hauteurs du Trung-Son au Song-Gau. Le général Brière de l'Isle et le général en chef passeront demain, 10 mars, le canal des Rapides à hauteur de Huong-Van. Le deuxième bataillon du 4 e de marche (143 e ) et la section du génie partiront à sept heures du matin, occuperont Van, s'y fortifieront et fourniront des travailleurs pour faciliter le passage des troupes. La ligne Yen-Dinh Dao-Son au marché de Chi est évacuée par l'ennemi » .
Cet ordre eût pu, sans doute, être exécuté dès ce matin, car les rapides succès du général de Négrier ont libéré le canal des Rapides, dont le passage ne souffre plus actuellement aucune difficulté. Mais le général Millot paraît n'être pas prêt encore à marcher de l'avant.
10 mars. — Même mouillage de la flottille à hauteur de Yen- Dinh, même immobilité des troupes sur les hauteurs avoisinantes. L'ambulance en profite pour faire convenablement aménager, avec l'assistance des charpentiers du Lynx, du Plutuer, du Léopard et de Y Aspic, gracieusement mis à ma disposition, quatre nouvelles jonques, qui pourront recevoir et abriter dans de bonnes conditions une centaine, au moins, de malades ou de blessés.
Nos malades et blessés sont évacués, à l'aide d'un remorqueur, sur l'hôpital d'Haï-Phong.
11 mars. — Toujours au même mouillage. Et nous avons à déplorer la mort d'un infirmier, le soldat Debeaune, qui s'est noyé en franchissant un passage de planches, entre deux jonques. L'infirmier Debeaune, victime de son devoir, était un très bon serviteur. Malgré les efforts de deux de ses