‹ Au Tonkin, 1884-1885: notes, souvenirs et impressionsChapitre 49 sur 216 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

camarades, que je n'ai, du reste, autorisés à se jeter à l'eau qu'après les avoir attachés à l'aide d'une corde passée à la ceinture, le corps n'a été retrouvé que trente-cinq minutes après la chute. 11 avait été entraîné déjà à près de 200 mètres, où il a été recueilli à l'aide de filets jetés par des pêcheurs indigènes. Tous nos efforts, malgré leur longue persistance, çont demeurés impuissants à le ramener à la vie. Et j'en profite, tristement, pour rappeler à tous combien, en raison des courants de fond, les rivières du delta sont dangereuses. Il est très rare, disent les indigènes, qu'un homme saisi par l'un de ces courants réussisse à y échapper; la mort, fût-il un excellent nageur, est presque fatale.

Le corps de Debeaune sera, ce soir, transporté aux Sept- Pagodes, accompagné de l'aumônier et de six infirmiers, et inhumé à côté de celui du sous-lieutenant Duchez.

Dans la soirée, pendant une excursion à terre, dans le voisinage de Yen-Dinh , nous apercevons, à quelque distance, l'un de nos aérostats d'exploration. Les indigènes, dit l'abbé Velasco, se demandent effrayés ce que peut être cette grande lanterne française, perdue dans l'espace où elle emporte des hommes. Ils comprennent qu'elle est, entre nos mains, un puissant moyen d'action, et assurent que les Chinois, très démoralisés déjà par notre attaque du 8, prévoient déjà leur déroule, et préparent leur retraite vers Lang-Son et Thaï-Nguyen.

« Sûrement, dit l'abbé Velasco, si la flottille, accompagnée d'une partie de la brigade, pouvait, à partir des Sept-Pagodes, remonter le Song-Thuong-Gian, elle réussirait à leur couper la retraite et pourrait facilement les disperser. »

Le fait ne parait pas avoir été prévu. Et nos forces réunies sont, sans doute, supposées nécessaires à la prise de Bac- Ninh.

Grâce encore à notre missionnaire, qui nous est décidément un précieux auxiliaire, le général, sur ma demande, fait immédiatement remettre en liberté un pauvre diable égaré dans nos lignes, porteur d'une lettre suspecte, reconnue n'être, en réalité, qu'une réclamation d'argent à un marchand d'Haï- Zuong.

90 AU ÏONRIN

La concentration du corps expéditionnaire est accomplie, dit la rumeur. Et la brigade se mettra sûrement en mouvement demain, dès l'aube, pour tourner la position de Lag- Buoï, pendant que la flottille, partant de Yen-Dinh, attaquera directement le barrage du Song-Cau.

12 mars. — Dans la nuit nous recevons Tordre suivant : « L'ennemi occupe une première ligne de défense dont la droite est appuyée à la droite du Trung-Son et la gauche au Song-Cau, vers le village de Vaï. Entre ce village et celui de Lac-Buoï, un barrage ferme le fleuve. La deuxième brigade partira de Dao-Son à six heures et demie du matin, et se portera sur la ligne ennemie. La flottille, partant de Yen- Dinh, remontera le Song-Cau, détruira le barrage de Lac-Buoï et appuiera l'attaque de la deuxième brigade.

«La première brigade quittera son cantonnementdeXam à six heures et demie du matin ; elle se portera d'abord au marché de Chi, en suivant la rive gauche du canal des Rapides, et se dirigera ensuite sur le Trung-Son, dont elle s'emparera.

12 mars. — Tout semble prêt. La flottille s'est, pendant la nuit, renforcée de la Trombe et de V Eclair et se met en mouvement dès huit heures du matin. Le temps est superbe et le soleil inonde l'immensité d'une plaine couverte d'ondoyantes rizières. Et déjà la fusillade crépite en avant de nous. C'est, paraît-il, la légion étrangère qui commence l'action. Les populations riveraines paraissent vivement impressionnées, plus disposées cependant à s'approcher de nous que des Chinois, mais redoutant manifestement l'indiscrète curiosité de nos jumelles. Plusieurs, nous dit l'abbé Velasco, sont des catholiques de la mission, ont eu beaucoup à souffrir des cruautés chinoises et nous sont sûrement dévoués.

Mais le canon gronde (il est huit heures et demie) et prépare vivement l'attaque du barrage. Les détonations des grosses pièces de la marine sont imposantes. Et dans la plaine, nos bataillons se succèdent dans un superbe élan. Voici d'abord la légion, suivie à courte distance des batail--

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